Séisme judiciaire à Monaco : les policiers se rassemblent pour soutenir leurs chefs

Rédigé par Notre équipe le 09 novembre 2018.

Justice Monaco

Après l’appareil judiciaire monégasque, ce sont deux hauts gradés de la police du Rocher, très respectés par leurs collègues, qui ont été inculpés par le juge Levrault. Sous le choc, une centaine de policiers se sont rassemblés de manière spontanée pour soutenir leurs chefs.

Du jamais vu à Monaco. À la suite du milliardaire d’origine russe Dmitri Rybolovlev, qui a été, avec son avocate, Tetiana Bersheda, inculpé mercredi 7 novembre au terme de sa garde à vue, c’est presque l’ensemble de l’ancien appareil judiciaire monégasque qui a été inculpé par le juge Édouard Levrault.

Philippe Narmino, ex-directeur des services judiciaires (l’équivalent du ministre de la Justice en France), a ainsi été inculpé pour « trafic d’influence actif, trafic d’influence passif, corruption passive, violation du secret de l’instruction et/ou du secret professionnel » ; par ailleurs, son épouse et son fils ont aussi été inculpés. Paul Masseron, l’ancien conseiller de gouvernement de l’Intérieur (l’équivalent du ministre de l’Intérieur en France), écope quant à lui des mêmes chefs d’inculpation que son ex-collègue, à l’exception du trafic d’influence passif.

Les policiers monégasques sous le choc

Mais ce qui choque sur le Rocher, ce ne sont pas tant les inculpations d’hommes politiques que celles qui ont visé… deux policiers. Christophe Haget, l’emblématique patron de la police judiciaire (PJ) monégasque, et son adjoint Patrick Fusari, ont en effet tous deux été inculpés jeudi 8 novembre pour « trafic d’influence passif, corruption passive, violation du secret de l’instruction et/ou du secret professionnel ». Deux policiers d’élite inculpés, c’est une première à Monaco. Les deux hommes écopent qui plus est d’un contrôle judiciaire particulièrement sévère, qui leur impose de « s’abstenir de fréquenter les locaux de la Sûreté publique et d’exercer toute fonction d’officier de police judiciaire ». Des mesures aussi incompréhensibles qu’humiliantes pour leurs collègues policiers.

En réaction, ceux-ci s’étaient rassemblés en masse — et visiblement en colère — pour attendre la sortie de leurs chefs. Jeudi, une centaine d’hommes de la Sûreté publique (dont l’ancien patron, Régis Asso, a également été inculpé) s’étaient en effet réunis, en civil, le visage fermé, devant le Palais de justice de Monaco. Lorsque Christophe Haget et Patrick Fusari sont finalement apparus, un véritable tonnerre d’applaudissements les a accueillis, en témoignage du profond respect que ces deux policiers inspirent à leurs collègues.

Seule voix discordante, celle de Franck Michel, l’avocat du marchand d’art et ancien intermédiaire de Dmitri Rybolovlev, Yves Bouvier. Présent sur les lieux du rassemblement, celui-ci a estimé que les policiers monégasques soutiennent leurs collègues « sans savoir pourquoi ils étaient poursuivis, puisqu’ils n’ont pas accès au dossier ».

Un tel rassemblement improvisé des forces de l’ordre est tout à fait inédit au sein de la Principauté́. Il témoigne, à tout le moins, de ce que cette série d’inculpations spectaculaires jette de trouble parmi les Monégasques. Une escalade judiciaire qui va laisser des traces sur le Rocher.

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