Une semaine en Hollandie, #20

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Photo : Patrick Peccatte

Un électorat en état de mort cérébral (ou presque), Normalito qui pédale toujours, une idée d’économies substantielles chez Duflot-Belkacem et une constante : la presse en France fait son boulot ! Petit worst of de la semaine en Hollandie…

Drôle d’électorat. Les bataillons entiers qui se sont pressés dans les bureaux de vote en mai dernier avec la ferme intention de « ré-enchanter le rêve français » nous étonnent aujourd’hui. C’est vrai, si on fait un petit bilan des grandes tendances de ce début de quinquennat, qu’est-ce qu’on trouve : ce gouvernement expulse les roms en plus grand nombre que le précédent, et parfois avec moins d’égard, le chômage bat des records avec plus de 1000 nouveaux demandeurs d’emploi par jour, soit 10 fois plus que sous le dernier quinquennat, on fait des cadeaux aux entreprises (20 milliards de crédit d’impôts), on facilite les licenciements (accords de flexibilité), une entreprise publique supprime 7500 emplois, menace de fermer 2 usines si on ne baisse pas les salaires des ouvriers mais « il n’y a pas de ligne rouge de franchie » selon le gouvernement, on casse du musulman en Afrique comme au meilleur temps de la Françafrique, on fait « la guerre au terrorisme » (Bush fils n’aurait pas renié cette terminologie guerrière) mais personne ne s’en émeut, on supprime ou on s’apprête à supprimer beaucoup plus de postes de fonctionnaires que la RGPP sans aucun accroc, on envisage de baisser les retraites comme les allocations chômage sans que cela crée de révolution syndicale… Cet électorat serait-il en état de mort cérébral ? Un fait nous rassure sur ce point: le passage à la semaine de 4,5 jours dans les écoles primaires (vous savez, la refondation de l’école de la république…) a déclenché une grève massive des instituteurs parisiens… Ouf ! On est rassuré ! Nos vieux réflexes sont encore bien présents : on peut « détruire des islamistes » dans le désert malien sans problème mais faire bosser des instituteurs 3 heures le samedi matin pour le bien des enfants, alors là non, faut quand même pas pousser…

Le pédalo et le pédalant… Peut être que l’ambiance du mariage pour tous provoque chez Mélenchon une envie soudaine de métaphore cycliste ! On se souvient du croustillant capitaine de pédalo de la dernière campagne. Voici cette semaine Normalito qui « pédale pendant qu’Angela tient le guidon ». Ajoutant, cynique : « c’est tout ce qu’il a le droit de faire ». Il ne faudrait pas que le « Che du Canal St Martin » devienne le meilleur opposant…

Le tandem de la mort : cette semaine a vu un « Axe de la Révolution Immobilière » se dessiner au sein du gouvernement. Pour lutter contre l’habitat dégradé, Najat et Cécile, plus ou moins ministres de la République, veulent rendre les procédures contre les propriétaires contrevenants plus rapides. “La sanction contre les propriétaires indélicats pourrait intervenir dès le constat de l’infraction et avant l’aboutissement des développements judiciaires” ont-elles déclarées cette semaine. Autrement dit, instaurer une condamnation avant toute forme de procès. Voilà une idée intéressante, dont s’inspirera à n’en pas douter le poupon nord coréen. On cherchait encore des gisements d’économie pour tenir nos engagements budgétaires, en voila un beau : supprimons l’idée d’un procès souvent long et donc coûteux pour sanctionner immédiatement une infraction constatée ou supposée. On économisera du temps et de l’argent. Je suggère même qu’on reverse une partie de ces économies aux bons citoyens qui auront le courage de dénoncer les mauvais… Comme quoi, socialisme et justice entretiennent toujours des rapports compliqués… Mais comme la presse fait « son boulot »….

Assez de Cassez ! Sarkozy avait eu Ingrid Betancourt, Hollande aura sa Florence Cassez. Hystérie collective avec la libération de la française après 7 ans au Mexique, un ministre (lolo fafa) qui se rend à Roissy pour l’accueillir… On est en plein rêve ! On oublie quelques petites choses : la première, c’est que Cassez n’était pas otage mais justiciable. Que son procès fut contestable du point de vue du droit français est une chose, mais on peut rappeler ici que le Mexique étant un état souverain… La seconde, c’est que la française avait été condamnée à 60 ans de prison pour complicité d’enlèvement et de séquestration. 60 ans ! C’est énorme. Rien de tel n’existe dans le code pénal français. Mais au Mexique, telle est la loi. Florence Cassez partageait sa vie et le domicile, d’un criminel présenté comme le chef du gang du Zodiaque. Responsable d’enlèvements et d’assassinats. Dans la cave de son ranch, on retrouva trois otages ligotés. Mais manifestement, Florence Cassez n’allait jamais à la cave…et ignorait tout des activités de son compagnon. Enfin, dernière chose : la cour suprême mexicaine l’a libérée en raison de la violation de ses droits constitutionnels lors de la procédure. En aucun cas elle n’a été innocentée. Jeudi, devant la prison où tous les envoyés spéciaux venus de France attendaient la libération de notre prisonnière tant aimée, une femme hurlait sa colère. Son mari avait été mutilé et assassiné par le gang du Zodiaque. Qui l’a entendu ?

