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Patriotisme économique : La Poste sous la menace d’Amazon

Rédigé par notre équipe le 15 octobre 2019.

Amazon La Poste

Si les services postaux nationaux bénéficient de l’envolée du e-commerce, ils sont également victimes de l’expansion sans limite des acteurs du Web, Amazon en tête. Seule une véritable équité fiscale pourra poser les bases d’une juste concurrence entre commerces physiques et pure players.

« Minable » – et encore le mot est-il faible : c’est ainsi que l’ONG Attac a qualifié, dans un tweet désabusé, l’attitude d’Amazon, qui a annoncé répercuter sur les vendeurs utilisant sa plateforme la « taxe GAFA », à peine adoptée en juillet dernier par la France. Depuis le 1er octobre, l’entreprise de Jeff Bezos a mis sa menace à exécution : la commission sur les ventes de produits sur son site est passée de 15% à 15,45%, soit une augmentation de 3%, correspondant à la taxe de 3% sur le chiffre d’affaires que les géants étrangers du Web doivent désormais reverser au fisc français. En d’autres termes, ce sont les 10 000 PME tricolores utilisant Amazon qui vont, in fine, s’affranchir de ce « faible mais juste supplément d’impôt », pour reprendre les mots d’Attac. Et donc, en bout de chaîne, les consommateurs français.

Les postes nationales, clientes et victimes du e-commerce

Les petites et moyennes entreprises françaises ne sont pas les seules victimes collatérales d’Amazon. Tentaculaire, le mastodonte du e-commerce bouleverse de fond en combles les secteurs du transport, de la logistique et des services postaux, et ce au niveau mondial. Et si Amazon a son siège à Seattle, les États-Unis ne sont en rien épargnés par ce phénomène : depuis 2008, l’United States Parcels Service (USPS), l’équivalent américain de notre Poste hexagonale, accuse une chute de revenus de l’ordre de 35%. La faute, bien-sûr, à l’effondrement du volume des lettres et autres cartes de vœux, qui recule de 3% à 5% par an au sein des pays développés ; mais aussi à la dématérialisation des factures, relevés bancaires et publicités.

Le salut des services postaux résiderait-il alors, comme on serait fondé de l’espérer, dans la livraison des colis, dont les volumes ont augmenté de 48% entre 2014 et 2016 ? – et ce, en grande partie, précisément grâce à l’essor grandissant du e-commerce en général, et d’Amazon en particulier. Hélas, ce serait oublier un peu vite qu’au contraire du courrier traditionnel, les postes nationales ne bénéficient pas du monopole de la livraison des colis. Ce que les acteurs du Web et start-up de la livraison ont bien compris, investissant à tout va dans la « gig economy » : un nouveau modèle où prospèrent des sociétés sans scrupules, employant des armées de livreurs, des autoentrepreneurs du dernier kilomètre le plus souvent payés à la tâche.

 

Fragilisée, La Poste réplique en investissant dans le e-commerce

A l’origine de l’explosion du volume des colis, Amazon n’a pas manqué de se positionner sur le créneau, porteur, de leur livraison. Ainsi, en France, l’entreprise américaine internalise d’ores et déjà entre 20% et 30% de ses envois : autant que ce qu’elle délègue à La Poste, son partenaire historique.  « Amazon est notre premier client, mais aussi notre concurrent », reconnaît dans les pages du Monde le patron de La Poste, Philippe Wahl. Et encore la France fait-elle, pour l’heure, figure de « résistante » au rouleau compresseur de Jeff Bezos : Amazon ne représente que 20% du e-commerce dans l’Hexagone, contre plus de la moitié aux Etats-Unis, pays où la firme gère, en direct, près de la moitié (45%) de ses envois. La situation serait similaire au Royaume-Uni et en Allemagne.

Consciente du danger pesant sur son avenir, La Poste réplique en investissant dans le e-commerce. Fin 2018, l’entreprise a ainsi investi 30 millions d’euros dans une nouvelle plateforme de tri des colis à Douvain, dans le Pas-de-Calais : un nouvel équipement de plus de 26 000 m2, capable de traiter quelque 32 000 colis à l’heure. Et, en février dernier, La Poste a annoncé investir pas moins de 120 millions d’euros supplémentaires afin de moderniser son réseau francilien de tri et de livraison de colis. Deux nouvelles plateformes logistiques, équipées de technologies de pointe, devraient ainsi voir le jour d’ici à l’année prochaine en Ile-de-France.

