Agriculture : le lobby vert subit un revers

Rédigé par Notre équipe le 11 avril 2018.

Vu comme un remède miracle aux travers du modèle agricole classique, le Bio était porté aux nues par un lobby vert en roue libre. Mais après de longs mois d’études, le couperet est tombé : non seulement le bio ne donnera pas de travails à nos agriculteurs, il s’avère incapable de nourrir les Français.

Le Bio en France connaît une véritable explosion qui ravit autant les grands industriels que les Bobos : avec un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros pour 2017 et une croissance à deux chiffres (+13 %), la France est devenue le troisième marché mondial de l’or vert. Et pour cause, entre la majorité des Français et les produits biologiques, c’est une affaire de cœur : selon une étude de l’association UFC-Que choisir, 88% des Français feraient confiance au label européen « Agriculture biologique ».

A cet amour tout feu tout flamme s’ajoutent des perspectives économiques qui aiguisent l’appétit des géants de la distribution. Selon les estimations du secteur, ce marché devrait atteindre 12 milliards d’ici à deux ans. Des entreprises telles que Biocoop sont devenues des mastodontes de l’alimentaire en France – celle-ci pèse à elle seule 1 milliard d’euros. Les géants de l’alimentaire que sont Danone, Evian ou Carrefour ne sont pas en reste. Ce dernier a pour sa part annoncé fin janvier qu’il voulait devenir le leader de ce qu’il appelle la « transition alimentaire », en multipliant par 4 son chiffre d’affaires dans le bio, qui est déjà de 1 milliard d’euros.

On est bien loin du portrait bucolique du secteur défendu par le bobo fier-à-bras: celui de petits producteurs familiaux à visage humain et aux moyens limités.

Entre sous-production et importations, le Bio touche les Français au portefeuille

Seulement voilà, si le Bio attire les gros poissons de la grande distribution, il n’en demeure pas moins incapable de nourrir tous les Français.

Les belles promesses de “transition alimentaire”, déclarées la main sur le coeur et la larme à l’oeil, risquent de se heurter à une réalité matérielle : l’impossibilité de produire suffisamment pour nourrir les Français.

Car s’il est en moyenne 1,5 fois plus cher, le Bio ne produit pas autant que l’agriculture traditionnelle. A cela s’ajoute une pression supplémentaire sur les agriculteurs, déjà lourdement sinistrés par des gouvernements successifs. Car pour passer au bio, un agriculteur doit mener une longue transition: de 2 à 3 ans. Il faut encore attendre 5 et 10 ans pour devenir rentable, selon la fédération nationale de l’agriculture bio.

Dans ces conditions, comment maintenir le niveau de production ? En important davantage de produits étrangers, répondent en coeur les experts, qui semblent faire peu de cas du portefeuille des Français. Actuellement 30% des produits bio en France sont importés. Dans le cas d’un passage au tout bio, ce chiffre pourrait être amené à doublé, sinon triplé.

Une gageure quand on sait que la balance commerciale de la France est historiquement déficitaire.

Au-delà du risque de sous-production, l’ouverture des marchés permise par l’Europe et les accords commerciaux passés avec d’autres pays font que les agriculteurs français sont aujourd’hui en péril. « En 2016, 20 % de nos agriculteurs n’ont pas pu se verser un salaire et 30 % avaient un revenu mensuel de moins de 350 euros. Et un agriculteur se suicide tous les deux jours », rappelle l’ingénieur agronome et économiste Claude Sicard dans les colonnes des Echos.

Penauds, les députés de la majorité rétropédalent

Dans le même temps, si le Bio continue d’être porté aux nues, il n’en est pas de même des produits phytosanitaires qui souffrent d’une réputation exécrable – parfois à raison, mais souvent à tort.

Dernier bouc émissaire de cette violence rituelle, le glyphosate qui, aux dépens de la science, a été sacrifié sur l’autel du bio en octobre dernier. Le produit a en effet fait l’objet d’une controverse majeure, alimentée par une presse souvent alarmiste qui n’a eu de cesse de rappeler que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, une des agences dépendant de l’OMS) avait reconnu le glyphosate comme « cancérogène probable ». Mais après la peur panique et la bataille médiatique est venue le temps de l’analyse.

Et force est de constater qu’entre le temps de la polémique, en octobre, et celui des actions, les discours ont bien changé.

