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Quand Le Média lance une bien curieuse levée de fonds

Rédigé par notre équipe le 03 octobre 2019.

Levée de fonds

Mercredi 2 octobre, Le Média s’est rappelé au (bon) souvenir des internautes en publiant une longue vidéo sur Twitter. Trois hommes apparaissent à l’image, Denis Robert journaliste d’investigation et les frères Renahy, donneurs d’alerte à caractère financier. Un trio qui se veut combatif et qui aurait besoin d’argent pour partir en guerre contre les « ultra-riches » et les sociétés qu’ils dirigent. L’objectif affiché est de récolter 30 000 euros pour mener à bien des actions en justice. Une somme conséquente qui prend toutefois des airs de financement d’un média déjà à bout de souffle.

Lorsqu’il fut lancé en grande pompe en juin 2017, Le Média promettait monts et merveilles à ceux qui viendraient le financer. Bien huilée et bénéficiant d’une étrange bienveillance des médias traditionnels qu’elle critiquait à tout rompre, cette plateforme n’a pas tardé à dérailler. Il faut dire qu’entre son ADN mélenchoniste, sa partialité (parfois revendiquée) dans la couverture de l’actualité, ses conflits internes et ses finances au plus mal, le Média a fait un grand plongeon auquel il a survécu, mais dont il n’est toujours pas remis. La demande de financements lancée hier prouve d’ailleurs que la plateforme ne va pas bien et que sous couvert de s’essayer enfin à l’investigation, les internautes sont appelés à ouvrir leur portefeuille.

 

30 000 euros pour quoi faire ?

30 000 euros, c’est la somme demandée par Le Média à tous ceux qui tombent sur sa vidéo mise en ligne. La somme est coquette surtout pour un média en ligne déjà censé vivre grâce à ses abonnés (appelés socios). Ces derniers ne sont pas assez nombreux et/ou généreux pour que le site se lance dans le journalisme d’investigation après deux ans et demi d’existence. La direction a enfin compris que les abonnements n’étaient en rien attractifs si les contenus proposés consistent uniquement à répéter des dépêches AFP matinées d’un discours La France Insoumise. La véritable plus-value se trouve ailleurs et Le Média semble jouer son va-tout avec une levée de fonds censée faire trembler les grandes entreprises et leurs dirigeants.

Pompeusement intitulée opération « nettoyage et investigation », Le Média se propose de lancer « dix procédures judiciaires », lesquelles « généreront des enquêtes, des papiers et des reportages ». Et comme ce site prétend incarner la véritable gauche française, ces procédures judiciaires visent plusieurs grandes fortunes et sociétés qui auraient, selon lui, la fâcheuse tendance à ne pas publier leurs comptes comme la loi les y oblige. Ces procédures dont le coût est estimé à 3 000 euros chacune doivent les obliger à ouvrir leurs livres avec l’idée que des montages financiers illégaux seront découverts. Un discours très mélenchoniste qui consiste à accuser sans en avoir l’air et à demander une aide financière exceptionnelle pour n’entreprendre qu’un travail d’investigation auquel le site ne s’est jamais essayé.

Pourquoi un tel amateurisme alors que Le Média avait été vendu aux citoyens comme un site sérieux où des journalistes professionnels et inattaquables tenaient les rênes ? Peut-être parce que la rédaction et la direction ne vivent que dans la confrontation, le « putsch » pour reprendre l’expression de l’ancienne figure de proue du Média, Aude Lancelin. À peine sorti du port, l’équipage se faisait la guerre oubliant que la coque du navire avait été mal conçue. Dès fin 2018, le site accusait des dizaines de milliers d’euros de perte chaque mois et avait lancé une grande campagne d’appel aux dons pour financer sa survie.

Il semblerait que cette recette soit déjà remise au goût du jour avec cette fois la promesse de se livrer à un vrai travail journalistique. 30 000 euros demandés donc, mais le site vise désormais 50 000 euros comme cela est affiché sur sa page de soutien. Pourquoi ne pas avoir arrêté la collecte dès que l’objectif de 30 000 euros a été atteint ? Les futures procédures judiciaires qui font office d’excuse auraient-elles subitement subi une forte inflation ?

Enfin, l’argument répété en boucle qui consiste à faire miroiter la possibilité de défiscaliser les dons est pour le moins paradoxal. Le discours ambiant du Média ostracise ce genre de pratiques, car c’est l’impôt qui est ainsi mis à mal, mais pour se sauver de la faillite, cette même ficelle est utilisée. Décidément, il y a des comptes qui ne tournent pas rond à commencer par ceux d’une rédaction qui rêve d’être un justicier, mais qui n’a même pas l’étoffe d’un journaliste.

 

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