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La Turquie menace-t-elle l’Europe avec l’arme migratoire ?

Rédigé par notre équipe le 28 février 2020.

Cela faisait déjà bien longtemps que Recep Tayyip Erdoğan menaçait l’Europe d’ouvrir les vannes migratoires que constituent les réfugiés syriens (et assimilés), aujourd’hui bloqués en Turquie par les autorités du pays. En échange de plusieurs milliards d’euros, Ankara avait accepté de jouer le rôle de gendarme frontalier de l’Europe orientale. Toutefois, un haut membre de l’administration turque a, récemment, déclaré à Reuters que la Turquie n’allait plus accepter de garder les frontières européennes à la place des Européens.

Cette sortie a lieu dans un contexte de plus en plus tendu entre la Turquie et la Syrie : suite à la mort de 33 soldats turcs, sous les coups de l’armée syrienne, dans la province d’Idlib, les forces turques ont riposté en bombardant les positions tenues par Damas, en mobilisant ses troupes terrestres comme aériennes.

Face à une Russie soutenant inconditionnellement le régime syrien, cette menace pourrait avoir pour but de forcer l’Europe, et à travers elle les Etats-Unis, à davantage s’impliquer pour défendre la position turque dans la région.

Se sont près de 3,7 millions d’immigrés qui se trouvent actuellement en Turquie, attendant de pouvoir se diriger vers l’Europe. On se souvient de la déstabilisation de l’Allemagne suite à son souhait d’accueillir un seul million d’immigrés, et notamment des violences à Cologne qui en avaient découlé, le jour du nouvel an.

Omer Celik, Le porte-parole de l’AKP, a déclaré : « La vague migratoire constituée à la frontière turque par les réfugiés syriens qui fuient les attaques intenses du régime syrien, ne sera pas stoppée. Les réfugiés souhaitant se rendre en Europe par voie terrestre et maritime, ne seront pas stoppés. Les instructions nécessaires ont été transmises aux garde-côtes et équipes responsables de la sécurité aux frontières ».

Si les nouveaux arrivants vont effectivement pouvoir entrer en Europe, alors une preuve de plus de l’incapacité totale de l’UE et de ses nations inféodées à protéger les peuples européens va nous être apportée. D’autant que nul ne peut prévoir ce que fera Ankara des millions d’immigrés déjà retenus en Turquie.

Mais la question suivante est d’importance : la Turquie est-elle coupable ? En réalité, Ankara ne fait qu’activer un levier de pression que les Européens lui ont eux-mêmes remis. Que la Turquie joue ses cartes au Proche-Orient, comme en Europe, pour accroître sa puissance et son influence, n’est pas une chose choquante en soi. Ce qui choque est, une fois de plus, l’abyssale naïveté et impuissance des Etats européens face à ce qui ne consiste, au fond, qu’à défendre ses frontières. Action que nos ancêtres arrivaient à mener à l’époque où ils le souhaitaient réellement.

La question n’est donc pas de reprocher quoi que ce soit aux Turcs. Interrogeons-nous plutôt sur les causes de notre propre faiblesse.

Déjà une remarque sur cet article

  1. zelectron dit :

    C’était à la Grèce de recevoir les aides qu’Erdogan a perçues : ils auraient définitivement contenu les migrants quitte à les réexpédier . . .

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