Comment la « Com », gangrène de la démocratie

Vous me direz qu’entre D. Trump et E. Macron, les postures et les idées n’ont pas grand chose à voir. Et pourtant, la méthode de communication est parfaitement comparable.
Leur mode d’accession au pouvoir et leur gouvernance révèlent un curieux cousinage. Car au fond, ces deux hommes n’avaient objectivement pas de chances sérieuses d’accéder au pouvoir. Leurs parcours sont si différents, mais…

Trump, homme d’affaires sulfureux, remis de faillites à répétition des ses structures immobilières, va redorer son blason grâce à la télé-réalité et devenir l’archétype de la réussite américaine. Macron, lui, ne passe pas par la case de la fortune capitaliste au plan personnel, mais est le type même du compagnon de route du capitalisme. Sciences-Po, ENA Strasbourg, un petit stage chez Rothschild, puis Inspection des Finances et re-Rothschild. Et puis se produit le grand malentendu qui sourit souvent à ceux qui réussissent. Macron avait, on s’en souvient, pendant sa campagne, repris cette réplique de Michel Blanc dans « Les Bronzés font du ski », à-propos de ses chances de succès, « sur un malentendu… ». Le coup de bol purement conjoncturel, pour nos deux hommes, c’est le rejet majeur de Hillary Clinton pour l’un et le flingage en plein vol de François Fillon pour l’autre.

Plus profondément, ils profitent d’un large rejet des élites politiques et de leurs partis, que la vague populiste promeut dans les démocraties modernes. Les médias adorent ces hommes qui ne rentrent pas dans les cases convenues et leur offriront toutes les tribunes, convaincus que tout rentrera finalement dans l’ordre. Ils n’ont du reste pas tout à fait tort.

Ainsi Trump abandonnera vite ses discours de campagne anti-israéliens pour être, sous l’influence des jeux de pouvoir et de son gendre, celui qui décidera de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem. Tandis que Macron, tout à la fois gendre idéal et « bougeur » de lignes, va développer une politique franchement progressiste au sens moderne et pour le capitalisme ultra-libéral, modéré par le contexte français. Mais les deux, malgré leurs différences de style, ne sont pas des révolutionnaires ; ils ne font pas « bouger les lignes ». Bien au contraire, ils ne font que perpétuer, approfondir la politique constante de leur pays. Trump ne fait que continuer la tendance isolationniste entamée par Obama. Sa politique guerrière extérieure se cantonne aux frappes chirurgicales tandis qu’il continue le désengagement des troupes sur le terrain. « America first », c’est la défense de l’économie nationale avec des frontières, doublée d’une politique de judiciarisation extra-territoriale.

De son côté, Macron perpétue une tendance lourde à la privatisation, commencée, on l’oublie trop souvent, par Mitterrand. Tout en aggravant une hyper-inflation étatique aux frais du contribuable français, dont la soumission à l’impôt semble sans limites.
Pour autant, Trump et Macron font une com qui n’a en réalité rien à voir avec la réalité de leur action politique. Trump, avec ses saillies verbales, parfois odieuses et le plus souvent vulgaires, « amuse » et égare les médias avec brio. C’est la technique du chiffon rouge. Pendant ce temps, il applique consciencieusement une politique économique qui ne provoque pas d’opposition de Wall street, bien au contraire. Macron fait du buzz, mais sert les milieux économiques, les grandes entreprises, la banque et l’assurance. Autrement dit ceux qui nous gouvernent. Aujourd’hui, les dirigeants modernes passent une partie substantielle de leur temps à la communication. C’est au fond leur rôle essentiel dans les démocraties post-modernes, où le pouvoir n’est plus là on nous croyons qu’il est.

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