Du pain contre de la brioche : « Ils veulent du pain ? Qu’on leur donne de la brioche » aurait déclaré Marie-Antoinette derrière ses fenêtres, observant la foule affamée et enragée à la veille de 1789. Normalito nous fait la même, 220 ans jours pour jours après l’exécution de Louis XVI. « Ils veulent du boulot ? Donnez-leur le mariage pour tous et des Rafale au Mali… Du moment que la presse « fait son boulot » de service après-vente, il n’y a rien à craindre.

Les moulinets d’un ministre improductif… On savait que le portefeuille du révolutionnaire en Berlutti, alias Sieur Montebourg, plus que casse-gueule. L’intéressé semble désormais s’en rendre compte. Renault, qui annonce un séisme au moins aussi important que celui de Peugeot, et le ministre qui représente un actionnaire non négligeable, l’Etat et ses 15% du capital, demande au patron, Don Carlos, « un effort sur sa rémunération ». Ben oui, il ne peut rien contre les suppressions d’emploi, il ne peut rien contre une délocalisation, il ne peut absolument rien contre un marché qui se contracte. Il ne peut rien à rien. Mais du moment « qu’il n’y a pas de plan social… » nous répète-t-on à l’envie. Mais l’absence de plan social n’empêche pas la destruction d’emplois, monseigneur. On ne discute que des modalités d’accompagnement… Le jour où on rétablira l’esclavage, Montebourg négociera le poids des chaines… Mais du moment que « la pesse fait son travail »…

Algérie mon amour : la dramatique prise d’otages algérienne qui s’est finie dans un bain de sang n’a pas entaché le soutien inconditionnel de Paris à Alger dans cette affaire. « Méthode adaptée » a dit Normalito après 38 otages assassinés, tous civils occidentaux. Nos habituelles consciences droits-de-l’hommistes ne disent mot, elles si promptes à hurler contre les méthodes tout aussi expéditives des russes par exemple. Mais Bouteflika n’est pas Poutine. Celui-ci est un boucher, celui-la est un ami ! Du Japon à l’Australie, des États-Unis à l’Angleterre, partout on s’est offusqué ou scandalisé, demandant (au moins) des explications à l’état algérien. Partout, sauf en France. Pourquoi ? Mais parce qu’elle est notre seule alliée dans notre croisade malienne ! Mais que la situation s’enlise, et l’Algérie sera à la France que le Pakistan aura été à l’Amérique : le meilleur allié régional et le plus grand traître. Et comme la France n’a pas encore expié tout son dû d’ancien colonisateur, la rédemption n’est pas encore pour demain. Mais comme la « presse fait son travail… »

Les écrans de fumée se dissipent de plus en plus vite. Le président et ses équipes de communication ont fait un pari : en endossant les habits de chef de guerre, ils voulaient parer le caporal-chef des étoiles de général et corriger ainsi le déficit d’autorité qui colle à l’actuel locataire de l’Élysée enquête après enquête. L’usage du « Moi, je » en conférence de presse ne répondait pas à un autre objectif. Raté : les sondages post-déclaration de guerre ne permettent pas à Hollande de remonter, au mieux il se stabilise entre 35 et 38 % de bonnes opinions. Ça doit cogiter fermement à l’Elysée, alors que 65% des français soutiennent l’intervention militaire. La raison est assez simple : les français se foutent pas mal des écrans de fumée ! Ils veulent des résultats sur le plan domestique, en matière économique et sociale. Ils sont d’ailleurs 70% à penser que le débat sur le mariage gay est trop présent (Opinionway et Ifop pour le JDD). Ces chiffres sont à croiser avec le dernier volet de l’étude CEVIPOF sur les valeurs des français. Les enseignements sont passionnants : les français sont en très forte demande d’autorité pour les sujets de société et tout ce qui concerne « la vie en commun », qu’il y a « trop d’assistanat » en France, qu’il faut un chef pour « remettre de l’ordre », et qu’il faut revenir à « plus de liberté économique ». Bref, commence à poindre l’idée d’une historique erreur de casting au somment de l’Etat. Mais je voudrais rassurer ici Claude Sérillon, qui doit être en période d’essai: tant que la presse fait « son boulot »…

Allez, bon week end et bon courage.

