Notre-Dame : les architectes sont-ils devenus fous ?

Rédigé par Notre équipe le 06 mai 2019.

L’incendie de la cathédrale Notre-Dame n’a pas seulement été l’occasion d’une infinie douleur pour les Français. Certains cabinets d’architectes n’ont pas tardé à proposer sur les réseaux sociaux des projets de reconstruction moderne, pour ne pas dire parfois indécents.

« Hallucinant », « aberrant » : interrogé sur radio classique le 23 avril dernier, l’architecte Jean Nouvel s’est montré particulièrement sévère contre ses collègues qui multiplient les annonces de projets pour la reconstruction de Notre-Dame. « Quand quelque chose est le témoignage absolu d’une culture pendant des siècles et partagée par une ville et une civilisation, on ne le raye pas (…) on ne fait pas un concours de transformations ! ».

Figure de sa profession depuis des décennies et personnage emblématique de l’architecture contemporaine, Jean Nouvel tire à boulets rouges sur les thuriféraires d’une modernité stylistique, à base de plastique, de verre ou d’aluminium, dont il est pourtant habituellement friand dans ses créations.

Un « coup de sang », qui démontre, s’il fallait une preuve, que la défense d’une restauration à l’identique, et non d’une reconstruction fantaisiste ou moderne, ne se réduit nullement à un combat d’arrière-garde réactionnaire, comme le Nouvel Obs a pu le laisser entendre dans ses pages.

D’ailleurs, dans une lettre ouverte publiée le 30 avril dernier, près de 1100 conservateurs, chercheurs ou architectes demandent à Emmanuel Macron que le chantier de Notre-Dame n’échappe pas aux règles de procédure prévues pour la restauration des monuments historiques. Une manière de supplier les pouvoirs publics de ne pas céder au péché d’hubris en laissant l’orgueil de quelques politiques et hauts fonctionnaires sacrifier le lieu saint catholique sur l’autel d’une prétendue « audace artistique contemporaine ».

Il faut que l’État tienne bon, car le prestige et les retombées financières d’un tel projet font saliver les cabinets d’architectes du monde entier. Les braises de la cathédrale crépitaient encore que les premières ébauches de reconstruction « moderne » fuitaient déjà sur internet.

Sur son compte Twitter, l’architecte parisien Alexandre Chassang proposait ainsi dès le 16 avril une nouvelle flèche en verre, accompagnée d’un argumentaire… surprenant : « Nous n’allons pas reconstruire aujourd’hui par mimétisme l’image du passé. Ce serait comme exposer une copie de la Joconde au Louvre ».


Un cabinet d’architecte dijonnais propose pour sa part une verrière façon « rooftop » à la place du toit de la cathédrale. Un nouveau lieu de déambulation pour les Parisiens (et les hordes de touristes) qui s’accommode mal avec la sacralité du lieu. Les commentaires Facebook ont d’ailleurs réservé un accueil glacial à cette proposition.

Enfin, soulignons aussi l’idée de Marc Carbonare, designer parisien, d’installer un toit végétalisé au sommet de Notre-Dame. Une « audace », dans l’air du temps, sous le signe de l’écologie et de « l’atout touristique », selon son auteur. Un projet tellement « moderne » qu’il en est presque déjà ringard. Comme disait Gustave Thibon, « Être dans le vent, c’est une ambition de feuille morte ». Remplacer un chef-d’œuvre humain, civilisationnel et technique par un jardin public, aussi écologique soit-il, relève un peu du saccage.

 

Le designer français Mathieu Lehanneur a quant à lui décidé de « figer le moment du drame » en remplaçant la flèche par des flammes. Un choix là encore… discutable.

Multiplier les terrains d’expression architecturaux : l’exemple d’Europacity

L’abondance des projets de reconstruction « moderne » du toit et de la flèche de Notre-Dame de Paris ne s’explique pas seulement par le mauvais goût, l’ambition démesurée ou la convoitise de certains cabinets d’architectes. Elle s’explique aussi par la structure même du marché de la construction en France.

En effet, les projets ambitieux se raréfient depuis plusieurs décennies et l’essentiel des nouvelles constructions en France porte sur des logements ou des édifices publics, où les normes sont importantes et les budgets, réduits au strict minimum.

Le marché de la construction est donc à l’affût du moindre projet avec des moyens suffisants et qui pourrait laisser libre cours à l’audace et l’originalité. De ce point de vue, Europacity répond à une demande importante du monde de l’architecture.

Le projet de quartier de loisirs, contesté par les altermondialistes, doit ouvrir ses portes en 2024 dans le Val d’Oise. Avec un budget colossal de 3 milliards d’euros porté par le français Auchan et le chinois Wanda, il prévoit un musée, des hôtels, des restaurants, un parc, des galeries marchandes, un cirque contemporain et une salle de concert. Un espace d’expression totalement libre pour les cabinets engagés sur le projet, qui promettent de belles créations architecturales. UNStudio, atelier COS, AAVP, Chabanne et surtout Bjarke Ingles sont ainsi engagés sur différents éléments d’Europacity, annonçant des bâtiments innovants, écologiques et avant-gardistes.


La France n’est donc pas condamnée à une simple préservation et une restauration de son patrimoine. Si celle-ci est incontournable pour la sauvegarde et la transmission des trésors historiques comme Notre-Dame, des « pages blanches » doivent être possibles pour laisser libre cours aux audaces architecturales. Demain avec Europacity à Gonesse, hier avec la Fondation Louis Vuitton à Boulogne ou le MUCEM à Marseille, des projets ambitieux sont toujours possibles. Mais il ne faut pas confondre préservation et innovation : la première réclame de la prudence, et de l’humilité, quand la seconde requiert de l’audace et de l’originalité. Distinguer les deux est un impératif, sous peine de mettre en péril une partie de notre héritage civilisationnel.

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. amazonia dit :

    a la place de la JOCONDE .
    MACRON va nous mettre une statue de SIBETH NDIAYE ?
    ARLEQUIN PERROQUET =porte parole langue fourchue ++
    AVEC MACRON . LE CHANGEMENT EN MARCHE .
    NON RESPECT DE NOTRE HISTOIRE DE FRANCE .
    NON RESPECT DE NOTRE PATRIMOINE .
    NON RESPECT DES TENUES CORRECTES POUR LES FEMMES
    DU GOUVERNEMENT . (( la grande fringuitude nouvelle MEUF ))
    pitoyable de connerie . MACRON DEMISSION
    POUR NOTRE DAME DE PARIS ? C’est au peuple FRANCAIS de
    CHOISIR . avec le respect de L’HISTOIRE DE FRANCE ./
    MACRON = destruction de notre FRANCE . STOP ;

  2. Bluesun dit :

    Toutes ces propositions sont non seulement moches, mais défigure la cathédrale.
    De plus, aller faire une sorte de square pour touristes dessus, est un non sens, un non respect du lieu, et pourquoi pas un blasphème.

    Un référendum devrait être obligatoire. Si le feu a une origine spontanée, la cathédrale une fois détruite n’appartient en rien à un seul jeunot nommé, Macron.

    Non seulement, il est celui par qui est arrivé le chaos, mais il sera aussi celui qui a défiguré la FRANCE, et son âme.

    Ame brûlée, âme défigurée. (Sans aucun état d’âme).

    Mais au fait que dit l’église devant toute cette mélasse proposée ?

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