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Austerlitz à l’envers : La victoire d’Haneke ou la défaite française?

Rédigé par Tom.R le 18 janvier 2013.

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Photo : Omar Chatriwala
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Photo : Omar Chatriwala

Décidément il n’y a vraiment qu’en France où l’on trouve des pirouettes pour ne pas se féliciter (sans être pour autant un narcissique éhonté comme on fait souvent passer ceux qui ont un peu de fierté chez nous) lorsqu’un de nos représentants se retrouve récompensé dans une cérémonie, qu’elle vienne d’outre-Atlantique ou d’ailleurs.

Les bien-pensants nous rétorqueront toujours la vocation universelle de l’art et sa volonté à ne porter aucun drapeau,une chose est sûre, il va falloir se pencher sérieusement sur la question des critères qui déterminent la nationalité d’un film.

La langue ? Le réalisateur ? Le lieu de tournage ? Les techniciens ? Le financement ?

Ne prendre qu’un seul de ces critères en compte serait évidemment contre-productif puisque chaque exemple cinématographique pouvant être donné pour étayer la théorie de l’un se frottera au contre-argument tout aussi justifiable de l’autre. Les réalisateurs Américains qui viennent poser leurs caméras en France (Woody Allen, Spielberg) font-ils des films plus français, parce que tournés dans l’hexagone, que nos grosses productions friquées censées se passer à Paris mais dont les décors ont été entièrement reconstitués dans les pays de l’est (Faubourg 36) ?

De même « Un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet doit-il être mis dans la hotte de l’oncle Sam car financé majoritairement par la Warner, quand les principaux donateurs des films de Polanski (qui ne tourne plus qu’en Anglais) sont Alain Sarde et France télévisions? Il ne fait en revanche aucun doute que les films de Christophe Honoré et de Danièle Thompson sont bien Français, mais c’est un drame dont il faudra reparler un autre jour…

La logique voudrait qu’une analyse globale du film, tant dans les éléments qui en font sa conception que dans sa fabrication, nous permette de “trouver la voie” comme le disait Lao Tseu et d’arriver à une conclusion objective ; mais même face à cette évidence, certains aveugles continuent à se mettre les œillères de la mauvaise foi.

Ainsi, dimanche dernier, triomphait lors de la cérémonie des Golden Globes Michael Haneke, cinéaste autrichien et son film « Amour », tourné en français, avec des acteurs français (dont l’un s’appelle Jean-Louis, excusez du peu) et dont les principaux capitaux viennent de la sociéte des « films du losange » , MAIS récompensé sous le drapeau de notre voisin frontalier du fait de la nationalité de son réalisateur… Un imbroglio qui n’a pas fait sursauté nos journalistes (même la presse dite “spécialisée” a passé cela sous silence) préférant insister sur la défaite et la virginité du palmarès Français où étaient présents Marion Cotillard et “Intouchables”.

On n’est quand même pas loin du même niveau d’imposture d’un Luc Besson de l’époque qui, sous le regard complice de Laurent Weil, louait la vitalité du cinéma hexagonal, grâce à des « œuvres » comme « Le Cinquième élément » ou la série des « Transporteurs » soi-disant plus françaises que le fromage, car employant des techniciens bien d’chez nous et des boîtes de production comme Gaumont pour dépenser les brouzoufs..

En ce temps la, personne n’avait osé rétorquer à “Gros Luc”, surtout pas Laurent Weil, que Bruce Willis n’était pas né dans le Béarn ou en Charente-Maritime et qu’entre « Taken 8 » ou le dernier blockbuster hollywoodien, le Yankee de base (public principalement visé par Besson) n’y verrait aucune différence dès lors que l’on y parle « Amewicain » ; mais tant que ça rapportera du pognon tout le monde se taira,y comprit Laurent Weil.

