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Rohani, derrière le marketing, le sang

Rédigé par avecvusurlemonde le 25 octobre 2013.

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Hassan_Rouhani,Le petit jeu, ces temps-ci, est de tenter de déceler les intentions véritables des pasdarans iraniens. Les gardiens de la révolution, par l’intermédiaire de leur nouveau président, Hassan Rohani, n’ont de cesse de répandre aux quatre vents les signes d’allégeance à la diplomatie occidentale. S’il ne fait aucun doute que cette “opération séduction” vise, pour l’Iran, à se ménager une issue favorable dans le dossier du nucléaire, la vraie question est de savoir si le régime des mollahs se contentera du civil comme il le prétend, ou s’il fabriquera des ogives. On fait comment pour trancher, on la joue à plouf-plouf ? Bombe atomique, pas bombe atomique, bombe atomique…

En 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères français, se rend à Téhéran en compagnie de ses homologues anglais et allemand. Le but de la manoeuvre : faire signer un accord de non prolifération aux Iraniens, dont les activités de conversion et d’enrichissement d’uranium ne sont plus un secret pour personne – ou alors de polichinelle. Les ministres rencontrent le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, un certain Hassan Rohani. Epaulé au téléphone par le guide suprême Ali Khamenei, Rohani va ferrailler dur pendant des heures, avant de plier. L’Iran se résout à geler ses activités nucléaires, et autorise les inspections renforcées et inopinées.

La trêve durera 2 ans. Dès 2005, le régime chiite réduit le protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en confettis, et reprend ses petites expériences clandestines autour de l’atome. 10 ans plus tard, on estime à plusieurs milliers le nombre de centrifugeuses flambant neuves en Iran.

Mais enfin tout de même, Rohani aimerait bien que sa petite affaire ne soit plus entravée par tout un tat de protocoles internationaux. Invoquant le “droit légitime” du peuple iranien au nucléaire, il fait des pieds et des mains pour prouver que l’Iran a rompu avec l’autoritarisme sous amphet’ de son prédécesseur, le radical Ahmadinejad. Complaisant, volontiers doucereux, le président iranien nouveau souhaite la bonne année aux juifs, serre la main de François Hollande, passe des coups de fil à Obama et se vante du tout sur Twitter. Cui-cui.

Pourtant, à l’ombre de ces mondanités, l’Iran nouvelle génération ressemble à s’y méprendre à l’obscurantisme qui a précédé. C’est mieux marketté, d’accord, mais tout aussi musclé. On y réprime sévèrement les rassemblements d’étudiants protestant contre la visite de Rohani dans leur université, on y assassine les ennemis désignés, comme à Achraf, où 52 membres la résistance iranienne ont tout bonnement été rayés de la carte. 7 des résidents de ce camp sont toujours entre la vie et la mort, retenus dans des conditions dont on imagine assez le caractère inhumain. Aux quatre coins du monde, marches silencieuses et grèves de la faim ont lieu. Elles rappellent que derrière les sourires et les courbettes, la terreur a toujours cours.

Derrière les beaux discours, les corps déjetés, criblés de balles, témoignent de l’indicible.

On peut, si l’on est un peu candide, se dire stop. C’est bon, n’en jetez plus, l’Iran a droit à une seconde chance, pourquoi n’ajouterait-il pas lui aussi sa voix au grand concert des nations, pourquoi ne lui ferait-on pas un tout petit peu confiance pour changer ? On peut. On peut aussi choisir de regarder la vérité en face. Et de ne pas considérer Rohani autrement que comme un “marchand de tapis”, selon le mot d’un diplomate français.

Déjà une remarque sur cet article

  1. Pierre dit :

    Oui….le problème c’est de trouver un pays musulman qui ne soit pas une dictature plus ou moins sanglante….

    Certaines ont l’aval de l’occident, pour leur pétrole, même si elles financent les djihadistes partout dans le monde, d’autres ont déjà l’arme nucléaire et sont peut être encore plus dangereuses que l’Iran: voir le Pakistan.

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