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Bassin méditerranéen : unifier les services publics sans les tronquer

Rédigé par parisiennerve le 19 novembre 2013.

mediterrannee“La Méditerranée, c’est mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais d’innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées… La Méditerranée est un carrefour antique.” Ainsi s’exprimait l’historien Fernand Braudel dans l’un de ses nombreux ouvrages sur le sujet. La Méditerranée se définit d’abord par son sens des contraires, son goût du paradoxe. Une richesse qui se doit d’être préservée. Pourtant, à l’heure de la globalisation de l’économie de marché, les 21 pays qui en composent le pourtour ont tout intérêt à s’appareiller. Comment concilier ces intérêts divergents ? Eléments de réponse grâce à l’Union pour la Méditerranée (UPM).

Les différences culturelles qui émaillent pays et civilisations se retrouvent à plusieurs niveaux. L’une des plus criantes est bien entendu visible sur le plan des services publics, des modèles sociétaux. Si l’on s’entend sur l’idée que la finalité des services publics est l’intérêt général, la gestion de cet intérêt général diverge en fonction des traditions nationales. Parfois de beaucoup.

Le modèle anglo-saxon, qui irrigue une bonne partie du sud de l’Europe, s’articule autour d’une certaine prévalence de la notion de bien commun sur celle de services publics. Autrement dit, l’administration de l’intérêt général n’est pas ici remise essentiellement entre les mains de l’Etat. A contrario, la France, digne héritière du droit romain, accorde une forte prééminence à l’Etat comme gestionnaire et garant de l’intérêt général, par l’intermédiaire des services publics. On voit ici la complexité qu’il y a à uniformiser de tels modes opératoires à l’échelle des pays du bassin méditerranéen.

Ces divergences de définitions et d’applications sont encore exacerbées lorsqu’il s’agit de comparer pays européens et pays arabes, par exemple. Le Printemps arabe a bouleversé le rapport des pays concernés avec les notions d’intérêt général. Alors qu’en Europe la représentation que tel ou tel pays se fait de l’intérêt commun est figée depuis des siècles, cette représentation est, dans les pays arabes, en pleine mutation. Cette heuristique est à double tranchant. Porteuse de promesses, elle contient aussi en germe une certaine instabilité sur laquelle il est difficile de s’appuyer pour envisager un avenir commun.

Pour répondre à ces questions, diverses initiatives ont été mises sur pied. On pense ici à des colloques extraordinaires comme celui qui s’est tenu à la Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme (MMSH) d’Aix-en-Provence en juillet dernier, dont le thème était Le service public en Méditerranée au prisme des sciences sociales. Mais aussi à des projets plus pérennes. L’Union pour la Méditerranée (UPM) est de ceux-là.

Misant sur le pragmatisme, cette organisation internationale propose plusieurs axes de réflexion autour de l’idée de coopération économique entre pays du pourtour méditerranéen. Lors du prochain forum organisé par l’UPM, les 22 et 23 octobre à Barcelone, de nombreuses tables rondes seront organisées, dont l’une portant sur Les services publics et le développement urbain durable.

Exit, ici, les considérations ethnologiques, l’idée est d’ancrer de plein pied la réflexion dans le quotidien des habitants de ces régions. Si chaque pays du bassin méditerranéen s’illustre par une série de particularismes indéboulonnables, organiques, la notion de services publics est ici appréhendée dans son sens matériel. Elle concerne plus particulièrement la façon dont l’urbanisation est gérée par les pouvoirs publics, alors que les problématiques environnementales et démographiques se font de plus en plus prégnantes.

On se demandait plus haut comment concilier la singularité de chaque pays à la nécessité d’avancer de concert dans la bonne direction. L’UPM possède sa petite idée. L’organisation, en soutenant par exemple l’émergence du secteur privé dans l’édification des villes de demain, souhaite instaurer une transversalité sur le plan entrepreneuriale, tout en se gardant bien d’intervenir sur le plan idéologique. Malin.

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