Mali : l’élection se déroulera-t-elle dans de bonnes conditions ?

Rédigé par Notre équipe le 26 juillet 2018.

A quelques jours de l’élection présidentielle malienne, les soupçons de fraude sont plus vifs que jamais. L’opposition, menée par Soumaïla Cissé, dénonce les manœuvres du régime, accusé d’entretenir des fichiers bourrés de faux électeurs. Dans de larges parts du pays, la situation sécuritaire pourrait également favoriser la fraude à grande échelle.

Les Maliens, appelés aux urnes le dimanche 29 juillet afin d’élire leur président, bénéficieront-ils d’un scrutin libre et non faussé ? Rien n’est moins sûr. Le régime du président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), est en effet soupçonné de fraude à grande échelle. Dans le viseur de l’opposition, un fichier électoral parallèle, comptant plus de 275 000 doublons d’électeurs, et différent de celui audité et validé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) il y a quelques mois.

« Une vaste tentative de fraude »

Pour le principal parti d’opposition, l’Union pour la République et la Démocratie (URD) et son candidat, Soumaïla Cissé, « la responsabilité du gouvernement est entachée de ce qui s’apparente à une vaste tentative de fraude, tendant à prendre en otage le vote du peuple malien ». Pour toute réponse, les autorités se retranchent derrière une argumentation technique, prétextant une erreur informatique. En attendant, il est impossible de savoir quel fichier électoral à été transmis à l’Imprimerie de France, chargée d’éditer les quelque 8 millions de cartes d’électeurs.

L’existence de ce fichier parallèle et potentiellement frauduleux n’est pas la seule découverte rapportée par l’opposition. Mi-juillet, seulement 37% des nouvelles cartes d’électeurs, biométriques, étaient retirées. Pire, il existerait selon l’URD près d’un millier de bureaux de vote non prévus à l’origine, et dont on ne sait comment ils seront contrôlés. « L’étendue des constatations, leur gravité, fait que des solutions techniques ne suffisent pas, déplore le directeur de campagne de Soumaïla Cissé, Tiébilé Dramé. Il faut des mesures politiques, avec l’implication des représentants de la communauté internationale ».

A défaut de quoi, les listes gonflées de faux électeurs potentiels et de toujours possibles manipulations informatiques des résultats risquent bien de voler leur élection présidentielle aux Maliens. Cette situation était pourtant prévisible. Dès l’annonce de la candidature d’IBK à sa propre succession, le 28 mai dernier, Soumaïla Cissé avait déjà exigé du président en exercice, « d’une impopularité incroyable », qu’il fasse en sorte d’organiser une campagne équitable et des élections libres et transparentes.

Pour donner du poids à ces revendications légitimes, l’opposition a organisé plusieurs manifestations publiques, dont certaines ont été interdites par le régime. Le 8 juin, plusieurs milliers de manifestants ont ainsi arpenté les rues de la capitale, Bamako. Drapeau du Mali en mains, brandissant des pancartes « Non à la fraude électorale ! », ils réclamaient en choeur une élection libre et non faussée. Difficile de savoir si ces évènements ont pesé sur l’organisation du scrutin, mais « si nos manifestations (ont amené le régime) à oublier (ses) plans pour une élection gagnée au premier tour, c’est tant mieux », se félicitait-on dans le camp de Soumaïla Cissé.

Des observateurs internationaux empêchés

Seule lueur d’espoir, l’élection présidentielle de dimanche devrait être scrutée à la loupe par l’Union européenne (UE), la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine (UA) et l’OIF, qui ont déployé plusieurs centaines d’observateurs. La seule Cedeao a déployé, à partir du 24 juillet, 150 observateurs dans le centre et le sud du pays. La présence de ces officiels étrangers sera-t-elle suffisante ? L’opposition en doute, des observateurs internationaux s’étant vu refuser l’accès aux centres de compilation des résultats par le gouvernement malien, selon l’URD.

Enfin, de grandes parties du territoire malien échappent toujours à l’autorité de l’Etat. Dans le nord et le centre du pays, l’insécurité engendrée par la présence de milices armées perpétrant attaques et enlèvements a fait fuir les agents de l’Etat. Dans certaines régions, seul un tiers des fonctionnaires malien est à son poste. Les préfets et sous-préfets maliens, régulièrement visés par des raids, redoutent pour leur vie. Ce qui fait craindre à l’équipe de Soumaïla Cissé que « dans les zones où l’Etat est absent, il risque d’y avoir un huis clos de la fraude ».

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