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Réforme des retraites : symptôme d’un système politique à l’agonie

Rédigé par Notre équipe le 22 février 2020.

Macron retraites

Un effondrement juridique et institutionnel se produit sous nos yeux sans que personne -ou presque- ne s’en offusque ; la comédie de la réforme des retraites en offre une parfaite illustration. Elle montre que ce pouvoir ne fait rien d’autre que perpétuer les très mauvaises habitudes de la Cinquième.

Tandis que le projet de loi sur l’institution d’un régime universel des retraites est discuté l’Assemblée Nationale, une « Conférence de financement des retraites » réunit les partenaires sociaux pour s’attaquer à l’application de la réforme législative, avec comme point central l’ « âge pivot » , sorte de totem pour les uns et de chiffon rouge pour les autres.

Cet âge pivot n’a strictement rien de nouveau ; ce n’est que le faux-nez sémantique de l’allongement de l’âge minimum de la prise de retraite sans décote. Cela est le cas depuis des lustres, et tous les Français le savent. Mais ce gouvernement n’a même pas le courage de dire qu’il cherche à rallonger la période d’activité du futur retraité, de même que les syndicats de salariés refusent ce point précis, frileux qu’ils sont de décevoir leur base. Laquelle est pour l’essentiel constituée de salariés favorisés par le système, les fonctionnaires et les salariés des services para-publics.

La loi Raffarin/Fillon de 2003, encore très insuffisante, avait eu au moins le mérite d’aborder frontalement l’âge de la retraite.

C’est donc une comédie puisque tous les participants, y compris la CGT qui claque la porte des négociations, savent que la réforme de l’âge dit pivot est inéluctable ; sans quoi la France serait le seul pays « libéral » à conserver un système de retraite soviétisé. On connait donc la fin du processus avant même son engagement. C’est en cela qu’il s’agit d’une comédie, dramatique au demeurant. Autrement dit, la Conférence, ou ce qu’il en reste, devrait aboutir à définir un âge pivot avant même que la loi soit adoptée, loi qui renvoie à des décrets d’application le détail du financement de la réforme… Entre-temps, et c’est au fond le but des ces négociations, les syndicats de salariés auront obtenu des aménagements, exemptions et autres avantages particuliers pour les corporations qu’ils représentent. Ce n’est pas très joli, mais c’est notre spécificité française. Mais c’est là que l’incohérence institutionnelle se révèle.

Cela fait longtemps que la France a abandonné toute cohérence au plan juridique. Comment peut-on en effet négocier avec les acteurs sociaux un aspect fondamental de la réforme tout en faisant adopter en force un projet de loi qui est de fait muet sur la question ?

Déjà le Grand Débat National augurait mal du contenu démocratique de la politique macroniènne, au reste digne héritière de la Cinquième dégénérée. Sorte d’Etats Généraux largement couverts pas des médias largement subjugués, ce débat ne servait pas à recueillir l’avis des français, en court-circuitant nos relais institutionnels, mais à sonder, par médias interposés, leur capacité de résistance aux réformes d’E. Macron. Une majorité godillot, un mépris du Conseil d’Etat pourtant généralement frileux, un front syndical désuni et des médias bien peu critiques devraient permettre d’accoucher la réforme des retraites. Réforme qui au passage spolie purement et simplement des régimes autonomes -injustement amalgamés aux régimes spéciaux- qui n’ont pas la force de frappe de syndicats, au fond sans pouvoir si ce n’est de nuire.

Moyennant quoi, en faisant fi d’un consensus social opposé à la réforme que révèlent les sondages d’opinion (pour une réforme mais contre cette réforme) , ce gouvernement bouleverse un ordre juridique au pas de charge. Car au fond si l’est un secteur dans lequel le droit prend son sens, c’est dans notre système de retraite. On choisit en effet son avenir professionnel en considération des conditions financières que l’on pense acquérir, et les droits à la retraite en font évidemment partie.

Rompre ce contrat tacite, c’est remettre en cause un doit fondamental.

C’est pourquoi la réforme des retraites ne devrait se réaliser qu’au terme d’un débat au sein de la représentation nationale, seule source légitime de pouvoir en matière législative. Mais c’est, nous le savons, un vœu pieux dans notre démocratie dévoyée qui ne donne pas le pouvoir au peuple via ses représentants. Nos parlementaires servent des partis eux-même au service d’un système politico-médiatique qui se maintient hors-sol. Il faut cesser de prendre les Français pour des idiots. Ce ne sont plus les « veaux » que décrivait le Général. Ils n’en peuvent plus ; le mouvement des gilets jaunes de la France qui perd a montré la déconnexion profonde du pouvoir. Il serait bien avisé d’y voir autre chose que des « gars qui fument des clopes et roulent au diesel ».

Sans quoi il paiera cher la prochaine révolte des classes moyennes.

Déjà une remarque sur cet article

  1. zelectron dit :

    et si c’était Macron et sa bande de bras cassés qui prenaient leur retraite ? (au taux minimum vieillesse, sans parachute doré)

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