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L’Ukraine change-t-elle de peau ?

Rédigé par notre équipe le 27 novembre 2015.

 

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Début novembre, l’ancienne milice (police) en Ukraine était officiellement remplacée par un nouveau corps aux mêmes attributions, mais à la moralité bien plus grande. Honnie par la population, la « milice » sentait le souffre et la corruption. Voulant partir sur des bases  saines, de nombreux miliciens ont été renvoyés et commencent à être remplacés par des policiers plus intègres. Un pas important qui n’empêche toutefois pas les critiques face à la lenteur des changements.

En juillet, le président ukrainien Petro Porochenko posait tout sourire avec des forces de l’ordre d’une nouvelle espèce. Les premières recrues de la police étaient officiellement affectées à une tâche bien compliquée, celle de faire respecter les lois et la justice dans un pays encore secoué par des bouleversements profonds et un conflit armé latent. L’image est forte et censée rassurer des Ukrainiens qui vivent avec une corruption endémique depuis des décennies. Etre milicien représentait un pouvoir de nuisance et une manière d’arrondir ses fins de mois. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la dissolution de la milice et son remplacement par des forces de police aient été bien accueillis.

2 000 policiers de la nouvelle génération viennent de prendre leur service dans la capitale, Kiev. Sélectionnés après des tests drastiques, peu d’entre eux sont issus de l’ancienne milice et pour éviter de tomber dans les mêmes travers les salaires ont été multipliés par deux. La tentation de la corruption est moins grande et la motivation de ces nouveaux engagés est de servir les habitants et non pas de se servir comme cela a été souvent le cas depuis l’indépendance du pays. La mentalité soviétique de prédation est peut-être en train d’être balayée du côté des forces de l’ordre mais pour le moment seulement 7 000 policiers sont issus du nouveau programme de sélection. Une goutte d’eau à l’échelle du pays.

Un rassemblement nécessaire

Une réforme nécessaire, mais bien petite au regard de ce qu’il reste à faire deux ans après l’arrivée au pouvoir des pro-occidentaux. Les réformes dans le domaine de la vie politique, de la Justice ou encore de la santé n’ont pas vu le jour malgré les demandes répétées d’une population ukrainienne qui a porté la nouvelle équipe aux postes à responsabilité. Le pays est encore sujet à de très nombreux blocages et un vrai problème de confiance perdure. Les milliers de fonctionnaires qui travaillaient sous l’ancien régime sont mal perçus, les populations de l’Est nourrissent un ressentiment vis-à-vis de Kiev et à l’Ouest on estime souvent que les efforts et la volonté de parvenir à des standards européens manquent cruellement.

L’Ukraine doit se réconcilier avec elle-même, comme le répète par exemple Oleksandr Klymenko, ministre avant la révolution du Maïdan et devenu l’objet de l’ire de certains pro-occidentaux depuis leur arrivée au pouvoir. Malgré les critiques spontanées et peu réfléchies, l’ancien ministre prend à bras le corps le problème de la réconciliation nationale et de la reconstruction des territoires frappés de plein fouet par la guerre. L’initiative, matérialisée par la création d’une ONG – Restoring Donbass –, est utile et doit venir en complément d’une action plus large des pouvoirs publics. Malgré les réformes à engager, beaucoup d’espoirs sont tués dans l’œuf en raison de la lenteur des changements. La réforme de la police est une marque importante de la volonté de normaliser le pays, mais cela n’est qu’un maillon de la chaîne et le temps des grandes réformes a sonné si les dirigeants ne veulent pas voir l’élan du Maïdan se fracasser contre le mur de l’immobilisme. Un échec que les Ukrainiens ne seraient pas prêts à pardonner.

 

Crédits photo : AFP PHOTO/ SERGEI SUPINSKY

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