France : des exilés politiques pas toujours exemplaires

Le pays de droits de l’Homme a toujours été une terre de refuge pour les exilés politiques du monde entier. Mais cette tradition d’accueil se retourne parfois contre lui, à l’image de la récente bombe médiatique lancée par Piotr Pavlenski contre Benjamin Griveaux. Sans oublier les cas préoccupants de Moukhtar Abliazov ou encore de Guillaume Soro.

De par son Histoire coloniale, sa contribution à la démocratie, ainsi que ses nombreuses frontières terrestres et maritimes, la France jouit depuis longtemps d’une grande tradition d’accueil des ressortissant étrangers persécutés dans leur pays. Y compris parmi ses alliés. On se souvient ainsi des centaines d’activistes italiens qui ont trouvé refuge de l’autre côté des Alpes dans les années 1970-1980. Le plus célèbre d’entre eux, Cesare Battisti, a été extradé de Bolivie en janvier 2019 après 37 années de cavale au Mexique, en France et au Brésil… Aujourd’hui encore, Rome réclame la tête d’une quinzaine d’entre eux. Pour beaucoup d’exilés, l’arrivée dans l’Hexagone signe souvent le début d’une vie nouvelle dans un environnement apaisé, mais aussi la fin de terribles menaces.

Piotr Pavlenski, poil à gratter de la Russie… et de la France

Des persécutions – celles du gouvernement de Vladimir Poutine – ont ainsi amené un certain Piotr Pavlenski à obtenir l’asile politique en France en mai 2017. Mais depuis son arrivée sur le sol français, l’artiste militant russe de 36 ans n’a rien du réfugié modèle. En octobre 2017, soit seulement quelques mois après son arrivée, il a en effet mis le feu à la façade d’une succursale de la Banque de France place de la Bastille. Le 31 décembre 2019, l’homme s’est de nouveau illustré en blessant deux personnes au couteau. Mais son fait d’arme le plus marquant remonte au 12 février 2020 : sur le site Porno Politique, Piotr Pavlenski a divulgué des vidéos intimes de Benjamin Griveaux, qui ont poussé le candidat aux élections municipales à se retirer de la course à la mairie de Paris. Mis en examen, il pourrait voir son statut de réfugié non-renouvelé.

Moukhtar Abliazov : un milliardaire mafieux trouve refuge entre Nice et Cannes

Comme Piotr Pavlenski, d’autres ressortissants étrangers remettent parfois en question le bien-fondé de la tradition d’accueil tricolore. C’est aussi le cas pour le milliardaire Moukhtar Abliazov, ancien ministre de l’énergie du Kazakhstan, qui vit en exil en France depuis juillet 2013. L’ancien banquier a pris la fuite après la disparition de 5 milliards de dollars de la banque BTA qu’il dirigeait à l’époque. Recherché par le Kazakhstan, il l’est aussi par l’Ukraine, la Russie et le Royaume-Uni, où il avait d’abord trouvé refuge avant d’être condamné pour vol. Avec ce lourd passif, même la France a tenté de s’en débarrasser en votant son extradition vers son pays d’origine. Mais une décision du Conseil d’État en 2016 a annulé la procédure. Aux dernières nouvelles, l’homme d’affaires qui vivait dans une luxueuse villa de Mouans-Sartoux, entre Cannes et Nice, tenterait depuis de se rapprocher de la Belgique…

Guillaume Soro : l’asile français du « seigneur de guerre »

Depuis quelques mois, la France compte un nouveau réfugié politique pour le moins embarrassant en la personne de Guillaume Soro. L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne n’en est, lui non plus, pas à son premier exil. Accusé de déstabilisation politique en Côte d’Ivoire, où la crise politico-militaire des années 2000 est encore loin d’être oubliée, l’ancien barbouze est visé par un mandat d’arrêt international. Il a d’abord trouvé asile au Ghana, puis en Espagne et, enfin, en France fin décembre 2019. Ces derniers mois, Guillaume Soro a enregistré une série de défections au sein de ses proches, à l’image de Sidiki Konaté, Alpha Touré Yaya ou encore Célestine Tazéré, qui ont rejoint le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), le parti présidentiel.

Alors que cinq membres de son entourage étaient encore en détention début mars, Guillaume Soro semble payer les lourds soupçons qui pèsent sur lui depuis les années de crise et qui lui valent encore le surnom de « seigneur de guerre ». Dès 2005, l’ONU a inscrit son nom sur une liste de personnalités accusées de violations graves des droits de l’Homme, avant de confirmer qu’il avait également profité de la crise postélectorale de 2011 pour acquérir illégalement plusieurs centaines de tonnes d’armes. En France, il est également sous le coup d’une enquête judiciaire pour enlèvement, séquestration, traitements inhumains et dégradants à l’encontre de Michel Gbagbo, fils de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo.

Pavlenski, Abliazov et Soro : des exilés politiques qui semblent condamnés à fuir de pays en pays.

La France a-t-elle encore vocation à accueillir ce type d’exilés ? La question peut se poser.

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