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Free attaque Numericable et invente le concept de dénigrement par anticipation

Rédigé par camille27 le 07 novembre 2013.

Xavier_Niel

Xavier_NielDans cette histoire, tout est affaire de timing. Free vient d’assigner Numericable en justice, sur la base d’un document remis par ce dernier à l’Autorité des marchés financiers (AMF) en guise d’information pour les investisseurs, à l’aube de son entrée en bourse. Problème, selon Free, les données avancées par Numericable le concernant seraient fausses. Autre problème, ces mêmes données, si elles sont fausses à l’heure à laquelle Free porte l’estocade, ne l’étaient semble-t-il pas à celle où Numericable a rédigé son document. Ou comment accuser un groupe de n’avoir pas émis de vérités intemporelles.

La note de présentation de Numericable est irréprochable lorsqu’il s’agit de décrire les services que propose le leader de la fibre optique en France. Rien à ajouter, rien à retrancher. En revanche, quand vient le moment d’évoquer les arguments de la concurrence, ça bloque. Free, puisque c’est de lui dont il s’agit, estime les données communiquées par Numericable “erronées et dévalorisantes”. Ni une ni deux, le fournisseur d’accès du groupe Iliad a donc choisi d’entamer une procédure judiciaire, et en référé s’il vous plait (ce qui signifie qu’elle a été portée en urgence devant le TGI de Nanterre).

Concrètement, Free reproche à Numericable d’avoir minimisé ses performances concernant la qualité HD, le lecteur Blu-ray de la Freebox, Youtube sur la télévision, la hotline, les débits, le service de VOD… Si Free a peut-être upgradé ses offres depuis, les conclusions de Numericable s’appuient pourtant en partie sur une notede l’ARCEP des plus sérieuses, datée du 1er octobre 2013. Le gendarme des télécoms écrit ainsi, à propos de Free : “En effet, s’agissant de la promesse de débits descendants de 100Mbit/s pour le VDSL2, de tels résultats purement théoriques ne correspondent pas à des services pouvant être effectivement offerts au grand public”.

Numericable, allez, a peut-être un peu forcé le trait. Mais n’est-ce pas de bonne guerre ? Dans l’ensemble, les données qu’il fournit correspondent à la réalité de l’instant où elles ont été écrites. Le câblo-opérateur doit-il payer parce que la firme de Xavier Niel a (enfin) décidé de s’activer, rendant ces données caduques ?

La notion de plagiat par anticipation a été théorisée par François Le Lionnais, membre de l’OuLiPo. Pierre Bayard, en 2009, l’actualise et la développe dans un ouvrage qui porte son nom. Mais s’il fallait en retrouver l’origine, Marcel Bénabou serait assez pour l’attribuer à Alexis Piron (poète et dramaturge du XVIIIe siècle) qui, dans La Métromanie, écrivait : “Leurs écrits sont des vols qu’ils nous ont faits d’avance” (acte III, scène 7). Xavier Niel est en revanche le premier à accoler la notion d’anticipation à celle de calomnie. C’est un peu comme de dire “comment ça, monsieur, vous me taxiez d’immaturité il y a vingt ans alors que vous voyez bien que je suis devenu quelqu’un de tout a fait responsable entre temps”. Etrange dialectique.

Ces vétilles ne devraient cependant que peu entraver Numericable dans son introduction en Bourse. Avec une capitalisation de 3 milliards d’euros, le câblo-opérateur réalise la plus grosse introduction en Bourse de l’année, entraînant dans son sillage sa filiale Completel, spécialisée dans le cloud computing à l’usage des professionnels, et qui devrait elle aussi profiter de cette bonne nouvelle pour doper ses résultats.

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