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Le Bénin, de « havre de paix » à producteur de réfugiés

Rédigé par Notre équipe le 25 septembre 2019.

Selon l’UNHCR, le nombre de réfugiés béninois dans le monde a « pratiquement doublé » ces cinq dernières années.

Pas moins de 1 670 Béninois harcelés politiquement ou économiquement sont désormais considérés comme des demandeurs d’asile ou des réfugiés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Une statistique inquiétante qui ne prend pas en compte les Béninois ayant fui leur pays pour d’autres États de l’Afrique de l’Ouest, où ils bénéficient du protocole de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la libre circulation des personnes.

Autrefois considéré comme le bon élève de la démocratie dans la région, le Bénin traverse aujourd’hui une crise politique aiguë et inédite marquée par la dérive autoritaire du président Patrice Talon. « La vague d’arrestations arbitraires de militant.e.s politiques et de journalistes et la répression des manifestations pacifiques ont atteint un niveau alarmant au Bénin », a dénoncé Amnesty International à l’issue des élections législatives du 28 avril. Selon l’ONG, « quatre personnes ont été tuées lors des manifestations post-électorales, et les familles des victimes peinent toujours à récupérer les corps ».

Dans ce contexte, de plus en plus de militants politiques sont contraints de quitter le pays. D’après l’UNHCR, « le nombre de réfugiés béninois dans le monde a pratiquement doublé au cours des cinq dernières années ».

Certains d’entre eux sont devenus emblématiques d’une répression qui touche aussi bien les personnalités politiques célèbres que les militants anonymes. En avril dernier, l’homme d’affaires Sébastien Ajavon a obtenu le statut de réfugié politique en France. Accusé de trafic de drogue, il avait été condamné, en octobre 2018, à 20 ans de prison et à 5 millions de francs CFA (environ 7 600 euros) d’amende par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), un tribunal spécial qui ne permet pas de faire appel.

« Mascarade »

« C’est une mascarade, un simulacre de justice… En 34 ans d’expérience, je n’ai jamais vu ça. C’est inadmissible », s’était indigné Me Marc Bensimhon, avocat au barreau de Paris.

Un avis visiblement partagé par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) qui, le 29 mars dernier, a dénoncé la décision de la Criet et a donné six mois au Bénin pour l’annuler. La juridiction de l’Union africaine a estimé que l’État béninois avait « violé le droit du requérant à être jugé par une juridiction compétente » et « violé le principe “non bis in idem” », selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement deux fois par les mêmes faits.

Mais il n’y a pas que les décisions de la justice béninoise qui laissent à désirer. Incarcéré depuis le mois d’avril en Guinée équatoriale, l’ancien candidat à la présidence béninoise Bertin Koovi est sur le point d’être libéré. Accusé d’avoir publié sur les réseaux sociaux des posts appelant à la révolte contre le gouvernement béninois, l’homme politique avait été interpellé par la police en Guinée équatoriale, où il réside. « Je suis prisonnier d’opinion, puisque Talon reproche à la Guinée équatoriale que j’ai pu faire des audios du 7 au 11 mai 2019 », avait expliqué M. Koovi. Jeudi 12 septembre, la justice a ordonné la libération du Béninois, estimant qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour continuer à le priver de sa liberté.

La Criet, « anomalie juridique »

Ancien ministre et ancien député, Valentin Djènontin fait lui-aussi partie des anciens hommes politiques obligés de quitter le Bénin pour échapper à ce qu’ils considèrent être une justice taillée sur mesure afin de réprimer l’opposition. Ils fustigent en particulier… la Criet, dont l’objectif affiché est de contribuer à l’éradication de la délinquance financière.

Sauf qu’il s’agit en réalité d’une « anomalie juridique », aux yeux du doyen de la Faculté de droit et de sciences politiques de l’Université d’Abomey Calavi, Me Gbago. Un avis que Léhady Soglo, ancien maire de Cotonou exilé à Paris, ou encore Louis Tanhoundji, jeune opérateur économique dont on a aujourd’hui perdu la trace, partageraient sans doute.

Alors que les élections locales sont prévues en 2020 et la présidentielle en 2021, la situation ne semble pas devoir s’améliorer. En août, les neuf nouveaux représentants de l’Assemblée nationale au sein du Conseil d’orientation et supervision de la liste électorale permanente informatisée (COS-LEPI) ont été désignés.

Or, « l’Assemblée nationale est composée à 100 % de députés se réclamant du camp présidentiel », a dénoncé Guy Mitopkè, ancien député et secrétaire général du parti Restaurer l’espoir. « L’opposition n’aura aucun droit de regard sur ce qui se fait [dans la COS-LEPI]. Pour les élections à venir, il n’y a plus de gage de sécurité, plus aucun élément qui pourrait nous amener à dire que les élections seront transparentes », s’est-il désespéré.

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