Gilets jaunes : les bobos se déchaînent

Rédigé par Notre équipe le 20 novembre 2018.

Europacity

L’exceptionnelle exposition médiatique des gilets jaunes n’est pas du goût de tout le monde. Dans les médias et sur le web, une partie de la population française étale son mépris pour cette manifestation spontanée et inattendue. Une attitude dangereuse, dans un pays de plus en plus divisé géographiquement, socialement et culturellement.

Depuis samedi, ils occupent la Une des chaînes d’information en continu. Eux qui étaient invisibles depuis des décennies, qui souffraient en silence, sont réapparus sur le devant de la scène politique et médiatique. La France périphérique est de retour !

Quelques jours de gloire qui sont vraisemblablement quelques jours de trop pour une minorité de la population, habituée à ce que ses préoccupations et son mode de vie soient les seuls autorisés à citer dans les médias. Car malgré quelques analyses journalistiques qui ont tenté de comprendre la colère de ces manifestants d’un nouveau genre, les éditorialistes et les internautes s’en sont donné à cœur joie pour déverser leur fiel sur ces « beaufs ».

Dans Slate, le journaliste Laurent Sagalovitsch pointe ainsi goguenard cette « France des beaufs, des Dupont-la joie, des Bigard, de Jacquie et Michel, de Nadine Morano, la France vulgaire et grossière ». Dans L’Union, Sebastien Lacroix déplore un pays divisé, entre ceux qui « raisonnent » et ceux qui « braillent ».

Sur Twitter, ce fut un véritable festival. Ils s’étaient tous donné rendez-vous, les « branchés », les « sachants », les militants LREM… Les stéréotypes ont fleuri sur le hashtag #SansMoile17 : alcool, stupidité, vulgarité… Une France réduite à l’imaginaire des dessins de Cabu, dont on ne relèvera jamais trop les dégâts causés par ses caricatures sur les représentations des catégories populaires françaises.

On remarquera, amusé, que la condamnation des débordements de violences des gilets jaunes est étrangement proportionnelle à la mansuétude dont font preuve ces « bonnes âmes » quand d’autres « groupes sociaux », notamment en banlieue, violent la loi.

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Europacity, TGV… le conflit entre les « Anywhere » et les « Somewhere ».

Quoi qu’il en soit, un fossé grandissant semble s’être creusé entre deux catégories de citoyens, entre les « Anywhere » (ceux de nulle part) et les « Somewhere » (ceux de quelque part), pour reprendre les termes de l’économiste britannique David Goodhart. Les premiers, enracinés nulle part, qui se sentent davantage chez eux « À Londres ou à New York qu’en Picardie » (comme l’expliquait récemment Raphaël Glucksmann), profitent de la richesse et des échanges des grandes métropoles. Les seconds, condamnés à peupler une campagne de moins en moins pittoresque, parsemée de zones commerciales et de ronds-points. La verticalité des buildings pour les uns, l’horizontalité de l’étalement urbain pour les autres.

Les transports en commun et la trottinette électrique contre la bagnole. Mais la question de l’essence ne saurait résumer le cri de colère d’une population qui souffre de l’insécurité, du chômage, de la précarité et qui paie le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé du globe pour des services publics en déliquescence.

Ce décalage entre « deux mondes », qui explose ces derniers jours, était pourtant latent depuis de nombreuses années. Il suffit de voir les investissements en matière de transports ferroviaires, quasi exclusivement destinés au TGV (donc aux habitants des métropoles et surtout de Paris) au détriment des autres lignes et ce, depuis des décennies. L’apparition de deux univers qui se comprennent de moins en moins. Sur certains chantiers, comme Europacity, l’opposition de militants écologistes parisiens à la construction d’un nouvel espace culturel et commercial dans le Val d’Oise, illustre cette confrontation. Quand les premiers dénoncent « le libéralisme » et « le capitalisme marchand » incarné par Europacity, les seconds réclament depuis des mois l’installation de ce « nouveau quartier » qui doit permettre la création de 10 000 emplois dans une région sinistrée. Des emplois et surtout une image valorisante, qui manque cruellement dans des zones méprisées par les habitants des grandes métropoles.

Les gilets jaunes survivront-ils aux premières vagues de froid ? Réponse dans les prochains jours. Mais pour les élites parisiennes, le malaise social exprimé par ces Français est une alerte à prendre au sérieux. Les quolibets et le mépris sont probablement la pire des réponses à apporter à des populations qui souffrent en silence depuis bientôt quarante ans.

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Philz dit :

    Les bobos.. tous ces soixantehuitards qui ont largement profité d’un période ultrafavorable pour eux. tous ces citadins déconnectés payés par un état à leurs bottes , tous ces grands donneurs de leçons incapables d’aller voir la misère dans le monde et dans le plus profond de la campagne, tous ces bobos avec des ‘X4 pour aller en ville, tous ces prétentieux écolocons qui imposent une vision en France, un des pays d’europe ou la trace carbone est la moins importante avec le nucléaire.. Gilet jaune.. gilet de la révolte face à un système mafieux dirigé par un petit roi et ses seigneurs ( les hauts fonctionnaires) qui sont aussi de grands saigneurs pour les honnêtes gens. Le pays est à bout de souffle , en faillite…. et à cause de tous ces décon….nectés français qui imposent leurs visions sectaires et intolérantes depuis 40 Ans. Attention le jaune passera au rouge bientôt

  2. Bluesun dit :

    QUI SEME L’ILLUSION RECOLTE LA SOUFFRANCE !!!

    40 années de mensonges universels.

    Les arracheurs de dents, ont été la couveuse d’une guerre civile qu’ils prévoyaient, sachant qu’elle devenait le fruit d’un travail bien “gouverné”.

    Pas prévu, que les sans dents ne se cacheraient pas pour mourir.

    Le jeunot voulait terminer le travail de DESTRUCTION, en attrapant les “sans dents” à la gorge.

    40 ans, que tout est sous contrôle, les sans dents pouvaient se faire plumer dans le silence.

    Autant d’années, que le feu de la révolte est savamment attisé.
    A présent que le feu est allumé, le dommage est que se sont les citoyens qui se frottent les uns autres, et que ceux qui tiennent l’allumette depuis des décennies ne se brûlent alors, en rien les doigts.

    Les lendemains devaient chanter, et la chanson tant attendu sort de la bouche des citoyens, qui scandent la demande de démission du novice de service.

    Paul Valery disait :
    La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.

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