CNRS : le grand remplacement

Rédigé par notre équipe le 17 mars 2016.

Le CNRS, premier organisme de recherche français par le nombre de chercheurs, ingénieurs et techniciens, est la cible de critiques fréquentes. En démissionnant de son poste de chargé de mission interdisciplinaire en 2011, Alain Pavé avait ainsi révélé les désaccords profonds opposant une partie importante de la communauté scientifique et le gouvernement concernant l’organisation et le mode de financement de l’institut. Des reproches qui ne datent pas d’hier, et que continuent de nourrir régulièrement des choix douteux de l’organisation. Dans l’impunité la plus totale, le CNRS est en train de devenir un lieu de villégiature pour activistes et illuminés de tout poil, pourvu qu’ils ne soient pas chercheurs. Cerise sur le gâteau, ces joyeux drilles s’amusent à nos frais !

Le CNRS, « rassemblement de chercheurs fonctionnaires installés dans leur fromage jusqu’à la retraite »

Très impliqué dans l’organisation de la recherche, Alain Pavé est également à l’origine d’importants travaux en biophysique ainsi qu’en modélisation informatique de l’écologie et de l’évolution. Il a pourtant choisi de quitter sont poste en constatant que l’évolution de l’organisme ne répondait pas à sa propre dynamique mais se faisait sur des bases idéologiques, « sans véritable analyse des situations concrètes, sans une réelle concertation et dans une ignorance manifeste de [l’histoire du CNRS] », comme il l’écrivait dans sa lettre de démission.

En critiquant la démarche essentiellement politique et idéologique de la gestion du CNRS, Alain Pavé se faisait l’écho de nombreuses personnalités qui considèrent l’administration de l’organisme de recherche comme un « lobby d’intouchables » constitué en large partie de non-scientifiques, profitant de l’opacité et de la rigidité de l’organisation pour assoir leurs positions.

Les chercheurs qui ne publient pas sont légion, et le problème vient de si loin que Georges Pompidou avait déjà alerté sur les dérives de ce « rassemblement de chercheurs fonctionnaires installés dans leur fromage jusqu’à la retraite, sans autre souci que de s’adonner à leur marottes, qu’elles débouchent ou non sur des découvertes… ». « Ces gens-là dépensent de l’argent public sans aucun scrupule » fustigeait l’ancien président de la République.

De moins en moins de chercheurs, de plus en plus de planqués 

Bien des années plus tard, les polémiques continuent et le CNRS a toujours du mal à expliquer ses choix. En 2005, l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) a fait sienne la protestation des chercheurs et enseignants en sciences sociales, qui craignaient que la nomination du professeur Michel Maffesoli au conseil d’administration du CNRS ne porte un coup irréparable à la crédibilité et au prestige de l’organisme. M. Maffesoli, sociologue de la « postmodernité », choisi « en raison de sa compétence scientifique et technologique », s’est surtout fait connaître pour avoir dirigé la thèse présentée en 2001 par Elizabeth Teissier sous le titre « La situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes ».

Ce n’est bien sûr pas le sujet de la thèse qui a fait réagir les chercheurs, mais l’absence totale de rigueur scientifique d’un travail qui s’avérait être en réalité un « plaidoyer vibrant pour l’astrologie ». La thèse mettait en avant des « preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire » et se vantait de « constater puis démontrer » la pérennité de l’astrologie en tant que science. Et l’AFIS de se demander s’il s’agissait d’une provocation contre l’ensemble de la communauté scientifique… En réalité, il pourrait s’agir de quelque chose de bien plus grave : non pas d’une provocation ponctuelle, mais d’un mode de fonctionnement indéracinable qui devait encore se manifester.

Aujourd’hui, c’est le cas d’Atanas Tchobanov qui fait parler de lui et ébranle de nouveau la crédibilité de l’organisme de recherche français. « Membre principal » au sein du CNRS, M. Tchobanov est surtout connu pour ses activités politiques et journalistiques. Les journaux et sites web de son pays d’origine, la Bulgarie, le présentent le plus souvent comme un « journaliste indépendant » et évoquent quasi systématiquement son rôle de co-fondateur de Bivol.bg, site de journalisme d’investigation et partenaire bulgare de WikiLeaks. Très actif sur le plan politique, Atanas Tchobanov était tête de liste du parti écologiste bulgare lors des dernières élections européennes.

Des activités sans doute nobles et intéressantes mais, force est de le constater, trop éloignées de celles auxquelles est censé se consacrer un « membre principal » du plus grand organisme français de recherche scientifique. Alors que la première fonction du CNRS est de diffuser des connaissances, y compris à l’étranger, certains de ses membres préfèrent profiter de cette plateforme pour se faire un nom en tant qu’activistes politiques plutôt que de contribuer à faire rayonner la science et la recherche françaises dans le monde. Si les chercheurs quittent le navire, de plus en plus de touristes qui « passaient par là » semblent vouloir l’aborder, y trouvant un asile où se faire grassement rémunérer aux frais du contribuable français – qui en est donc réduit, joies de la coopération scientifique, à subventionner la campagne politique d’un dissident bulgare !

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