Il serait trop demandé à nos chers journalistes de ne pas tomber dans l’apathie, de prendre son courage à deux mains et de dénoncer le manque total de cohérence des Golden Globes (l’une des rares cérémonies qui leur sert la soupe puisqu’ici, seule la presse est autorisée à voter), on ne peut rattacher un film à un pays qu’en fonction de son réalisateur ; si c’était le cas on pourrait légitimement revendiquer la paternité du « Choc des titans » ou de « Piranha 3D » mis en scène par les exécutants Louis Leterrier et Alexandre Aja (Dieu m’en préserve) ; de même, les chef d’œuvres de Jacques Tourneur retourneraient ils dans l’escarcelle française, lorsque les Américains rapatrieraient un bijou comme « Mr Klein » ? La question reste en suspens.

Enfin, si l’on peut se permettre un peu de nationalisme, il est quand même dommage de constater qu’un cinéaste français allant faire le tapin à Hollywood dans le but de participer à la déchéance d’un cinéma moribond a automatiquement droit aux louanges de notre chère corporation journalistique qui ressort toujours dans ses gros titres le fameux « Rêve Américain » slogan éculé depuis 20 ans…Tandis qu’il n’est nul fait mention d’un « Rêve Français » lorsqu’un cinéaste reconnu comme Michael Haneke arrive à faire les films dont il a envie , dans un système pouvant être critiquable à bien des égards mais qui ne doit pas courber l’échine devant les autres, et être récompensé pour cela.

Mais comme en ce moment l’époque est plutôt propice à l’auto-flagellation…

Déjà 6 remarques sur cet article

  1. Urbon dit :

    Je crois bien que tout est une question de contenu. Chacun à tendance à se spécialiser dans un genre, c’est valable pour le réalisateur comme pour l’acteur, le producteur et même le financier.

    Quand tu veux faire un film ou ça défouraille, tu va aux states…

    A la limite, si le cinéma français peut se vendre à l’étranger, que les français préfèrent mater des films où ça défouraille, c’est triste mais pas très grave.

    Bien sûr, qu’est ce qui est français ? Pas évident à définir.

    Je crois qu’il vaut mieux s’en tenir à la question : A qui profite les bénéfices ? C’est quand même celui qui paye qui décide et qui prend la responsabilité du film, au final.

    En tout cas, j’ai trouvé l’article très intéressant.

  2. Urbon dit :

    Je réalise que dans mon dernier commentaires, les artistes (et leur nationalité) en prennent pour leur grade, mais à la réflexion, c’est très bien comme ça.

    La question du financement des artistes fait débat depuis maintenant des années, sans avancer. Beaucoup d’argent public circule, mais seulement dans des projets incertains. Pendant ce temps, ce sont des maison d’édition étrangères qui fixent nos loi, HADOPI par exemple.

    Des artistes qui font croire à tout le monde qu’ils sont engagés quand ce sont de purs produits marketing, il n’y a presque plus que ça.

    C’est dit !

  3. Astraelle dit :

    Donc Tom R. qu’est ce qui pour vous crée l’appartenance culturelle ? Comment va se définir la nationalité d’un film, question que vous posez très judicieusement au début de votre aticle mais à laquelle vous ne répondez pas totalement. Est ce que la carrière et le talent de “Jean Louis” l’emporte sur celui de Monsieur Hanecke ?
    Est ce que cela a tant d’importance ?
    Bien sûr il ya des films franco-français parce que totalement bleu-blanc-rouge dont certains sont des chefs d’oeuvres et d’autres que vous avez l’air d’execrer. Mais le talent cinématographique est il lié à une nationalité ? ne peut on pas juste apprécier le talent ….

  4. Urbon dit :

    @ Astraelle

    “Mais le talent cinématographique est il lié à une nationalité ?”

    Question parfaitement inutile et démagogique façon antifa. La nationalité, pas d’importance, bah voyons…

    Peut-être qu’on va se mettre à subventionner les artistes belges puisque que les français trouvent qu’ils ont du talent ? N’est ce pas ?

  5. Paul Emiste dit :

    Haneke?! C´est chiant, dans ce sens on peut dire qu´il fait du film français “engagé”!

    • Paul Emiste dit :

      NB: Qu´est ce qu´un film français engagé? C´est un film fait par un socialiste pour des socialistes qui regardent le “chef d´œuvre” gratis; vu le nombre de spectateurs payants il faut bien le subventionner.

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