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Ukraine : pays martyr d’élites incapables et corrompues

Rédigé par notre équipe le 09 septembre 2015.

Ukraine chaos

Certains pays ont tout pour réussir. Une population dynamique, une situation géographique favorable, une agriculture performante et une industrie pas loin des meilleurs standards mondiaux. Cette carte d’identité est celle de l’Ukraine. Un pays européen qui fait office de pont naturel entre la Russie et l’UE. Oui, mais là-bas, tout ou presque n’est que gabegie et corruption. Le pouvoir actuel ne fait pas exception et le pays sombre à grands pas dans la guerre et le chaos économique. Dmytro Firtash, homme d’affaires ukrainien, propose des alternatives viables ? Qu’importe ! On préfère foncer droit dans le mur, c’est tellement plus rock’n’roll !  

Quel est aujourd’hui le pays européen où il fait le moins bon vivre ? La Grèce me direz-vous ? Non, la Grèce n’a « que » des problèmes financiers gravissimes sur le dos. Si l’on va un peu plus à l’Est, on pose ses valises en Ukraine et l’on contemple un spectacle abominable. Celui d’un pays qui a tout pour réussir, mais qui est assassiné par ses élites seulement avides de pouvoir politique et de dollars. Rien de bien atypique penseront les plus cyniques. Certes, mais l’Ukraine a élevé au rang d’arts la corruption, le gâchis et maintenant le non respect le plus fondamental de sa propre population.

Depuis son indépendance jusqu’à la chute de l’Union soviétique, le pays a tracé bon an mal an sa route, conduit par une élite politique biberonnée au bon vieux communisme de prédation. Profiter du système tant qu’il tient et assurer ses arrières au cas où ce même système venait à se planter. Depuis 20 ans et malgré les retournements politiques, la mission a été réussie et l’arrivée d’un pouvoir pro-européen incarné par le président Porochenko n’a finalement rien changé aux données du problème. Pro-russes ou pro-européens, les hommes politiques à Kiev ont oublié d’être pro-ukrainiens laissant le champ libre à un nationalisme nazillon incarné par Svoboda et le Pravy Sektor.

Une économie à l’agonie

L’arrivée dans des conditions difficiles d’une équipe pro-européenne devait correspondre au renouveau démocratique et économique ukrainien. C’est raté ! Le Parlement est une girouette qui vote des lois détricotées dans la foulée et la situation économique est apocalyptique. Cause et conséquence d’une telle impasse, la guerre qui oppose l’armée ukrainienne aux forces pro-russes dans l’Est du pays. La Crimée est tombée dans l’escarcelle de Moscou en mars 2013 et les discours de façade qui disent vouloir reprendre la Crimée ne trompent personne. L’Ukraine n’a ni les moyens ni la volonté de se dresser contre la Russie. La guerre dans l’Est de l’Ukraine est un jeu de dupes aux conséquences toutefois désastreuses. L’ONU dénombre 8 000 morts depuis le début du conflit. Des villes entières ont été rasées de la carte et des dizaines de milliers de civils ont dû fuir les combats perdant tous leurs biens au passage.

La situation perdure, les accords de Minsk conclus avec la Russie ne sont qu’un vernis destiné à tromper autrui et pendant ce temps c’est l’ensemble du peuple ukrainien qui fait les frais de l’incurie politique. A l’Est, bien entendu. A l’Ouest aussi où le soutien à Porochenko commence à s’éroder sérieusement tant la situation économique est mauvaise. L’Ukraine est dans une nasse inextricable. Une Grèce bis qui ne pourra jamais rembourser ses créanciers. Des créanciers en majorité privés qui ne vont pas soutenir ad vitam aeternam un Etat en faillite.

Certes, le 27 août dernier, de longues négociations ont débouché sur une réduction de la dette. Les créanciers privés américains ont effacé 20 % de la dette qu’ils détiennent, ce qui représente la coquette somme de 3,6 milliards de dollars. Une petite bouffée d’oxygène que les autorités ukrainiennes se sont empressées de décrire comme une grande victoire. Le genre de victoire à la Pyrrhus car dans quelques semaines de nouvelles négociations devront s’ouvrir pour assouplir les conditions de prêt au pays tant la situation reste insoutenable. Cette fois, l’Ukraine a accepté de relever son taux directeur en échange de ce geste. Cela ressemble diablement au puits sans fond grec dans lequel l’UE déverse des milliards…

Côté macroéconomique, tous les indicateurs sont dans le rouge et clignotent. La dette du pays équivaut à 90 % du PIB et au rythme où cela grimpe même la France version Hollande pourra être considérée comme un pays aux finances saines (pour rappel près de 98 % du PIB). La croissance est en baisse de 7 %, l’inflation en pleine forme à 25 % en rythme annuel, la monnaie s’est fracassée de 40 % en un an et le chômage explose. Envoyer des pauvres jeunes hommes mourir dans l’Est du pays est peut-être la seule solution trouvée pour faire baisser le chômage… Le tableau est apocalyptique.

Cerise sur le gâteau et qui illustre une nouvelle fois l’incurie ambiante, l’impasse dans les négociations pour se fournir en gaz. La ressource est indispensable pour faire face au terrible hiver, mais le pays se fournit principalement chez son voisin…russe. Autant dire que les discussions avec Gazprom ne se font pas dans les conditions les plus optimales. Le prix minimal proposé par la société russe est de 247 dollars pour 1 000 mètres cubes et Kiev ne veut mettre que 200 dollars dans le pot. La situation n’avance pas d’un iota, mais au gouvernement personne ne semble s’inquiéter d’un hiver sans chauffage. Le gaz de schiste américain serait-il déjà arrivé dans les citernes ukrainiennes par l’opération du Saint-Esprit ?

C’est rageant surtout que par le passé il a été démontré que des solutions alternatives existent. Lors d’une précédente crise, l’homme d’affaires ukrainien Dmytro Firtash avait pris les choses en main et avait permis de signer un contrat avec le Turkménistan, un autre grand producteur de gaz. La piste Turkmène est explorée en ce moment, mais après des mois aucune solution ne se dégage… Ça sent le contrat perso juteux qu’on essaie de faire passer à tout prix alors qu’il s’agit d’assurer la survie de tout un peuple. Il faut croire qu’aujourd’hui, seules les actions venues de l’extérieur du Gouvernement ont un vrai impact positif. Le même Firtash a lancé l’Agence de Modernisation de l’Ukraine qui a reçu le soutien de partenaires internationaux. Le but : réunir des fonds qui n’iront pas dans la poche des nantis, mais qui serviront à la reconstruction du pays. L’homme ambitionne de réunir 300 milliards de dollars quand, dans le même temps, le Gouvernement se met à genoux devant les Etats-Unis pour recevoir quelques mortiers qui serviront à détruire ses propres infrastructures…

L’Ukraine constitue le spectacle caricatural d’un pays qui se suicide par le biais d’élites politiques capables du pire pour gratter toujours un peu plus. Le peuple peut bien mourir de froid ou sous les balles, rien ne compte pour ces élites déshumanisées obnubilées par l’argent et les places d’honneur. Une version hardcore de l’UE ?

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