Déchets radioactifs : quand l’idéologie nuit à la démocratie

Rédigé par notre équipe le 03 juin 2019.

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Alors que les réunions publiques s’enchainent dans le cadre du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR), l’opposition farouche de certaines associations antinucléaires interroge au-delà du seul sujet concerné. En empêchant tout débat d’idées, ces organisations, quelles qu’elles soient, n’atomisent-elles pas la démocratie ?

Si, au fil des siècles, « les mots ont remplacé les épées » – pour reprendre une célèbre formule jouant sur l’assonance entre words (les mots) et swords (les épées) –, le débat d’idées ainsi permis, fondement même de nos démocraties modernes, n’est pas à l’abris de quelque retour dans le temps malheureux. Mardi 28 mai 2019, à Lille, une réunion publique autour du nucléaire, qui se tenait dans le cadre du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR), a ainsi été empêchée par « des dizaines de personnes », qui ont tout simplement « exprimé leur refus de la tenue d’un débat public », selon un communiqué publié à l’issue de la réunion.

Rendre accessibles les grands enjeux

La présidente de la commission particulière du débat public sur le PNGMDR, Isabelle Harel-Dutirou, « a mis fin au débat » après avoir constaté « l’impossibilité de poursuivre un débat public équilibré » poursuit le texte. « Je regrette que des personnes se présentant comme des membres d’associations antinucléaires aient empêché des citoyens et participants au débat public de s’informer, de poser des questions, d’apporter des éléments de réponse et d’exprimer leurs opinions lors de cette réunion », a-t-elle fait savoir. Ceci d’autant plus que « le débat sur la gestion des déchets issus du nucléaire n’est pas un sujet mineur »selon elle, et qu’il « nous concerne tous ».

Première source de production d’électricité en France (75 % du mix électrique), le nucléaire génère des déchets et, à ce titre, recouvre des problématiques d’ordre économiques aussi bien que sanitaires et environnementales. D’où l’importance d’organiser un débat public sur le sujet – que l’on soit riverain d’un lieu d’entreposage et/ou de stockage ou « simple » citoyen –, qui s’étirera en l’occurrence jusqu’au 25 septembre 2019. « Par bien des aspects, ces débats sont techniques et l’objectif de la commission particulière du débat public est justement de rendre accessibles les grands enjeux technologiques et économiques relatifs à la gestion des déchets nucléaires », rappelait d’ailleurs Isabelle Harel-Dutirou en avril dernier.

Antithèse parfaite de la démocratie

C’était donc sans compter sur trois associations, Lilleradiée, ANV-COP21 et Extinction Rébellion, qui semblent vouloir faire primer l’idéologie sur la démocratie.

Une cinquantaine de leurs membres ont envahi la salle où se tenait la réunion et dénoncé un « tour de passe-passe démocratique », selon les termes de l’association Sortir du Nucléaire, qui partage les mêmes positions que la triplette. Ils ont également distribué des tracts expliquant pourquoi ils avaient décidé de boycotter le débat, et exigé la sortie du nucléaire préalablement à toute confrontation d’idées sur la gestion des déchets nucléaires. Une absurdité à laquelle nous sommes désormais habitués.

L’idéologie, le sensationnalisme et le refus de la contradiction sont les piliers de ces associations qui, à l’image de Greenpeace par exemple, rejettent aveuglément la chose nucléaire en France. Jusqu’à sombrer dans le discours et les pratiques anxiogènes, comme lorsque l’ONG a laissé croire que l’usine Orano La Hague (Manche), où est traité le combustible nucléaire usé, rencontrait un défaut de sécurité et un risque de saturation, le 25 janvier dernier. Autour de certaines organisations et quelques personnages médiatiques, s’est ainsi construit, au fil des ans, un militantisme antinucléaire radical, dans l’Hexagone, prêt à jouer avec la réalité pour servir quelque dessein particulier. L’antithèse parfaite de la démocratie.

Loin de désarmer, après la réunion avortée de Lille, Isabelle Harel-Dutirou déclarait à ce propos : « Nous restons convaincus que le débat public est une forme importante et nécessaire de démocratie participative, où tous les sujets, dont la gestion des matières et déchets radioactifs, peuvent être abordés de manière ouverte et intelligente ». Car, rappelait-elle également, « que l’on soit pour ou contre le nucléaire, les déchets radioactifs existent ». C’est un fait…

 

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Arnaud dit :

    Poser la question c’est y répondre !
    En posant la question de la gestion des déchets nucléaires, on ne pose pas les vraies questions sur la production nucléaire.
    Cette méthode de production d’énergie pose un vrai débat de société, l’investissement dans le nucléaire ne serait-il pas mieux utilisé ailleurs ?
    N’ayant pas de bonne réponse à la gestion des déchets ne devrait-on pas arrêter d’en produire ? (Le meilleur des déchets est celui qui n’est pas produit).
    La question de gestion des déchets existants n’est pas une question urgente. Cela fait 40 ans que ces déchets sont générés et l’on peut encore attendre plusieurs années avant de trouver des solutions pérennes ne mettant pas en cause l’avenir des générations futures.
    Ce qu’il faut choisir et qui mérite débat c’est la production d’électricité nucléaire ou non.
    Ou est le débat public pour décider de construire de nouvelles centrales nucléaires ou prolonger les centrales existantes au-delà des 40 ans ?

  2. Leim dit :

    Et donc ? Ne trouvez vous pas normal qu’avant de débattre de la gestion des déchets et donc d’accepter tacitement la technologie, la question même de la production de déchets radioactifs doive elle même être acceptée? C’est justement cette acceptation tacite qui semble anti-démocratique, comme si au restaurant l’on vous laissait le choix entre le champagne et le whisky sans vous permettre de choisir du vin ou pas d’alcool du tout. Ces associations me semblent personnellement absolument dans le juste, et je les remercie de réclamer tous les choix possibles.

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