Quand les pratiques des entreprises françaises plombent les caisses de l’Etat

Rédigé par Notre équipe le 13 mars 2019.

Face aux Français en colère, le gouvernement le répète sur toutes les ondes : plus question de toucher à nos portefeuilles. Alors Bercy s’est trouvé une nouvelle cible : les GAFA. Feu sur Apple, Facebook et sur Amazon ! Mais dans le concours Lépine consistant à imaginer de nouvelles recettes pour assurer le train de vie d’un Etat en quasi-faillite, ne ferait-on pas mieux de s’intéresser aux pratiques de certains grands patrons bien de chez nous ?

Célébrés pour leurs capacités – probablement réelles – à créer de la croissance et de l’emploi, particulièrement bien traités par les mesures fiscales prises depuis le début du quinquennat, décorés de toutes les breloques imaginables, certains de nos plus grands capitaines d’industrie ne trouvent rien de mieux à faire que de mettre en place des dispositifs sophistiqués pour détourner des sommes colossales des caisses de l’Etat. Au risque, hélas pour eux, de se faire rattraper par la patrouille.

Un cas d’école : l’affaire Kering. A 82 ans, François Pinault a tout pour être un homme comblé. Il vient de monter sur la troisième marche des plus grandes fortunes de France avec 26 milliards d’euros. Une progression de 12% en un an. Un classement qui vient sanctionner un parcours exemplaire pour ce Breton parti de rien qui, à partir de l’entreprise familiale de négoce en bois, a bâti un empire du luxe comptant parmi ses étendards Gucci, Yves Saint Laurent et Balenciaga – des marques dont les millenials chinois et américains raffolent ! Pour Kering, rien que l’année 2018 aura vu une augmentation de son chiffre d’affaires de près de 40%, pour atteindre les 14 milliards d’euros. De quoi satisfaire le patron du groupe et ses actionnaires ? Pensez-vous !

Car l’année même où le groupe de luxe enregistrait cette progression fabuleuse, tombaient les premières révélations de ce qui ressemble fort à un dispositif de lessivage fiscal. 2,5 milliards d’euros d’impôts « économisés » depuis 2002, principalement au détriment de l’Italie, de la France et du Royaume-Uni. Pour Mediapart, qui a tiré la ficelle de cette affaire née d’un contentieux entre Gucci et le fisc italien, « c’est la plus grosse affaire d’évasion fiscale présumée mise au jour pour une entreprise française, et l’une des plus importantes au niveau européen ». Les fins limiers de la bande à Plenel ont levé le voile sur un dispositif bien huilé impliquant domiciliation en Suisse et filiale hollandaise, bref, un modèle de montage transnational illustrant ce que l’Europe peut offrir de mieux à ceux qui en maîtrisent toutes les subtilités – à tel point que le parquet français n’a toujours pas réagi, faute d’une législation adaptée.

Cette affaire a mis en lumière – si on peut dire ! – les agissements d’un autre personnage représentatif de certaines dérives en cours : Jean-Pierre Denis, patron d’Arkea. Toujours selon Mediapart, il était au courant, en tant qu’administrateur de Kering, des mesures adoptées pour assurer des émoluments confortables au patron de Gucci. Son implication dans cette affaire, ajoutée aux soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur lui, ainsi qu’aux critiques sur son salaire plus élevé que la moyenne des patrons du CAC40 alors même qu’il peine à faire aboutir son projet de scission du Crédit Mutuel, illustre l’appétit effréné de gains qui habite aujourd’hui certains patrons français, au détriment du civisme le plus élémentaire.

Il est grand temps que le gouvernement prenne conscience de l’urgence démocratique à prendre des mesures fortes contre ces pratiques. Car derrière le doux euphémisme d’optimisation fiscale, ce sont des entreprises délibérées de détournement d’argent des caisses publiques qui sont mises en oeuvre, pour le plus grand bonheur des « optimisés » et des cabinets de fiscalistes, la profession qui profite aujourd’hui le plus du maquis fiscal français. Le manque à gagner pour les caisses de l’Etat s’élèverait entre 60 et 80 milliards d’euros, selon une étude récente dirigée par Oxfam. Cette  situation de plus en plus documentée a le don de mettre en rogne les particuliers comme les patrons de petits entreprises, qui ont le sentiment d’être des vaches à lait. Vu le climat actuel, le gouvernement ferait bien d’accélérer la traque aux fraudeurs. Car il arrive, on le sait bien en France, que des feux de maquis se transforment en grands incendies.

Déjà une remarque sur cet article

  1. zelectron dit :

    Que l’état donne l’exemple de l’honnêteté !
    domestiques pléthoriques et collatéraux (les fonctionnaires) Théodule, 680 000 élus dont les 3/4 ne servent à rien et donc quelques patrons qui optimisent fiscalement leurs déclaration si Bercy faisait son boulot ce serait quasi-impossible, non ?
    en conclusion que l’état cesse d’être ventripotent et coûte 400 milliards d’€uros de trop par an !

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