Anticor, cette association qui fait trembler les puissants

Rédigé par Notre équipe le 11 décembre 2018.

A l’heure où les revendications pour plus de justice sociale n’ont jamais été aussi fortes, des associations multiplient les coups d’éclat envers les responsables politiques. Depuis 2002, Anticor lutte contre la corruption et la fraude fiscale. Dernièrement, l’association a porté plainte contre des « détournements massifs » de subventions agricoles en Corse. Portait d’une association qui possède autant de soutiens que de détracteurs.

Mardi 4 décembre, une association dépose une plainte auprès du Parquet national financier qui vise des « détournements massifs » de subventions agricoles européennes en Corse. « Ces détournements massifs d’argent public n’ont été possibles qu’avec la complicité des autorités publiques », affirme Jérôme Karsenti, avocat de l’association. Des fraudes à la Politique agricole commune (PAC) qui auraient entraîné un détournement de 36 millions d’euros depuis 2015. Derrière cette plainte, il y a le travail d’une association influente qui œuvre en France depuis 17 ans. Mais qui est vraiment Anticor ?

Les sondages de l’Élysée commandés sans appel d’offres, l’affaire Ferrand, les frais de taxi d’Agnès Saal, les détournements de fonds publics de Matthieu Gallet, c’est elle. Anticor est l’association que tous les responsables politiques redoutent car elle traque la corruption, la fraude fiscale, et plus généralement la grande délinquance financière. Cette délinquance en col blanc qui opère dans l’ombre et qui pèse le plus sur les finances publiques. Ce virus qu’Anticor tente de combattre désespérément.

« Un anticorps c’est une protéine indispensable au système immunitaire, de la même manière que les garde-fous sont indispensables à la vraie démocratie ». C’est en ces termes que la comédienne Marie-Claire Neveu ouvre la cérémonie 2018 des Prix éthiques et des Casseroles de l’association. Une association qui réagirait donc aux agents pathogènes mettant la démocratie en péril. Fondée au lendemain du 21 avril 2002, elle réunit des citoyens et des élus de tout bord pour « lutter contre la corruption et rétablir l’éthique en politique ». Elle affiche sur son site Internet l’ambition « de réhabiliter le rapport de confiance qui doit exister entre les citoyens et leurs représentants, politiques et administratifs ».

Une noble cause bien sûr, en ces temps de crise de la représentation et de la démocratie, un mal qui dure depuis au moins deux décennie en France. En effet, Séverine Tessier, présidente et co-fondatrice de l’association, raconte le « choc démocratique » que constitua la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. « Lors de l’élection présidentielle de 2002, Lionel ­Jospin, figure d’une certaine rigueur morale, a été évincé au premier tour » raconte-t-elle. Mais si le premier ministre sortant décide alors de se retirer de la vie politique, Anticor elle, entre en scène.

Des succès mais aussi des critiques et des remises en cause de sa « neutralité »

Lorsqu’une organisation combat la corruption, elle se doit d’être exemplaire, et non partisane. C’est pourquoi Anticor prétend « être garante de la morale républicaine », selon cet article, qui pointe malgré tout le refus d’Anticor d’intégrer des membres qui soutiendraient le Rassemblement National et sa propension à ne cibler que des élus apparentés à la droite.

Anticor serait-elle alors une association marquée à gauche ? Le profil de ses fondateurs peut le laisser penser. A l’image de Séverine Tessier qui fut une ancienne assistante parlementaire d’un député socialiste. C’est elle qui a fortement contribué à la notoriété de l’association, en s’associant au procès Chirac, à l’affaire des sondages de l’Élysée ou encore à l’affaire Karachi. Co-fondateur d’Anticor, le juge anti-corruption Eric Halphen est, lui aussi, connu pour avoir instruit des affaires liées à la droite, de celle des HLM de Paris et des Hauts-de-Seine en passant par Jean Tibéri. Ancien soutien de Jean-Pierre Chevènement, Eric Halphen se rallie publiquement en 2017… à Emmanuel Macron.

Anticor ne chôme pas et mène souvent ses combats avec succès. Mais pas toujours : dans l’affaire impliquant le député LREM Richard Ferrand, accusé de « prise illégale d’intérêts » et « recel et complicité », Anticor a déposé plainte le 31 mai dernier. Représentant la partie civile, Eric Alt, le vice-président de l’association, est auditionné par le juge d’instruction, Renaud Van Ruymbeke, le 28 février. Problème, Eric Alt est également magistrat, premier vice-président adjoint au tribunal de grande instance de Paris et, par conséquent, collègue du juge d’instruction en charge de l’affaire Ferrand.

Les avocats de l’homme politique, « stupéfaits et extrêmement choqués » par ce mélange des genres et ce conflit d’intérêts manifeste, demandent et obtiennent que l’affaire soit renvoyée une nouvelle fois, à Lille cette fois. De plus, Eric Alt a été candidat aux élections européennes sous l’étiquette du parti d’opposition Nouvelle Donne, ce qui a été interprété comme une entorse à la mission d’Anticor de respecter une neutralité politique.

Autant d’entorses à la déontologie d’une association anti-corruption pas toujours respectueuse d’exigences démocratiques « non partisanes ».

 

 

 

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