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A propos de l'auteur nikkopol

3 réactions à “Une semaine en Hollandie, #20”

  1. En matière de guerre, Hollande ne décide pas grand chose. Oui, le président, c’est le chef des armées, sauf qu’il n’est pas militaire, qu’on lui demande juste d’endosser le rôle.

    Et c’est très bien comme ça. Si la défense du pays devait dépendre de la classe politique, où irions nous ?

    Que ce soit en démocratie ou dans une dictature, il n’est pas un pays qui ne tienne son rang sans que les généraux ne disposent d’une relative autonomie.

    Et avez vous remarqué ? Tous les scénarios catastrophe des films de guerre mettent en scène un général rebelle à l’autorité démocratique, la seule légitime qui puisse encore vouloir la paix.

    La réalité, c’est évidemment tout le contraire. C’est la diplomatie qui se plie aux exigences militaires. Et quand la diplomatie échoue, les militaires sont dans la merde.

    Hollande demande à tous les partenaires africains et européens, de partir en guerre avec lui mais lui, parce qu’il ne peut pas, avec un seul régiment, occuper le terrain.

    L’armée française ne suivra pas Hollande très longtemps sans l’arrivée des renforts. Elle n’est pas conçue pour occuper durablement le terrain, mais alors pas du tout. Aussi, Hollande a intérêt à se dépêcher de tout nettoyer et de laisser la place aux autres. Et il le sait.

    Tous les pays ont fait la même analyse. Plus le temps passe, plus les chance de succès militaire s’amenuisent, pour tomber à zéro assez rapidement.

    Négocier, on verra ça plus tard. Tant pis pour l’humanisme présidentiel… Soit on massacre, soit on s’en va tout de suite.

    Mais alors, pourquoi est-on parti en guerre ?

    Parce que justement, les autres nations ont enfin donné leur feu vert, l’Algérie en tête. Ça fait longtemps qu’on attend ça. Nos intérêts dans la région sont plus que menacés. Et on a besoin des nations africaines, non seulement pour finir le travail et mais aussi pour humaniser le massacre…

    Autrement dit, Hollande a fait ce que lui demandait l’armée, c’est à dire un travail de diplomatie. Il devait convaincre l’Afrique de s’investir suffisamment dans le conflit, sans quoi c’est pour la France que les choses tourneraient mal. Et il s’en est, pour le moment, pas trop mal sorti.

    Et il s’en sortira d’autant mieux que la population française sera derrière lui, pour le soutenir.

    Le problème, c’est que même si la population le sait, elle n’a pas l’intention de soutenir sa politique en général. C’est le bon vieux système français de l’assassinat politique : On n’est pas d’accord, donc on profite de la première aubaine pour trahir et laisser seul face à ses ennemis le malfaiteur.

    Hollande voudra bien sûr profiter de la situation pour faire passer à l’unanimité ses lois anti-mariage, autant qu’il se prépare tout de suite à en payer le prix… Quand les militaires diront, “c’est terminé”, “on plie bagage”, et que dans cinq ans le Mali en sera toujours au même point, après l’Afghanistan, Hollande passera vraiment pour le roi des cons et les français, pour des cons.

    Avant d’être chef de guerre, il faut d’abord unir le pays. Ce n’est pas dans l’adversité qu’on arrive à unir le pays, mais seulement à faire taire les divergences, pour un temps très éphémère. La guerre, oui d’accord, mais en bon ordre de marche.

    Une armée de pédé, c’est maintenant !

  2. Super comme d’habitude ! Manque juste le sondage Ipsos- Monde de ce jour montrant que :

    -pour 70% des français: trop d’étrangers en France, 57% ressentent un racisme anti-blanc, 55% que les immigrés ne font pas d’effort pour s’intégrer, 87% pensent qu’il manque un vrai chef en France pour remettre de l’ordre (Pan sur le bec du Flan !), 74% que l’islam n’est pas compatible avec les valeurs de la République, 77% qu’il y a trop d’intégrisme religieux dont il faut s’occuper sérieusement.

    Dur, dur pour les électeurs et les communautés favorites du Flan !

  3. Pourquoi que hollande ne c est-il pas presenter a Davos….aurait-il Honte, Peur de rencontrer ses Homologues, de passer pour un idiot a l internationnal…ou simplement Rien a dire d interressant comme d habitude….Le chomage n est pas pret de regresser…Povre France….

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