Arkéa : Macron ne tient plus ses troupes !

Rédigé par Notre équipe le 24 mai 2018.

Macron

En dépit des avertissements répétés du gouvernement et des autorités bancaires, Jean-Pierre Denis semble bien parti pour réaliser son rêve : rendre Arkéa indépendant du Crédit Mutuel. Une affaire qui révèle des fissures dans la majorité d’Emmanuel Macron.

Un an après sa triomphale élection, Emmanuel Macron tient-il encore ses troupes ? On est en droit d’en douter, et c’est la ténébreuse affaire de la sécession d’Arkéa, une filiale du Crédit Mutuel dirigée par Jean-Pierre Denis, qui jette le doute. Une saga, ou plutôt une croisade indépendantiste, contre laquelle la quasi-totalité des autorités publiques françaises et européennes se sont prononcées. En vain, pour le moment.

Des paroles et des actes

L’ancien gouverneur de la Banque de France, le très respecté Christian Noyer, a été chargé d’une mission évaluant la possibilité de la création d’un groupe bancaire mutualiste distinct et indépendant du Crédit Mutuel. Ses conclusions sont sans appel : jugeant « hasardeuses » les velléités sécessionnistes de Jean-Pierre Denis, Christian Noyer estime que « le maintien de l’unité serait préférable, tant pour la stabilité de l’ensemble du monde bancaire mutualiste (…) que d’un point de vue prudentiel, dans la mesure où la viabilité du Crédit Mutuel Arkéa dans un scénario de séparation demeure encore à vérifier ».

« Les pouvoirs publics partagent les conclusions de cette mission », a déclaré le ministère de l’Economie et des Finances, signifiant que le gouvernement ne souhaitait pas modifier la loi existante, ce qui serait un passage obligé en cas de constitution d’un nouvel ensemble mutualiste. Et Bercy de promettre « la plus grande vigilance », à l’égard notamment de la protection des déposants et des clients. Les agences de notation, dont Sandard & Poors, ont quant à elles prévenu que la note d’Arkéa serait dégradée en cas de séparation.

Le 25 janvier, ce fut au tour de la directrice du Trésor et du gouverneur de la Banque de France, en tant que président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), d’adresser une lettre à Jean-Pierre Denis, s’alarmant d’une « séparation unilatérale », « de la viabilité et de la solidité d’un groupe Arkéa devenu indépendant » et d’une consultation des caisses locales qui ne soit pas « précédée d’un éclairage complet et précis sur les conséquences juridiques, prudentielles, financières, opérationnelles et commerciales qu’une telle décision emporterait pour les caisses locales concernées ».

Enfin, le 14 mai, Danièle Nouy, présidente du conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne (BCE) et Denis Beau, sous-gouverneur de la Banque de France et président de l’ACPR, ont eux aussi envoyé un courrier à Jean-Pierre Denis. Tout en insistant sur le fait qu’une « telle “’désaffiliation unilatérale”’ — la dernière trouvaille de Jean-Pierre Denis — soulèverait de fortes incertitudes », la BCE et l’APCR offrent un feu vert implicite à l’indépendance d’Arkéa.

« Une démission des gendarmes des banques », tranche le journaliste de Mediapart Laurent Mauduit, selon qui Jean-Pierre Denis « a forcé la main à la BCE et à la Banque de France, qui finalement se bornent à en prendre acte ». Conclusion : « un banquier qui a de l’obstination — et Jean-Pierre Denis n’en manque pas — peut faire plier les autorités de tutelle des banques bien conciliantes ».

Les ouailles de Macron se rebiffent ? 

Cerise sur le gâteau : pendant que les autorités de contrôle noient le poisson et que le gouvernement français tergiverse, des députés de sa majorité affichent ostensiblement leur soutien à l’indépendance d’Arkéa. Plusieurs d’entre eux, dont Paul Molac, Jean-Charles Larsonneur, Liliane Tanguy ou Didier Le Gac, ont ainsi joint leur nom en bas d’une pétition en faveur des projets de Jean-Pierre Denis et certains sont même allés manifester aux côtés des sécessionnistes à Paris.

Assiste-t-on à l’émergence de nouveaux « frondeurs » au sein de LREM ? Quoi qu’il en soit, il semblerait que le gouvernement et les autorités bancaires soient bel et bien en passe de plier face à un homme dont ils jugent pourtant le projet « illégal » et dangereux, tant pour son propre établissement que pour l’ensemble du secteur bancaire mutualiste français. Une affaire qui met en lumière les faiblesses de notre gouvernement et des autorités.

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