La hausse du prix du tabac et du commerce parallèle : les deux mamelles des cigarettiers !

Rédigé par Notre équipe le 05 mars 2019.

En France, le Parlement est capable de passer plus de 6 mois sur l’affaire Benalla mais de ne pas s’attaquer à un problème récurrent, avéré, et scandaleux : celui du lobby du tabac. Dont l’actualité est plutôt chargée en ce début d’année, pour ne pas dire asphyxiante pour la santé publique : lundi 25 février, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, et Rodolphe Gintz, Directeur Général des Douanes et des Droits Indirects (DGDDI), ont présenté le bilan 2018 des Douanes, notamment sur le tabac. Jeudi 28 février, le gouvernement confirme la hausse des prix des cigarettes de 50 centimes, une nouvelle étape vers le paquet à 10 euros voulu par Emmanuel Macron et Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé. Comme d’habitude, les fabricants de tabac ont saisi ces deux occasions pour communiquer abondamment et se présenter en victimes. Pourtant, les cigarettiers gagnent sur tous les tableaux.

Un constat toxique

Dans une interview du Parisien datée du 28 février, Philippe Coy, Président de la confédération des Buralistes, reconnait que si le marché du tabac a reculé en 2018 de 9,2% en volume, il a augmenté en valeur de 3,4%. En clair, les fabricants de tabac mais aussi l’Etat et les buralistes ont gagné plus d’argent en 2018, malgré une forte hausse des prix du tabac – censée faire baisser les ventes et donc les recettes. Mais comment est-ce possible ? Le gouvernement aurait donc permis au lobby du tabac de gagner encore plus d’argent ?

En y regardant de plus près, il semble que les cigarettiers y gagnent d’abord sur un premier tableau : celui de la fiscalité. Pour inciter les cigarettiers à augmenter le plus possible le prix de leurs cigarettes, le gouvernement leur a accordé un cadeau fiscal appelé «part spécifique» qu’il a fait adopter dans le cadre du Projet de loi de finances 2019. L’objectif ? Offrir une ristourne aux marques qui se positionnent sur le segment de prix le plus élevé, comme par exemple Marlboro, Camel, ou Dunhill.

Ensuite, les cigarettiers gagnent également sur les volumes, paradoxalement grâce au commerce parallèle du tabac. En effet, si les ventes officielles enregistrées par les buralistes ont chuté, de 9,2%, le commerce parallèle de tabac, quant à lui, augmente. Les fumeurs français consomment de plus en plus, sous des formes diverses, du tabac acheté à l’étranger, car il est moins cher. Il s’agit d’ailleurs d’un commerce parallèle qui n’est pas de la contrefaçon, ce que confirme un article du Figaro : il n’y a pas de contrefaçon dans les saisies des Douanes. En réalité, la contrefaçon de cigarettes est une légende urbaine entretenue habilement par les cigarettiers. Ces derniers ont même été contraints de le reconnaitre lors du débat organisé au Sénat le vendredi 23 novembre 2018 par Xavier Iacovelli, sénateur des Hauts-de-Seine : une table-ronde qui avait permis d’établir que plus de 98 % du commerce parallèle de tabac provient des usines des cigarettiers.

Heureux comme un fabricant de tabac en France

Pourtant, lors de la présentation du bilan des Douanes, il n’y a pas eu un mot sur la responsabilité des cigarettiers dans l’organisation et l’alimentation du commerce parallèle de tabac. Etonnant car si le tabac saisi n’est pas de la contrefaçon, c’est donc qu’il est authentique et qu’il a été fabriqué dans les usines officielles des fabricants. Dans ce cas, à quoi sert aux Douanes de saisir les paquets de contrebande ? A offrir des éléments de langage au ministre du Budget ? Ne faudrait-il pas plutôt pointer du doigt les coupables et s’assurer qu’ils ne recommencent plus ?

A ce stade, Gérald Darmanin, qui affirme vouloir faire une priorité de la lutte contre le commerce parallèle, devrait plutôt dénoncer le rôle ambigu de l’industrie du tabac. Autre problème, de taille, et extrêmement préoccupant : pourquoi le gouvernement s’apprête-t-il à confier la traçabilité des produits du tabac aux alliés des cigarettiers ? Une question que se posent certains élus notamment au niveau européen, comme l’eurodéputé Younous Omarjee. “Pourquoi la Commission Européenne s’évertue à vouloir confier au lobby du tabac et à des personnes qui leur sont proches la lutte contre le commerce parallèle de tabac alimenté par les cigarettiers?”, comme l’indique le communiqué du député européen de La France Insoumise.

Mais que fait le Parlement ?

Ignorance des rouages ? Incompréhension du problème dans son ensemble ? Quelle raison peut donc bien pousser le gouvernement à ne pas s’attaquer directement au problème et à confier aux cigarettiers la lutte contre la fraude… qu’ils organisent eux-mêmes ! Car force est de constater qu’aujourd’hui, la hausse des prix du tabac permet aux cigarettiers d’augmenter leurs profits sans quasiment payer d’impôts, de vendre plus de tabac dans les pays frontaliers… destiné à alimenter le commerce parallèle français. Résultat des courses : une perte fiscale de 3 milliards d’euros par an !

A l’heure où un Grand Débat National est organisé pour traquer les injustices – fiscales notamment -, la priorité est de dégager des marges financières nouvelles, pour financer les 10 milliards d’euros accordés aux Gilets jaunes par Emmanuel Macron et pour contribuer à une meilleure répartition des richesses au sein de la population française.

Alors pourquoi en France aucun parlementaire ne s’attaque au lobby du tabac ?

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