Menacés de disparition, les chrétiens libanais se tournent vers la France… et le Qatar

Rédigé par Notre équipe le 15 janvier 2019.

Le Qatar finance la construction d’une église chrétienne au Liban
Le Qatar finance la construction d’une église chrétienne au Liban

Aussi politiquement divisés que socialement unis, les chrétiens du Liban font face au risque de leur disparition régionale. Désormais minoritaires au pays du Cèdre, ils sont contraints de chercher du soutien à l’extérieur de leurs frontières, notamment auprès de la France historiquement protectrice des chrétiens de la région, mais aussi du Qatar.

Le 3 janvier dernier, l’historien et haut fonctionnaire Charles Personnaz remettait au Président de la République un rapport sur la protection des chrétiens d’Orient par la France. Le rôle de Paris est notamment pointé du doigt dans deux domaines : l’éducation et le patrimoine. Deux secteurs-clefs dans lesquels la France peut continuer à assurer son traditionnel soutien des populations chrétiennes de la région, notamment en renforçant le tissu scolaire sur place et en valorisant le patrimoine culturel et religieux des chrétiens d’Orient en France, afin de sensibiliser l’opinion sur leur situation. Aux côtés des chrétiens d’Égypte ou d’Irak, le sort de ceux du Liban est longuement abordé dans le rapport de Charles Personnaz. Car si leur situation paraît de prime abord moins dramatique que celle leurs voisins, ils sont désormais minoritaires dans leur pays et cherchent désormais des soutiens à l’extérieur.

Ainsi, c’est dans la région du Kesrouan, au centre du Liban, qu’a été inaugurée le mardi 1er janvier une nouvelle église maronite, cette confession chrétienne comptant près d’un million de fidèles au pays du cèdre. Originalité : la construction de ce nouvel édifice religieux a été financée par le Qatar, dont l’ambassadeur, Mohammad Hassan Jaber al-Jaber, assistait en personne à la cérémonie. À cette occasion, le diplomate qatari a défendu le dialogue islamo-chrétien dont Doha s’est, selon lui, « fait le champion depuis des dizaines d’années ».

Le Qatar apparaît en effet comme le fer de lance régional de l’ouverture aux chrétiens, favorisant, depuis 2005, la construction d’églises dans le Golfe. Son ambassadeur au Liban a profité de l’inauguration de l’église Saint-Jean-le-Bien-Aimé pour rappeler que vivent dans l’émirat quelque 200 000 chrétiens de toutes confessions, qui bénéficient d’une liberté de culte aussi rare que précieuse dans une péninsule arabique marquée par une certaine forme d’intolérance. En témoigne le fait que le patriarche libanais Béchara Raï ait eu l’occasion, le 20 avril 2018, de poser la première pierre d’une nouvelle église maronite à Doha.

Une communauté chrétienne diverse, mais unie face au risque de disparition

Fait notable — et unique au Moyen-Orient —, les chrétiens du Liban représentent près de la moitié de la population du pays, un État multiconfessionnel dont la représentation politique est basée sur un système de quotas. Ainsi, les chrétiens y bénéficient du même nombre de sièges que les musulmans au Parlement, et l’élection ou la nomination des plus hautes autorités du pays répondent à ce même souci de représentativité, le président se devant d’être maronite, le Premier ministre sunnite et le président de l’Assemblée, de confession chiite.

Véritable « conservatoire du christianisme oriental », le Liban n’en est pas moins le théâtre de vives oppositions entre dirigeants des diverses communautés chrétiennes du pays : églises maronite, orthodoxe d’Antioche, grecque-catholique melkite, apostolique arménienne, etc. Des années de guerre civile ont, en effet, nourri les rivalités politiques internes à la communauté, que le sociologue Melhem Chaoul qualifie de « conflictuelles (et) sanglantes, laissant des stigmates durables que seul le temps (peut) contribuer à défaire ».

« Cependant, relève l’universitaire, en parallèle à la guerre des chefs, la société chrétienne, à l’origine elle-même hétéroclite et scindée en communautés confessionnelles, évolue depuis plus de quatre décennies dans une dynamique sociétale unitaire et homogénéisante ». En cause, le « recul démographique » et « l’affaiblissement de (la) participation dans les institutions publiques » libanaises des différentes communautés chrétiennes qui, de ce fait, « sont parvenus à une plus grande intégration interne sur les plans culturel, social et des valeurs, ce qui a eu pour conséquence une plus grande homogénéité » sociétale, juge le sociologue.

Les chrétiens libanais doivent également composer avec d’autres chrétiens d’Orient, parmi lesquels les syriaques exilés d’Irak. Ces orthodoxes ont fui en masse les villes conquises par l’organisation terroriste Etat islamique, comme Mossoul, qui ne compterait plus que de 2 000 à 3 000 fidèles, contre 50 000 à la fin des années 1990. Terre naturelle d’exil, le Liban offre à ces réfugiés un accueil bienvenu, mais insuffisant, comme le fait savoir auprès de Libération cette Irakienne « réduite à mendier », attendant comme des milliers de ses coreligionnaires « qu’un pays (occidental leur) donne des visas pour partir ».

 

Des relations avec les musulmans qui restent tendues

Si la tolérance semble régner au Liban, les relations entre fidèles de différentes religions peuvent s’avérer conflictuelles. En témoigne cette toute récente polémique, déclenchée par la présence lors de la messe maronite du Nouvel An d’une parlementaire libanaise musulmane, Rola Tabsh. Un geste vivement condamné par une partie de la communauté musulmane, l’élue devant publiquement se rendre devant la plus haute autorité sunnite du pays pour faire amende honorable et éteindre la controverse. « Le sectarisme entrave l’émergence d’un État civil, entrave le bon fonctionnement des institutions, entrave la bonne gouvernance, entrave la démocratie », juge ainsi Sami Nader, directeur de l’Institut d’études stratégiques du Levant à Beyrouth, selon qui « tant qu’il y aura du sectarisme, le Liban ne prospérera pas ».

