Inégalités et culture : sortir du « tout-État »

Rédigé par notre équipe le 31 octobre 2018.

Depuis les années 80, la politique culturelle française s’est construite sur une intervention forte (et coûteuse) de la puissance publique. Une approche parfois utile et bénéfique, mais souvent contre-productive, les inégalités dans l’accès à la culture demeurant particulièrement criantes. Une seule solution : laisser se développer des projets culturels différents, dynamiques et privés comme Artips, Europacity ou Koober.

« La culture, ça fait partie de la République et le rôle du chef de l’État, c’est de défendre toujours et encore la culture » déclarait François Hollande lors de la fête de la Musique le 21 juin 2014. Une déclaration révélatrice des schémas de pensées des responsables politiques français, qui peinent à imaginer le secteur culturel sans l’intervention de la puissance publique.

En France, l’ensemble d’un secteur de l’Économie, la culture, dépend des subventions de l’Etat, des régions et des communes. Une particularité hexagonale, dont on ne doit pas spécialement être fiers. À l’argument comptable (le coût que représente cette politique pour le contribuable), les bonnes âmes rétorquent toujours que la culture doit demeurer un secteur à part, parce que particulièrement fragile, mais indispensable pour l’épanouissement personnel et la constitution d’une société commune.

Certes. Mais qui a décrété que le secteur public serait le plus à même pour assurer le développement qualitatif et quantitatif de l’offre culturelle ?

Un postulat qui doit d’autant plus être remis en cause que l’État a failli à sa mission de démocratisation de la culture. Olivier Donnat, sociologue, vient de publier deux études sur le sujet. Son constat est accablant : les décennies de politiques publiques n’ont toujours pas réussi à réduire les inégalités dans l’accès à la culture. Comme l’écrit le journal le Monde, « les milliards investis par l’État pour construire musées, opéras, théâtres, salles de spectacle ou bibliothèques, n’ont servi qu’à un Français sur deux — aisé, diplômé, Parisien, issu d’un milieu cultivé. Ceux qui restent à la porte, souvent aux revenus modestes, s’en fichent ou pensent que cette culture axée sur les traditionnels “beaux-arts” est déconnectée de leurs envies. »

Page par page, Olivier Donnat démontre que la puissance publique s’est contenté de financer des productions (musiques, films) et des constructions (musées, salles de concert) qui correspondaient aux habitudes de consommation d’une minorité de baby-boomers ou de privilégiés, mais en ne prenant pas en compte les demandes et les besoins des catégories sociales plus populaires.

Si l’intervention de l’État s’est assurément avérée utile dans certains cas, notamment pour l’entretien et la rénovation d’éléments du patrimoine, il s’est révélé décevant dans sa mission de démocratisation de l’art et de la culture.

Comme c’est systématiquement le cas quand la puissance publique intervient sur un marché, celle-ci pèche rapidement par son manque de dynamisme et d’innovation, sa tendance à l’inertie et finalement, déstabilise l’équilibre entre l’offre et la demande. Une solution : réduire la part de l’État dans le secteur culturel, et laisser des entreprises privées investir ce domaine. De nombreux projets ouvrent déjà une voie prometteuse.

Artips, Koober et Europacity

Depuis plusieurs années, en marge de l’offre publique, des entreprises investissent le secteur culturel. Certaines start-up misent sur le numérique et l’univers digital pour toucher un public élargi et souvent jeune. C’est par exemple le cas de la start-up Artips. Créée en 2013, l’entreprise s’est donné pour mission de populariser l’art de manière détournée et ludique grâce à de courtes anecdotes sur des œuvres réputées et leurs auteurs à travers les âges et les courants. Sa newsletter compte déjà près de 500 000 abonnés, et son chiffre d’affaires est de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Une « succes story » similaire à celle de Koober, cette start-up parisienne créée en 2014, qui propose, moyennement un abonnement de 7euros, une synthèse écrite et un résumé audio d’une vingtaine de minutes de centaines d’ouvrages. Une manière de découvrir des auteurs et des idées que l’on n’aurait jamais connus, faute de temps. Une façon originale de se cultiver qui correspond à une demande connectée, curieuse, mais pressée.

Des entreprises innovantes qui touchent un public plus jeune, premier pari réussi. Mais comment toucher un public plus populaire ? La démocratisation de la culture doit proposer un accès aux œuvres qui s’adresse aux milieux sociaux les plus défavorisés, avec des œuvres de qualité sans avoir le vernis « élitiste » de la plupart des institutions et des produits culturels aujourd’hui. Dit autrement, il ne faut pas attendre que ces populations viennent à la culture, mais adapter l’offre culturelle aux modes de vie et de consommation de ces Français.

En cela, Europacity au nord de la capitale pourrait être un projet particulièrement intéressant. En 2024, dans le cadre de l’aménagement du Grand Paris, le groupe immobilier Ceetrus aura sorti de terre un vaste complexe à la fois centre commercial et lieu culturel. Une offre qui s’adressera aux touristes, aux Parisiens, mais aussi aux très nombreux habitants des villes voisines de Seine-Saint Denis et du Val d’Oise. Des populations précaires, avec un fort taux de chômage.

Le centre commercial ne sera alors pas uniquement un lieu de consommation, mais aussi d’éveil, de divertissement et de culture : entre les boutiques à Europacity, les Franciliens trouveront un cirque, un centre dédié au cinéma, un musée, une salle de spectacle et même un espace culturel dédié aux enfants.

Une « muséification » des espaces de consommations et de divertissement qui se développe dans bon nombre de villes françaises, où certains centres commerciaux font appel à des artistes contemporains pour améliorer la visibilité et l’originalité de leur établissement tout en permettant à leur clientèle d’être confrontée à des œuvres qu’elle n’aurait jamais croisées. Mélanger la Fiac et la Fnac, en quelque sorte.

Trois entreprises, trois projets innovants, trois manières de renouveler l’offre culturelle. Le secteur privé, soumis à la concurrence, contraint à l’innovation et surtout obligé de s’adresser au public dans toute sa diversité sociale est le meilleur outil de démocratisation de la culture.

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. zelectron dit :

    Tout par l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! Mussolini

  2. masseliere dit :

    un autre équipement remarquable: les folies hors les murs de la villette; la 1ere a été installée à sevran il y a bientot deux ans. 8 musées nationaux se sont associés à la villette pour mettre à disposition sous format électronique bien sur leurs oeuvres. C’est génial!

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