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L’Italie devient un enjeu d’influence géopolitique

Rédigé par notre équipe le 26 mars 2020.

L’Italie est devenue le lieu d’une compétition géopolitique sanitaire. C’est à qui aidera le mieux le pays à gérer la crise du coronavirus. Par-delà le bien fondé de ces démarches, et leur impact positif sur la situation sanitaire de la péninsule, il faut garder à l’esprit que l’action sanitaire est, aussi, une action d’influence géopolitique.

Les liens entre action sanitaire, action culturelle et influence géopolitique ne sont pas toujours connus du public. Qui sait, par exemple, que l’octroi d’aide alimentaire émanant des Etats-Unis vers les pays africains a été, à l’origine, conditionné par l’acceptation d’ouvrir le marché culturel de ces pays aux productions cinématographiques américaines ? Cet exemple souligne bien les connexions d’intérêts qui peuvent exister entre ces différents champs. On se souvient, de même, de l’impact diplomatique qu’ont eu les « french doctors ».

L’Italie, en devenant le symbole de la crise sanitaire, en Europe et dans le monde, offre ainsi une vitrine d’action aux stratégies d’influence.

Pour Cuba, l’aide sanitaire est le pilier de son existence diplomatique, notamment en Afrique. En effet, le pays est réputé pour avoir l’une des meilleures médecines du monde. Toutefois, c’est la première fois que des spécialistes cubains sont déployés en Europe de l’Ouest.

La Russie a, quant à elle, envoyé une quinzaine d’avions militaires en Italie, avec notamment à leurs bords des médecins militaires et des virologues, mais aussi de l’équipement médical. Un personnel russe de 100 personnes a ainsi débarqué en Italie. C’est Moscou qui, d’elle-même, a proposé son aide à Rome pour gérer la crise. L’impact est doublement positif pour la Russie : premièrement, cette action permet d’accroitre des liens avec un partenaire occidental d’importance pour la Russie, alors même que les voisins de l’Italie ont été plus que frileux pour se montrer solidaires ; ensuite, l’étude du virus sur le terrain par ses spécialistes permettra à la Russie de mieux connaître ce dernier et, ainsi, de mieux faire face à la crise en cas de pandémie importante dans le pays.

Quant à l’aide chinoise, elle n’est pas désintéressée non plus. Héritière de la doctrine mondialiste, suite à la politique isolationniste de Donald Trump appliquée aux Etats-Unis, la Chine met tout en œuvre afin de sauver la mondialisation qui lui profite tant. L’Italie étant le pays occidental qui a, le premier, soutenu le projet chinois de Nouvelles routes de la soie, il est logique que la Chine cherche à venir en aide à son allier européen.

En outre, les mesures, parfois contradictoires, qu’ont mis en place les pays européens, démontre que l’Union Européenne n’apporte pas de réponse cohérente à la crise. La fin de la pandémie verra, sans doute, émerger une nouvelle crise existentielle européenne. En prévision de ces futurs tiraillements, la Chine et la Russie ont donc tout intérêt à accroître leur influence afin de peser sur la suite des débats.

Face à ces interventions, Emmanuel Macron a récemment appelé l’Union Européenne à davantage communiquer sur ses actions de gestion de crise sur le continent. Pour le président français, la crise sanitaire doit aussi être gérée en termes de bataille de la communication pour l’action de l’Europe. Il est clair que le coronavirus va laisser place à un conflit d’influence dont le but sera de redessiner les futurs mécanismes européens. Reste à savoir quel projet sera le plus à même de remporter l’adhésion des peuples d’Europe.

Déjà une remarque sur cet article

  1. zelectron dit :

    L’ action banale et quotidienne des politichiens : désagréger l’Europe, sans compter leurs “propres” pays !

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