La situation des chrétiens du Liban paraît de plus en plus délicate. Alors qu’en 1932 la population chrétienne était majoritaire, en 2005, le rapport est inversé. Désormais, les musulmans constituent près de 60 % des inscrits sur les listes électorales. La croissance démographique des chiites et des sunnites, aidés par un taux de natalité plus important et des vagues migratoires successives, a définitivement supplanté les différentes communautés chrétiennes. L’arrivée ces dernières années de populations chrétiennes réfugiées, d’Irak ou de Syrie, pourrait ne pas suffire à inverser la donne.

 

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. Wael dit :

    lol, quel article.

    Premièrement, les relations entre chrétiens et musulmans ne sont pas tendues au Liban (je ne vois pas d’où viens ce “restent tendues”). Votre exemple de la présence lors de la messe d’un parlementaire libanaise musulmane n’a pas fais polémique, mais plutôt la condamnation est sur le fait qu’elle s’est approchée du prêtre et a reçu une bénédiction. Ca fais des années que les musulmans participent aux messes sans faisant de condamnation ou polémique.

    Deuxièmement, je ne vois pas d’où viens votre allégation que les chrétiens du Liban sont menacés de disparition. Votre derniere paragraphe sur le pourcentage des musulmans versus chrétiens ne suffit pas pour conclure sur cela.

    Troisièmement, vous avais écrit “l’arrivée ces dernières années de populations chrétiennes réfugiées, d’Irak ou de Syrie, pourrait ne pas suffire à inverser la donne”. Ces refugiées sont les bienvenue au Liban jusqu’à leur pays deviennent de nouveau stables et sécurisés. Ces refugiées ne sont des Libanais, c’est un peu compliqué de le devenir à cause de l’équilibre et du coup ne peuvent pas inverser la donne. Les chrétiens Libanais n’ont pas besoin de refugié pour inverser la donne. On n’a pas ce problème mental “antimusulman” pour vouloir inverser la donne. Les Libanais ne sont pas en course titré “qui peux peuplé le plus en pourcentage”.

    Finalement, il y a des gens qui lisent votre article. Please faite attention à ce que vous écrivez dans la future.

    • Bluesun dit :

      Article pas faux, dans le sens ou les chrétiens sont monogames.
      Donc moins d’enfants dans une famille que dans plusieurs.

      “Je précise, que réalisme n’est en aucun cas racisme”.

      Par ailleurs, beaucoup de chrétiens au Liban, via le génocide arméniens.

      A présent avec toutes ces guerres en orient, provoquent les immigrés de confession musulmane.

      Alors on peut dire que les chrétiens sont de moins en moins nombreux au Liban.

      Mais en effet

  2. Ghada El Yafi dit :

    Première hypocrisie: La France a séparé l’église de l’état, car néfaste pour “liberté, égalité, fraternité”.

    Pourquoi les français cherchent-ils à protéger une communauté ou plutôt faire croire qu’elle est menacée alors que la solution est simple: la laïcité adoptée par leur propre pays dès 1907? Elle a permis:” Liberté, égalité, fraternité”.

    Nul ne menace les chrétiens au Liban. Mais disons que la religion est utilisée par l’étranger pour que les protégés servent les intérêts de cet étranger Et en retour, les féodaux et l’église continuent de gouverner pour garder une mainmise sur leurs sujets qui rapportent pas mal de deniers dans leur tirelire. Service, contre service.

    Les bénéfices du clergé sont énormes, Qu’ils soient musulmans ou chrétiens.

    Sans la politique confessionnelle et le rappel permanent des “droits des confessions”, toujours en danger, selon les médias utilisés pour ce but, les libanais vivent très bien entre eux et ce, depuis toujours. Les tensions sont toujours artificielles et toujours créées pour le bénéfice de l’étranger.

    Inutile de préciser le rôle d’Israel dans ce confessionnalisme entretenu.

    Quant à l’affaire de la députée qui s’est présentée pour la communion, ce n’est qu’un faux pas de sa part qui a mis en évidence son ignorance totale des rites chrétiens. Les musulmans de tout temps visitent les églises pour une raison ou une autre et ce sujet n’a aucune raison d’être soulevé. Par contre c’est la répercussion de cet impair, anodin, en lui-même, mais qui a permis de mettre au grand jour la mainmise que se veut le clergé musulman comme autorité sur ses ouailles! Or ceci est INACCEPTABLE! La faute de madame la députée est de s’être prêtée à cette mascarade.

    La seule solution pour le Liban est d’abord éviter les ingérences étrangères pour protéger x, y ou z des groupes ou tribus confessionnelles; cela ne peut que révolter les autres citoyens. La foi est préservée dans la laïcité, Donc elle ne contredit , ni ne nuit à aucune religion.

    Pour terminer les chrétiens sont seuls responsables de la diminution de leur nombre au M-O. A force de leur dire qu’ils sont menacés, cela crée chez eux un malaise permanent. Si bien qu’ils finissent pas se sentir étrangers dans leur propre pays. Et cela est très dommage.

    Un dernier mot, il n’y a plus de désastreux ,plus de morne, plus de laid, qu’une société uniforme. Ne la laissez pas devenir si moche

  3. Baladi Akka 1948 dit :

    On comprend que l’article n’est pas signé …. on attend un article sur les Palestiniens chrétiens, vous allez sans doute nous dire que ce sont leur compatriotes musulmans – et non pas le sionisme – qui mettent en péril leur présence en Palestine occupée.

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