Sensationalisme : le journalisme français peut-il encore être sauvé ?

Rédigé par Notre équipe le 04 janvier 2019.

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En mars 2018, les journalistes se sont rassurés avec un sondage réalisé par Vivavoice : neuf Français sur dix pensent que le journalisme est « utile ». Une démocratie qui se respecte ne peut pas vivre sans une presse libre. Mais si les Français ont parfaitement conscience de cette lapalissade, leurs reproches se font ailleurs. Entre les chaînes d’information en continu ou un non-événement est monté en épingle et les reportages sensationnalistes basés sur peu de choses, il est difficile de trouver le sérieux et le recul nécessaire au traitement de l’information.

 À l’heure où les sources et canaux d’information se multiplient, les journalistes sont confrontés à un choix binaire : travailler mieux pour prouver qu’ils sont un maillon essentiel du savoir et de la démocratie ou juste flinguer ce qui vient compromettre leur hégémonie. Malheureusement, pour beaucoup d’entre eux, c’est la seconde option qui est choisie. Alors depuis près de deux ans, le journalisme qui se dit sérieux n’est qu’un fascicule de fact checking (ou plutôt de data checking) et une longue logorrhée contre les fake news.

 

Cash Investigation à charge

Ce type (dominant) de journalistes pourrait aujourd’hui se reposer tranquillement après la loi anti-fake news adoptée par le pouvoir. Pourtant, beaucoup hurlent au fake dès que l’autre face de la pièce leur est présentée. D’autres se sont fait une spécialité de la vraie-fausse enquête d’investigation. À ce jeu-là, il n’est pas malvenu de dire que l’émission Cash Investigation incarnée par Élise Lucet est une pépite. L’investigation se transforme en procès à charge. Il faut faire dans le Sensationalisme : après tout, n’est-ce pas vrai que seules la peur et les catastrophes font vendre ?

Cette petite musique inquiétante, mais fabriquée commence à être comprise par ceux qui se retrouvent bien malgré eux (et malgré les faits) au cœur d’enquêtes dignes – dans la forme – des séries américaines les plus addictives. Pour comprendre que se retrouver dans cette émission est synonyme de lynchage en règle, il aura fallu que des professions entières paient les pots cassés. C’est le cas des viticulteurs bordelais qui ont vu débouler sur leur écran de télévision une soirée complète au cours de laquelle le spectateur fut matraqué avec un seul et même message : le vin est bourré de produits nocifs et les viticulteurs se cognent complètement de l’environnement.

Faire passer des travailleurs de la terre pour des grands industriels sans foi ni loi est une performance qui n’est possible que par le biais de ficelles bien précises. Interviews dûment sélectionnées, coupes au montage qui vont dans le sens unique d’un storytelling prédéfini et rejet pur et simple des entretiens qui ne vont à l’encontre de l’idée distillée tout au long du programme. Ainsi, à l’issue de la diffusion du sujet sur les vins bordelais, Allan Sichel président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), affirme que sa « plus grande frustration, c’est d’être allé à cet entretien pour mettre en avant les éléments positifs et d’avoir été pris au dépourvu sur des analyses qu’(il) peut maintenant expliquer ».

 

Des journalistes honnêtes intellectuellement existent encore (un peu)

Avec de telles pratiques, il n’est pas anormal de voir les professionnels éviter de répondre à des questions à charge, lancées par exemple depuis un hall d’immeuble à la volée. Une méthode dénoncée par Emmanuelle Ducros, journaliste à L’Opinion qui n’a pas caché sa colère de voir une journaliste comme Élise Lucet « passer à côté du sujet » (cette fois à propos des pesticides). Dans une série de tweets adressée juste avant Noël, Ducros a rappelé entre autres choses qu’« on peut être très critique sur une entreprise sans coincer son dirigeant avec un micro sous le nez ».

Le fleuron du luxe LVMH en sait quelque chose. Le groupe a refusé tout entretien filmé planifié ou impromptu, mais s’est attaché à répondre à toutes les questions posées par mail. Mais même en évitant des scènes grotesques créées par une journaliste (Lucet) qui adore prendre la lumière, il est impossible de lutter à armes égales. Interrogé à ce sujet, Antoine Arnault, fils de Bernard Arnault et responsable de la communication du groupe LVMH estime qu’il « est difficile » d’entamer un débat « avec un scénario écrit à l’avance » par les équipes de Cash Investigation. Et quand le groupe répond aux questions, l’information passe tout simplement à la trappe. Évidemment ! Comment tenir un scénario à charge si l’on dit que le coupable désigné s’est montré coopératif… ?

Le journalisme à la Lucet doit disparaître au profit d’un travail sérieux fait par des journalistes moins en vue, mais dont le labeur n’est ni partiel, ni partial. Un monde dans lequel Emmanuel Duros ou Géraldine Woessner (Europe 1) naviguent, mais qui reste inaccessible pour les sensatio-journalistes. À quand un électrochoc qui redonnera à l’ensemble de la profession de journaliste le goût d’informer ?

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. amazonia dit :

    ETRE JOURNALISTE ?
    ETRE ? OU NE PAS ETRE ? LIBRE DE PAROLE ET ACTION ?
    LORSQUE UN JOURNAL OU MEDIAS TV TOUCHENT
    DES SUBVENTIONS D’ETAT ?
    ETRE JUGE ET PARTI ? Ne dérange pas !
    grand foutage de gueule ! les AMIS DES AMIS ?
    pognon de dingue ++BOBOLAND ELITES DES LANGUES FOURCHUES = lavages de bouches souhaitables ! OUI .
    Avec =savon de Marseille + javel HONTE LES BAVEUX .

  2. Bluesun dit :

    Pour que le journalisme français soit sauvé, il faudrait avant tout que la France retrouve totale liberté d’expression.

    Cette phrase (de je ne sais plus qui) :

    “C’est à partir du moment où les opinions d’un journal se mettent à compter que le journal ne peut plus se permettre d’avoir une opinion.”

    Macron compte, les journaleux comptent dans le sens de Macron, (dictature sans obstacles oblige), quant aux français, ils comptent leurs dents….

    Le journal d’Elise Lucet, est une autre forme de la manipulation.

    Journaleux à la langue de bois, résonnent tous du même son de crécelle….

    amazonia avec raison parle de langue fourchue.
    Je rigole amazonia, Macron ; leur patron, n’a que venin en bouche.

    En même temps, entre réchauffement climatique l’été, et refroidissement climatique l’hiver, on ne peut pas dire que le peuple manque d’information…

    Entre deux, le printemps, et l’automne, pour l’un, les fleurs poussent, pour le second, les feuilles tombent…

    Pour le reste tout va bien…..
    Sauf, quand rien ne va plus, et que le tout va bien, se retrouve dans les rues.

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