Quand Cash Investigation perd le fil de l’enquête

Rédigé par notre équipe le 10 octobre 2018.

La télévision publique ne brille pas par sa qualité. Les émissions qui ressemblent à de mauvaises blagues pullulent et le maître-mot de la présidence actuelle est le jeunisme. Il faut des têtes jeunes, un ton faussement impertinent et surtout une pensée dans la droite ligne de la bien-pensance. L’information est parcellaire, téléguidée, et même les rares émissions censées relever le niveau sont en perte dramatique de vitesse. Cash Investigation devient peu à peu le symbole d’un journalisme d’investigation dont les enquêtes laissent à désirer tant sur le fond que sur la forme.

Cash Investigation touche le fond. Malheureusement, il ne s’agit pas du fond qui permet de mettre en lumière une réalité cachée des puissants. Ce fond là est marécageux et constitue le cimetière d’un véritable journalisme d’investigation. Alors que le moindre pigiste à la solde des puissants se drape dans l’honneur journalistique, les vraies enquêtes qui font trembler la République et les puissants se comptent sur les doigts d’une main chaque année. Et la lumière n’est décidément pas à chercher du côté de la télévision publique. Les animateurs, heu pardon, les journalistes ne peuvent s’empêcher de souligner la qualité de leur travail. Pourtant de la présentation du journal télévisée au magasine d’enquête Cash Investigation, on ne retrouve pas même l’ombre d’une enquête intéressante.

Cash Investigation à l’heure du bilan

C’est dommageable surtout qu’à ses débuts l’émission présentée par Elise Lucet (alors également présentatrice du 13 heures) s’était taillée une belle réputation. Des enquêtes intéressantes portant sur l’industrie pharmaceutique, la finance et les paradis fiscaux avaient alors montré que le service public peut-être au niveau et soulever de vraies questions. Il y a deux ans encore, les journalistes de Cash Investigation prenaient part à la vaste enquête internationale des « Panama Papers ».

Depuis, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les sujets traités s’éloignent des nombreux scandales qui prennent pourtant racines en France. Ah mais, il y a eu l’enquête diffusée en mai 2018 sur les liens entre Kadhafi et Sarkozy diront certains… Un masque pour faire croire que Cash Investigation n’a pas peur des puissants. Le premier est mort et le second est un retraité involontaire de la vie politique. Ceux qui sont actuellement au pouvoir peuvent continuer à bien dormir.

Malheureusement, en plus des sujets convenus, c’est le traitement qui pose de plus en plus problèmes. En septembre dernier, Cash Investigation diffusait une grande enquête sur le plastique en tapant comme un dératé sur Coca Cola. Le crime de la firme américaine ? Produire des bouteilles en plastique qui se retrouvent dans la nature (notamment les océans). La pollution, ce sont les grandes entreprises ! Les consommateurs qui balancent leurs détritus n’importe où ne sont, eux, jamais pointés du doigt. On déresponsabilise les citoyens et on dit que tous les problèmes de notre monde viennent des méchantes entreprises. Le message ne peut pas passer à moins que le jeunisme qui règne à France télévisée ne soit en fait une retombée dans des temps anciens où le socialisme était rayonnant.

Les journalistes prennent les téléspectateurs pour des gogos et surjouent des effets indigestes. La voix off est horripilante, faussement naïve et désigne clairement l’ennemi d’un soir. On promet de voir l’envers du décor, mais quel est l’intérêt de s’inviter dans une propriété privée en caméra cachée pour se faire logiquement expulser et en conclure « ils ont des choses à cacher ! » ? Ce genre de vidéo faussement subversive ne permet pas de conclure à la bonne santé du journalisme (d’investigation).

Les méthodes et sujets sont à revoir. Il faut passer du sensationnalisme à la véritable enquête de fond qui amène à des révélations douloureuses pour les puissants. Dire que telle marque fait travailler des sous-traitants dans tel ou tel pays est une lapalissade qui nourrit des journalistes avec l’argent du contribuable. Là est d’ailleurs le problème. La liste des personnalités et entreprises à ménager devient si longue qu’on finit par tourner en rond. Il faudrait un peu moins de subventions publiques et beaucoup plus de courage pour que le journalisme français arrache de nouveau ses lettres de noblesse. Le compte n’y est pas ! Au travail !

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. PhilZ dit :

    Cash investigation devrait s’intéresser à toutes ces mafias qui tournent autour du pouvoir et de l’idéologie qui règne en maitre via les médias au service de ceux-ci. Une information qui contrôle, formate,conditionne et manipule à tout de bras. Depuis longtemps je sais à travers mon métier combien ces journalistes qui vous parlent cash sont malhonnêtes et hypocrites . Il y a bien longtemps que je ne regarde plus la TV d’état, Pravda déguisée…La radio non plus.. informations de caniveau pour gogos français, moutons lobotomisés….

  2. Le-civilisateur dit :

    BRAVO !

    Encore un de vos articles qui décrit, démontre et démasque avec exactitude le caractère perfide du système pyramidal qui contrôle le pays.

    Comme vous le dite si bien, tout n’est que mise en scène.

    Mais rassurez-vous !

    Les personnes qui contrôlent le système ont plus de respect pour votre travail et votre charisme.

    Que pour les P….tes et les lâches qui travaillent pour eux.

    Car ils savent pertinemment bien.

    Que le lâche n’est pas fiable…

    Ces journalistes en carton, avec l’argent et les moyens dont ils disposent, n’arrivent même pas à produire du mensonge de qualité et de la propagande convaincante.

    La conscience et l’éveil d’une petite rédaction, transcende la stratégie et me pognon de dingue de cette armée machiavélique.

    J’espère que dans un avenir proche, la jeunesse française sortira de la matrice et finira par apprécier votre travail.

    Et donc prendre conscience du travail que vous effectuez pour eux finalement …

    Quelles soient d’en haut ou bien d’en bas.

    Pour le bien ou pour le mal.

    Les personnes puissantes doivent rester dans l’ombre.

    Bravo !

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