 

De l’urgence de rétablir une équité fiscale

Pour importants qu’ils soient, ces efforts suffiront-ils, si ce n’est à enrayer la machine Amazon, du moins à rétablir un semblant d’équilibre et d’équité entre l’ogre américain et les entreprises historiquement présentes sur ses marchés ? Rien n’est moins sûr, tant que subsistera le décalage fiscal actuel entre les acteurs du commerce traditionnel et ceux du e-commerce. La question, lancinante, a régulièrement les honneurs de l’actualité, sans que pour l’heure une solution consensuelle semble émerger. Le sujet de l’équité fiscale a ainsi été soulevé par le député Fabrice Brun en juin dernier, à qui le ministère de l’Economie a répondu par une série de mesures prévues ou déjà en place : expertise relative à la fiscalité (en cours) ; directive sur la TVA, applicable à partir de 2021 ; transmission des obligations fiscales incombant aux personnes réalisant des transactions sur les plateformes de e-commerce ; etc.

Reste que la France demeure un « paradis fiscal pour les pure players et (un) purgatoire pour les lieux physiques de vente », comme le déplorent dans une tribune commune Jacques Ehrmann, vice-président du Conseil national des centres commerciaux et Christian Pimont, président de l’Alliance du commerce. Rappelant qu’en France la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) a augmenté de 600% en dix ans, que les commerces physiques s’acquittent de 47 milliards d’euros d’impôts et qu’ils emploient quatre fois plus de personnes que le e-commerce, les signataires de la tribune évoquent « l’obligation morale, économique et citoyenne de rétablir une fiscalité juste et équitable entre toutes les formes de commerce » et rappellent l’Etat « à son rôle de régulateur ». Si l’on ne veut assister à la destruction prochaine de pans entiers de notre économie, il y a, en effet, urgence à refonder les bases d’une saine concurrence entre commerces physiques et e-commerce.

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. blackdog dit :

    La poste……
    J’ai connu la poste avec un monopole du courrier lettres paquets colis!!!!!!
    Aujourd’hui par son manque de compétitivité (prix délais…)elle s’est fait rafler ce beau marché d’antan.
    Ca n’est quand même pas la faute à AMAZON!!!!!!
    Vous avez le talent,vous journalistes de présenter les choses à votre manière ça frôle la “fake new”
    Vous faites tout un “bla bla” pour présenter la catastrophe des PTT comme étant la faute de Jeff Bezos (Patron d’Amazon)
    Faudrait revoir votre histoire de France

  2. Bluesun dit :

    La poste ?
    Ne devient plus que l’ombre d’elle même.
    La poste fait tout, et bientôt plus rien.

    La poste privilégie son côté banque, et pour le reste, des machines sont à disposition.

    Côté Chronopost, pour raison boulot, c’est par ce moyen de livraison que se font les livraisons de colis.
    Alors que tout fonctionnait bien jusqu’à présent. Rien ne va plus, (ou presque plus), les colis n’arrivent pas au moment annoncé, arrivent éventrés (pas tous heureusement), si avant le chauffeur appelait pour savoir si vous étiez au domicile, là, plus de coup fil, et le paquet qu’il pleuve qu’il vente, est déposé devant la porte.

    La concurrence arrive, comme par exemple “colis privé”, exactitude dans le jour annoncé de la livraison, si vous n’êtes pas là, un sms est envoyé, et vous donne le choix de la re-livraison (sans augmentation de tarif).

    Sans oublié en effet AMAZONE, et d’autres du genre, formule du nouveau jeu de CONSTRUCTION.

    La poste perd de son monopole, mais ne fait-elle pas partie du jeu de l’effacement ?
    Du tout doit disparaître pour faire “table rase du passé” ?

    On le voit bien, les taxis ont leur concurrent UBER, interdit, mais toléré, et accepté dans le fameux paysage visuel.

    Idem les hôtel, qui ont leur concurrent les locations d’appart par les propriétaires eux mêmes, etc…

    Bref, tout, et un concurrent pour chacun qui forme le tout.
    La France entière se perd corps, et âme, à cause d’ un vote qui s’est fait sur conseil du “sans état d’âme”.

  3. Kiki dit :

    La perte de monopole n’est pas liée au manque de compétitivité mais à la dérèglementation européenne.
    Par contre Amazon utilise de la main d’oeuvre en contrat précaire et les PME qui utilise leur plateforme paient tout : commission, facturation, retours, ….
    Donc je boycotte et j’utilise d’autres plateformes si possible françaises ou européennes

    • Bluesun dit :

      Ben oui Kiki, si dérèglementation européenne, c’est bien que c’est l’effacement des règlementations de “l’ancien monde” ?
      Donc, le fameux “jeu de destruction” dont parlait Macron fin 2015 chez Bourdin ?

      Amazone utilise la main d’œuvre à pas cher et contrat précaire, ben c’est un peu ce que l’on peut voir se développer un peu partout en France dans pratiquement tous les secteurs.

      Toujours jeu de destruction-construction.
      Emploie précaire, employés kleenex, et salaire universel.

      Mieux vaut privilégier le côté français. Mais un jour pas si lointain à la disparition des magasins ne restera plus que les plateformes.

      Triste. Car si plus de magasin, c’est la mort des villes, des villages.

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