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Air France-KLM, le dangereux mutisme des syndicats

Rédigé par notre équipe le 25 novembre 2015.

 

En raison de l’échec des négociations sur le Plan Perform 2020, Air France a été contraint de formuler un plan B afin de se réformer. Ce dernier prévoit une baisse de capacités de 10% sur le réseau long-courrier (3% en 2016 et 7% l’année suivante), et 2.900 suppressions de postes dont une partie de départs contraints. Une alternative qui n’a rien d’une fatalité, puisqu’elle pourrait très bien ne pas être appliquée si direction et syndicats s’entendaient enfin sur la suite à donner aux évènements. Le refus borné de ces derniers de reprendre les négociations pourrait bien in fine nuire à de nombreux salariés.

Les syndicats campent sur leurs positions…

« Nous ne souhaitons pas ce plan. Nous avons toujours dit aux syndicats qu’en cas d’accords sur des économies nécessaires, la partie 2017 ne serait pas mise en œuvre », a martelé Alexandre de Juniac lors de sa récente audition devant les élus de la Chambre haute de la République. Pas vraiment audible, le patron d’Air France-KLM semble parler à un mur. L’intersyndicale du personnel au sol refuse toute négociation tant que la direction n’aura pas levé les mesures disciplinaires à l’encontre des salariés accusés d’avoir agressé deux dirigeants de la compagnie. Gage de la bonne foi de la direction, cette dernière annonçait le 15 octobre que l’accord qu’elle souhaite trouver avec le personnel devait être trouvé rapidement pour éviter le plan B, avant de préciser « avant 2016 », puis finalement « fin février au plus tard ».

Si les représentants du personnel y regardaient à deux fois, ils constateraient que tous les survivants du secteur aérien européen ont dû mener à bien cette diète, sans que la situation ne dégénère pour autant. Alexandre de Juniac a lui-même souligné que pour les réformes structurelles de British Airways et d’Iberia il avait fallu « un à deux ans (voire trois ans) pour mener de telles négociations. » Si le plan B était mis en œuvre – ou si un accord viable était trouvé avec les syndicats – la reprise serait rapide : « Air France aura fini sa restructuration en 2017 et pourra recommencer à croître et à embaucher, notamment des pilotes dès 2017-2018. » Las, malgré ces ouvertures, les treize représentants syndicaux de l’intersyndicale campent toujours sur leurs positions. Une attitude qui favorise le déclin de leur entreprise et pourrait conduire à un nombre encore plus important de suppressions d’emplois !

… la concurrence, elle, n’attend pas 

« Il y a dans le monde une dizaine de compagnies aériennes qui sont capables de générer durablement des résultats positifs. Il nous faut atteindre les mêmes niveaux de performance financière pour pouvoir jouer en première division », affirme Juniac. Un objectif impossible à remplir sans alignement des coûts du personnel d’Air France sur ses principaux concurrents : les coûts pilotes et hôtesses/stewards sont en effet, en moyenne, 20 à 30 % plus élevés à l’heure de vol pour la compagnie franco-néerlandaise que pour les autres grandes compagnies européennes.

Cette crise intervient alors que le groupe était en bonne voie. Grâce au plan Transform 2015, la direction avait réussi à solutionner les déséquilibres internes causés par la fusion avec le Hollandais KLM. L’amélioration du résultat d’Air France lui a permis de rattraper une très large partie de l’écart de compétitivité avec KLM – il se portait à plus de 700 M€ en 2011 et sera proche de 0 en 2015. Pour autant, le groupe est toujours à la traine sur ses principaux concurrents. Lufthansa et IAG ont des résultats trois fois meilleurs que ceux d’AFKL : Air France-KLM affiche pour cette année un résultat d’exploitation de 666 millions d’euros, quand la Lufthansa vient de publier un compte-rendu ajusté sur neuf mois d’1,7 milliard d’euros (+71%). Ses prévisions annuelles oscillent entre 1.75 et 1.95 milliard d’euros. De même, IAG vient d’annoncer un résultat d’1,767 milliard d’euros sur trois trimestres.

Ces différences de revenus leur permettent de creuser l’écart qui les sépare d’ores et déjà d’Air France. Elles dégagent plus de cash, investissent dans des services innovants et peuvent pratiquer une politique tarifaire agressive. Contrairement aux inepties entendues çà et là, un seul bon trimestre ne résout pas les difficultés du groupe. Il couronne le succès du premier plan de réforme, ce qui est encourageant, mais une baisse des coûts plus poussée est nécessaire pour jouer à armes égales avec une concurrence elle aussi en progrès. Les coûts unitaires restent un enjeu majeur. Sur les 9 premiers mois de l’année, ils ont baissé chez Air France de 0,5%, alors que les objectifs annuels tablaient sur une réduction de -1,5%.

La situation d’Air France-KLM est connue de tous, les solutions pour mettre un terme à cette mauvaise passe aussi. Dans ce contexte, le refus de coopérer des responsables syndicaux pose question. Ces derniers n’ont pas le choix entre la peste et le choléra, mais entre un scénario optimisé, taillé sur mesure pour répondre à la crise tout en évitant au maximum la casse (Perform 2020) et un scénario catastrophe, échafaudé dans l’urgence pour éviter le pire (le plan B). Y’a-t-il vraiment débat ? Pourquoi s’enferrer dans le mutisme, quand seul le dialogue permettra de perdre le moins de plumes possible ? Incompréhensible et, probablement, dangereux.

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. zelectron dit :

    Les syndicats sont des fossoyeurs d’entreprises !

  2. Icebob dit :

    Vous a-t-on donné quelques raisons de cette différence de compétitivité? Vous a-t-on parlé de l’amende cargo d’environ 1Md d’€ due à quelques chefs d’AF toujours en place? De la politique de couverture carburant douteuse? 20 à 30% de coût semble raisonnable aux vues du différentiel de charges sociales (80% de mon salaire)…les pilotes AF sont 2 pour traverser l’Atlantique au lieu de 3 pour les compagnies US (et KLM), ils ont 2j de repos après 1 A/R US au lieu de 4 voire 6 pour KLM…
    Bref, une fois de plus du pseudo journalisme basé sur des arguments repris d’autres journalistes aussi approximatifs.,,

  3. Geronimo dit :

    au fait ,Lufthansa combien de jours de grèves depuis un an ? Tous les records battus, à des années lumière devant Air France . Pourquoi ne pas en parler des méchants pilotes et syndiqués allemands ? C’est d’autant plus a souligner que celà démontre que l’essentiel n’est pas là .ça prouve aussi une fois de plus que le dogmatisme n’est pas forcément du côté des salariés !

  4. daniel pilotte dit :

    Encore une fois à air France-klm les destructions d’emplois proviennent des syndicats qui ne servent qu’à faire de la casse sociale voir pire…

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