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Ukraine, chaos chéri

Rédigé par notre équipe le 18 septembre 2015.

Comment réconcilier deux partis qui se détestent ? Comment passer outre un conflit armé et le lot d’horreurs que cela engendre ? La seconde question mérite de prendre le temps de la réflexion, quant à la première, elle soulève un aspect quasi absent de la pensée journalistique. Si le conflit en Ukraine s’enlise, c’est que les hommes au pouvoir à Kiev n’ont pas intérêt à un règlement rapide. Arrivés aux manettes grâce au chaos politique et social, les élites dont le visage le plus connu est celui du président Porochenko ne puisent leur maigre légitimité que dans l’instabilité de l’Ukraine. Terrifiant… D’autant plus qu’elles s’adonnent à une véritable chasse aux sorcières à l’encontre de certaines figures ukrainiennes désireuses de rétablir la concorde, à l’image d’Oleksandr Klymenko, ancien ministre des Revenus forcé de quitter le pays. 

L’intérêt général, le bien public… la liste des principes fondamentaux qui doivent diriger l’action des gouvernants a visiblement été oubliée par l’équipe Porochenko depuis son accession au pouvoir en Ukraine en juin 2014. Plus d’une année aux commandes et pas grand-chose de positif à se mettre sous la dent. Si les chars russes ne sont pas à Kiev c’est uniquement parce que Moscou s’y refuse. La stabilisation du front, l’enlisement devrait on dire n’est donc même pas à mettre au crédit d’une équipe gouvernementale pas préparée, mais surtout peu soucieuse du bien commun. Si la débâcle économique s’explique amplement par la situation militaire « compliquée » (une dette publique à hauteur de 94 % du PIB, lequel s’est rétracté de plus de 7 % en 2014 et devrait suivre une courbe encore plus vertigineuse en 2015), rien n’est fait pour passer à autre chose : la paix.

Les habitants de l’Est de l’Ukraine, durement touchés par le conflit (ils sont près de deux millions à avoir fui leur foyer) sont les premiers à demander la paix. Les nombreuses familles qui voient un fils enrôlé dans l’armée régulière ukrainienne se montrent de plus en plus hostiles au prolongement de la guerre et mis à part une petite frange ultra-nationaliste, la population aspire à la paix, peu importe au fond le statut qui sera octroyé aux territoires sous contrôle des dirigeants pro-russes. Les conditions d’un règlement pacifique et rapide sont donc réunies d’un point de vue politique (et dans cette affaire, tout n’est que politique) sauf que le gouvernement ukrainien n’y trouve pas son compte. Soutenu à bout de bras par les Etats-Unis et l’UE, l’équipe Porochenko ne doit son pouvoir qu’à un mouvement de la rue dont la spontanéité laisse quelque peu dubitatif les esprits critiques.

Inutile de se le cacher, avoir un petit espace de pouvoir peut continuer de rapporter très gros en Ukraine. Le pays est notoirement connu pour ses problèmes de corruption et la « révolution » de Maïdan a aussi été l’occasion de prendre des places intéressantes et parfois très lucratives. Un retour à la normale serait synonyme d’une remise en question populaire de ces postes et c’est là où le bât blesse. Tous les dirigeants ne sont pas corrompus, mais beaucoup profitent de leur situation pour se constituer des (petits) à côté. Afin d’éviter une concurrence politique trop dangereuse, une campagne de diabolisation a été lancée dès l’été 2014. Sous prétexte de chercher les responsables des morts qui ont émaillé la chute du président Ianoukovitch, l’appareil politique a tout simplement été nettoyé. Supprimer d’anciennes figures pour mieux prendre leur place quand bien même elles n’ont rien à se reprocher.

Cas bien connu en Ukraine, celui d’Oleksandr Klymenko. L’ancien ministre des Revenus a été contraint de se réfugier en Russie afin d’échapper à la cabale qui menaçait tous les proches du pouvoir déchu. Accusé par le nouveau gouvernement de corruption et de soutien financier aux séparatistes, Klymenko a pourtant gagné ses procès faute de preuves tangibles amené par l’accusation. L’homme est à Moscou, mais affirme régulièrement que sa place – comme tous les Ukrainiens – est en Ukraine. Seule la peur de devoir faire face à des accusations purement politiques empêche ainsi des milliers d’Ukrainiens de vivre en paix chez eux. Entre ces exilés et les réfugiés de guerre, le bilan de Porochenko n’est vraiment pas positif. Jamais l’intérêt supérieur de la nation et de ses habitants n’est pris en compte. Encore moins celui des membres de l’ancien gouvernement, même quand, à l’instar de Klymenko, ils militent activement pour le dialogue et la réunification.

L’émergence d’une nouvelle génération peut constituer la solution, mais le temps presse. Il n’est pas certain que cette génération ne soit pas marquée par les déformations de ses ainées. Le salut de l’Ukraine passera par l’unification de son peuple et non pas l’ostracisation d’une partie de sa population pour des raisons linguistiques ou politiques.

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