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Aïssa Maïga invite le futur à la cérémonie des Césars

Rédigé par notre équipe le 03 mars 2020.

A la remise des Césars 2020, Aïssa Maïga a créé le malaise en ouvrant la cérémonie par un discours antiraciste reçu sans enthousiasme par les participants, comme par la suite par les internautes. Son message, profondément communautariste, ne semble pas avoir conquis l’auditoire. Pourtant, il représente sans doute l’opinion d’une part non négligeable de la population. A tort ou à raison ?

Aïssa Maïga a tenu les propos suivants, révélateurs d’un ensemble de transitions idéologiques qui ont actuellement cours en France, mais aussi de réflexes anthropologiques assez communs à l’ensemble des êtres humains, et ceci peu importe leur couleur de peau :

« Excusez-moi, je vais vous faire une confidence. Ça fait plus de deux décennies, à chaque fois que je me retrouve comme ça, dans une grande réunion du métier, je ne peux pas m’empêcher, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de noirs dans la salle ». Avant de préciser : « Je sais qu’on est en France et qu’on n’a pas vraiment le droit de compter ».

Cette première sortie est des plus intéressantes. Il est vrai qu’en France, « on n’a pas le droit de compter », car la République française repose sur un socle idéologique qui découle d’une vision universaliste et philosophique du « citoyen ». Ce citoyen, forgé par l’esprit des Lumières, devrait incarner l’idéal-type de l’homme déconnecté de ses attaches (culturelles, ethniques, religieuses) afin de se laisser modeler par la Raison, l’Etat, la Volonté Populaire, toutes notions perçues, depuis le 18e siècle, comme les esprits structurants de la nouvelle humanité tirée des « âges sombres » des siècles précédents.

Or, Aïssa Maïga ne peut s’empêcher de compter. Elle n’est pas la seule. Un Éric Zemmour ne compte-t-il pas, lui aussi ? Et les discriminations dites « positives », mises officiellement en place par les gouvernements récents, n’encouragent-elles pas les administrations, les entreprises, à compter ?

Cela fait, en réalité, longtemps que l’on compte en France. La vraie question consiste donc à savoir si cela est normal ou non, et la réponse est…oui.

L’idéologie contemporaine, qui a cours aujourd’hui dans les pays traditionnellement réputés de culture occidentale (ce qui n’est plus évident pour une large part de la population actuelle, que cela soit pour les Français séculaires comme plus récents), a soutenu, depuis les années 1980 environs, que l’identité ethnique, culturelle, clanique, ne constituait pas un obstacle à la mondialisation des peuples et à l’avènement d’une nouvelle humanité, « plurielle » et « métissée ».

Il s’avère, et on le perçoit davantage chaque jour, que ces identités comptent. Dans la quasi-totalité des pays du monde, les individus vivent en communautés, en clans, ou en tribus. Leurs liens reposent avant tout sur une solidarité culturelle, ethnique et religieuse. Ces assises anthropologiques sont en fait le ciment même de la plupart des communautés humaines qui, au sein des Etats, gardent bien souvent leurs anciens liens communautaires ancestraux actifs, parallèlement aux administrations étatiques.

Les propos de Aïssa Maïga ne sont, ainsi, pas révoltants. Ils donnent échos à ce qu’il y a de plus profond en chacun d’entre-nous : le besoin du clan, de se sentir en communauté, parmi les siens.

La différence majeure du contexte actuel est la question démographique qui, in fine, impose toujours sa loi sur les idées. Au XXe siècle, les immigrés italiens vivaient souvent, eux-aussi, de manière communautaire. Ils partageaient des quartiers communs, une nourriture commune, publiaient certains journaux en italien en France… Mais leur communauté a fini par se déliter sous le nombre. Aujourd’hui, personne ne revendique une « visibilité italienne » en France.

Aïssa Maïga poursuit en affirmant : « On refuse d’être les bons noirs, les bons asiatiques, l’arabe qui vous laisse tranquille ». Ces propos sous-entendent en fait : « nous refusons de ne plus être des communautés ». Il est possible de revendiquer une telle chose parce que cela est démographiquement réalisable. La question n’est pas réellement de savoir si cela est légitime ou non (ces considérations philosophiques importent peu dans la vie des peuples) ; mais plutôt de comprendre si cette position est naturelle et tenable. La vérité est que cette position est naturelle à l’homme, et tenable dans le contexte démographique français.

La Nation, modèle philosophique hérité du 18e siècle, pouvait se permettre de revendiquer une « déconnexion » des citoyens vis-à-vis de leurs milieux originels, parce qu’il existait une forme d’homogénéité ethnoculturelle en France (malgré les différences régionales, et même linguistiques, la France avait regroupé cet ensemble de populations appartenant à l’espace médian de l’Europe de l’Ouest, qui se distingue à la fois de l’Europe du Nord, de l’Europe du Sud et de l’Europe Centrale).

Mais les migrations récentes ont changé la donne. Du fait de ce que certains nomment la « diversité », en fait l’évolution de la France en un pays multiethnique, les logiques communautaires explosent parce que les nouvelles conditions démographiques les rendent tout simplement possibles. Face aux idéologies des Lumières, les vieux ancrages anthropologiques reprennent leur place. Qu’on le déplore ou que l’on s’en satisfasse, cela est, en réalité, profondément naturel.

Que les bobos de gauche présents à la remise des Césars n’aient pas encore tout à fait réalisé quelles étaient les conséquences de leurs actes politiques n’a rien de surprenant. Ces derniers sont tant persuadés que les idées sont tout, et que les faits ne sont rien, qu’il leur faudra du temps pour comprendre qu’ils n’ont plus prise sur les comportements sociaux qui se développent en France, et que ce qu’ils octroyaient est désormais revendiqué indépendamment de leur bon vouloir.

Nous leur adressons, à ce sujet, les paroles que Aïssa Maïga leur a déjà communiquées lors de la cérémonie des Césars : « bienvenue dans le futur ».

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