Traitement et recyclage des combustibles usés : une filière sous-estimée dans le rapport Pompili

Rédigé par notre équipe le 17 juillet 2018.

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Au lendemain du débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la remise du rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires était attendu par les acteurs du secteur énergétique français. Si l’intérêt de l’atome n’est pas remis en question dans le mix électrique national, les recommandations sur le traitement et le recyclage des combustibles semblent trahir une certaine méconnaissance de la filière.

Avec l’aéronautique, la construction navale et l’électronique, le nucléaire demeure l’un des derniers fleurons de l’industrie française. Deuxième pays avec le plus de réacteurs (58) derrière les États-Unis, la France exporte à travers le monde un savoir-faire qui ne se limite pas à la construction et à l’exploitation des centrales, mais s’étend aussi au traitement et au recyclage des combustibles usés. Pionnière en matière d’économie circulaire, la filière atomique a dû, de par sa nature, se pencher dès ses débuts sur le devenir de ses déchets potentiellement toxiques. Collectés et traités depuis 1976 sur le site d’Orano La Hague (Manche), les résidus nucléaires sont aujourd’hui réutilisables à 96 %. Les 4 % restants sont conditionnés et prêts à être stockés pour le très long terme, évitant ainsi de faire porter la responsabilité sur les générations futures. Fruit de plus de 40 années d’expérience, le traitement et le recyclage permet de diviser par cinq leur volume et par dix leur radiotoxicité. En France, les déchets nucléaires représentent 200 m3 par an, soit 5 grammes par habitant. Les progrès en la matière permettent désormais d’économiser 25 % de l’uranium naturel, si bien qu’une ampoule sur dix fonctionne aujourd’hui grâce aux matières réutilisées. Pourvoyeur de plus de 70 % d’une électricité française décarbonée à près de 98 %, l’atome garantit ainsi une empreinte écologique très faible puisqu’un gramme de plutonium ou 100 grammes d’uranium fournissent autant d’énergie d’une tonne de pétrole, une tonne et demie de charbon, deux tonnes et demie de bois, soit 11 MWh d’électricité.

Manque d’arguments en faveur de l’entreposage à sec

Alors que l’expertise française ne fait pas débat, la commission parlementaire menée par les députés Paul Christophe et Barbara Pompili remet en cause, dans son rapport rendu public le 5 juillet, les méthodes de traitement des déchets nucléaires ainsi que la filière de recyclage elle-même. Dans sa recommandation n°16, l’enquête préconise l’entreposage à sec des combustibles usés, solution jugée « plus sûre et moins coûteuse », contrairement à l’entreposage en piscine qui prime dans l’Hexagone. Or, si la première solution est considérée dans le rapport comme présentant « une plus grande sûreté » ainsi qu’ « une plus grande sécurité », c’est aussi le cas de la seconde, le refroidissement dans l’eau étant par ailleurs reconnu dans le document comme « incontournable », « plus rapide » et « faciliterait les opérations de retraitement »… Difficile, dans ces conditions, de comprendre la préférence de la commission pour le refroidissement à l’air, alors que les arguments des députés ne parviennent pas à départager les méthodes. Si les deux sont reconnues comme sûres, l’entreposage en piscine paraît cependant plus efficace, notamment pour le gain de temps, la facilité de surveillance et un état immergé dissuadant les actes de malveillance. Il est en outre admis dans le rapport que le refroidissement en piscine constitue une étape obligatoire avant tout entreposage à sec. Mais la Commission Pompili sème encore plus la confusion quelques pages plus loin, en interrogeant la pertinence de la filière de recyclage, à laquelle elle reproche les risques. La recommandation n°19 invite ainsi à « mener une réflexion sur la poursuite ou non du retraitement des combustibles usagés, ceux-ci n’étant majoritairement plus réutilisés et présentant plusieurs risques. »

Des gages de sécurité passés sous silence

Un tel argument paraît difficile à entendre dans le pays inventeur du Mox, ce mélange d’oxydes composé à 93 % d’uranium et à 7 % de plutonium issu de combustibles usés qui permet à la matière d‘être recyclée en boucle, et où les risques nucléaires sont évalués et contrôlés en permanence par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire). Protégée par 140 gardes armés, une couverture radar permanente en lien avec l’armée de l’air, l’interdiction de survol à moins de 2 000 mètres d’altitude et de nombreux barrages alentours, le site d’Orano La Hague est connu pour être le lieu industriel le plus sécurisé de France, un élément toutefois absent du rapport. Conscient de la saturation prochaine des piscines d’Orano (ex-Areva) à l’horizon 2030, EDF a déposé en avril 2017 un projet de construction d’un nouveau bassin, qui attend encore de recevoir l’avis de l’ASN. Comme pour celles déjà existantes, la future piscine serait à l’abri des risques d’agression, notamment aérienne, grâce au doublement voire au triplement des systèmes de contrôle et d’intervention au sol comme dans les airs. Mais le plaidoyer d’Orano et d’EDF en faveur de l’entreposage en piscine et du retraitement ne semble pas avoir convaincu les parlementaires, au contraire « séduits » par l’alternative à sec malgré l’absence d’expérience sur le territoire français. Une conclusion à l’image d’un rapport qui s’écrit davantage au conditionnel qu’à l’affirmatif. Si la réalité du nucléaire français semble encore échapper à la classe politique française, force est de constater qu’elle ne questionne cependant pas son utilité dans le mix énergétique national.

Déjà une remarque sur cet article

  1. Bluesun dit :

    Nucléaire sur terre, fermes nucléaires sous mer, et si demain tremblement de terre se sont les 140 gendarmes armés qui va faire peur à la terre ??????

    Ils empoisonnent la terre, et viennent nous bassiner avec leur écologie à la noix…

    Vous vous souvenez du “il faut arrêter l’eau du robinet lors du brossage des dents pour protéger la planète”…

    Personne alors ne parlait aussi d’arrêter l’eau du robinet lors du lavage des mains ….histoire de protéger là aussi la planète…

    Pour en revenir aux brossages des dents, il est vrai que depuis, ils ont fait des citoyens des “sans dents”, sans doute pour cela que ce conseil “risible” n’a plus lieu d’être….

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