Dès février, le Ministre de l’écologie Nicolas Hulot changeait son fusil d’épaule, évoquant des “exceptions” au salon de l’agriculture, pour les terrains trop difficiles ou les agriculteurs en situation difficile. Mais c’est la remise d’un rapport parlementaire la semaine dernière qui a mis un coup d’arrêt aux illusions du tout Bio. Les députés, qui ont rendu leur copie sur une mission voulue par le Jupitérien président, ont finalement dû admettre, penauds, que l’abandon des pesticides “prendra du temps” et que « l’établissement d’un lien de causalité entre la survenue d’une pathologie et l’exposition aux produits phytopharmaceutiques est délicat ». Un doux euphémisme pour dire que, malgré les cris de Cassandre des écologistes, il n’y a aucune preuve sérieuse des dangers qu’ils dénoncent.

Le rapport, censé « établir une feuille de route crédible, économiquement réalisable, de la décision du président de la République de sortir du glyphosate en trois ans », s’est finalement fracassé contre la réalité du terrain que les agriculteurs n’ont eu de cesse de dénoncer. Revenir au désherbage manuel n’est une solution pérenne pour personne, et les pesticides Bio ne sont pas plus efficaces que leurs confrères chimiques.

A ce discours s’ajoute les injonctions de la communauté scientifique, las de voir la raison détournés par un lobby vert de plus en plus puissant. Ainsi, dans un article très complet, le site Pseudo-Sciences.org a comparé toutes les données disponibles sur la question. Sa conclusion est sans appel : « Au terme de notre analyse, nous arrivons à la conclusion qu’après plus de quarante ans de recherche scientifique active, aucun indice convaincant de cancérogénicité du glyphosate pour l’Homme ne s’est manifesté à des doses compatibles avec une exposition humaine réaliste. Toutes les agences sanitaires ayant mené une réévaluation du potentiel cancérogène du glyphosate suite à l’avis du CIRC l’ont à nouveau déclaré non cancérogène. »

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Bluesun dit :

    En revanche, « sur les dix pavés frais qu’on a analysés, les plus mal classés en termes de pollution sont les pavés bio », indique Patricia Chairopoulos. Sur dix saumons frais vendus en France et testés par le magazine, seuls les quatre saumons bio présentent des traces de contamination de métaux et/ou dioxines, PCB et pesticides.

    Driessen : « Peurs vertes, morts noires ».
    Ce livre expliquait en détail pourquoi et comment les phobies que les écologistes diffusent dans toutes les sociétés occidentales ont des conséquences meurtrières.

    Driessen y notait, entre autres, le danger des éoliennes, tueuses d’oiseaux et incapables de fournir de l’électricité de façon continue et en quantité suffisante, les conséquences de la phobie du nucléaire civil pour le développement économique mondial, les effets de la diabolisation des biotechnologies agricoles sur l’alimentation, les risques importants liés aux produits dits « biologiques »…
    Le livre était trop politiquement incorrect, trop éloigné de la bien-pensance ambiante pour être commenté, et il ne l’a pas été. Ce qui s’y trouve expliqué reste pourtant d’actualité.

    Une question se pose quand même :

    Un terrain bio, à proximité d’un terrain non bio…
    Y a t-il alors une frontière qui fait que l’un ne sera pas contaminé par l’autre ?

    Ne pas oublier que le premier destructeur est l’humain.
    Dans sa grande intelligence de mélasse, il va finir par se détruire lui même…et nous avec….ça, c’est le grand dommage..

    (En même temps, les français le valent bien….)

  2. Bluesun dit :

    Ci-après le passage d’un texte sur le merveilleux bio…

    ne pouvant utiliser de produits chimiques ou autres horribles procédés modernes, les exploitations agricoles « bio » utilisent de l’engrais naturel, en l’occurrence du fumier, donc des excréments. Il se trouve que l’E-Coli émane toujours des excréments. Ne voulant utiliser une eau traitée elle-même par d’horribles procédés modernes, les exploitations agricoles « bio » utilisent de l’eau sans ajouts chimiques, donc de l’eau qui, si elle a été en contact avec des excréments, peut contenir de l’E-Coli. Cela fournit au moins deux sources de contamination possibles.

    Quand même, si les citoyens réfléchissaient un peu par eux mêmes, et pas bouffer tout le bourrage de crâne distillé chaque jour à petites doses…

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