Le difficile printemps des catholiques parisiens

Saint-Jean de Passy

Un an après la tragédie de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les catholiques parisiens espéraient pouvoir vivre leur carême et célébrer Pâques dans une ambiance apaisée et propice au recueillement. Mais le confinement imposé avec l’épidémie de Covid-19, les incartades de certains traditionnalistes et un étrange imbroglio dans le prestigieux lycée Saint-Jean de Passy sèment le trouble chez les catholiques de la capitale.

Ce devait être l’année de Sainte-Geneviève : pour célébrer les 1600 ans de la naissance de la Sainte Patronne de Paris, le diocèse de la capitale avait prévu une année 2020 un peu particulière. Une multitude d’événements et de célébrations étaient annoncés, afin de resserrer les liens entre l’Église et les croyants de la capitale après une année 2019 particulièrement éprouvante et marquée par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2020 commence pourtant plutôt mal pour les catholiques parisiens. L’épidémie de Covid-19, qui éprouve durement toutes les familles françaises, a entrainé un confinement qui touche aussi particulièrement les croyants, privés de pouvoir assister aux offices. Si l’accès aux lieux de cultes de toutes les religions demeure possible, messes et prières collectives sont désormais interdites. Dans les paroisses parisiennes, les messes sur Youtube et les « communions spirituelles » tentent tant bien que mal de s’adapter à l’épidémie. Mais le cœur n’y est pas, et les témoignages de familles catholiques harassées par cette situation abondent sur le net.

Dans cette ambiance déjà compliquée, de nombreux catholiques parisiens ont probablement ressenti un certain malaise en apprenant que la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet dans le Vème arrondissement avait été épinglée pour ne pas avoir respecté les mesures liées au confinement lors de la messe de Pâques. Une polémique dont se seraient bien passés les croyants, sommés de se positionner entre des médias suspectés d’avoir exagéré l’affaire dans les premiers jours et les traditionnalistes de la paroisse qui arguent avoir respecté les règles du confinement en organisant un office sans public… Mais avec 22 officiants, acolytes et thuriféraires.

Une controverse agaçante pour bon nombre de catholiques, notamment parisiens, qui n’ont guère apprécié être pris à parti dans cette affaire. Et ce d’autant plus que cette polémique venait éclipser la très belle cérémonie, organisée quelques heures plus tôt à Notre-Dame de Paris par l’archevêque de Paris Monseigneur Aupetit, en présence de l’acteur Philippe Torreton et du violoniste Renaud Capuçon.

 

Rififi à Saint-Jean de Passy

C’est d’ailleurs à Mgr Aupetit que va revenir la lourde tâche de démêler l’étrange imbroglio qui touche actuellement Saint-Jean de Passy. Le prestigieux établissement scolaire du 16ème arrondissement est dans la tourmente depuis plusieurs jours. Le 14 avril au matin, son emblématique directeur François-Xavier Clément a été mis à pied dans des conditions pour le moins surprenantes pour une mesure disciplinaire : huissier à son domicile, confiscation de tout son matériel de travail… Même traitement pour le préfet des terminales Jean Ducret, l’un des proches du directeur. Quelques heures plus tard, le conseil d’administration de l’établissement publiait un communiqué de presse laconique, dénonçant « l’existence de pratiques managériales dysfonctionnelles portant atteinte à la santé et à la sécurité physique et psychique des collaborateurs ».

De nombreux élèves, anciens élèves et parents d’élèves dénoncent depuis plusieurs jours un « putsch » injustifié contre la direction. Car le communiqué et les méthodes employées pêchent par leur incohérence et leur disproportion : la brutalité de la mise à pied est en décalage avec les reproches évoqués, car aucun cas de « burn out » ou de membre du personnel en congé maladie n’est à déplorer. Et il ne peut s’agir d’une affaire plus grave (harcèlement sexuel, violences…) puisqu’aucune instruction judiciaire n’a été ouverte. La rapidité et la brutalité de la mise à pied détonnent avec les reproches, encore peu clairs, adressés aux deux membres de la direction.

Dans le  16ème arrondissement, plusieurs affiches de soutien à la direction limogée ont été placardée sur les murs du lycée. Sur le web, une pétition récolte déjà plus de 4 000 signatures pour le maintien en poste de François-Xavier Clément et Jean Ducret. Les méthodes pédagogiques plutôt « traditionnelles » (catéchisme obligatoire, tenues vestimentaires strictes…) de l’ancien directeur auraient-elles suscité des animosités qui expliqueraient cette éviction « musclée » ? En tout cas, cette mise à pied effectuée au cœur du confinement, sur des motifs flous et en pleine préparation du baccalauréat a suscité la colère de nombreux parents d’élèves.

En effet, les familles sont les véritables victimes collatérales de ces « règlements de comptes ». Alors qu’un nombre croissant de parents – croyants ou non – se tournent vers l’enseignement privé catholique, il est de plus en plus difficile de faire intégrer son enfant dans ces établissements très demandés. Car l’enseignement catholique parisien, ce sont près de 80 000 élèves, répartis entre 142 établissements. Et parmi ceux-ci, des collèges et des lycées parmi les plus performants – et les plus recherchés – de France. Les places sont rares et cette forte demande met les différentes directions d’établissement en position de force. Dans ces conditions, les parents d’élèves ont très peu de marge de manœuvre pour contester ou négocier les orientations pédagogiques ou les méthodes appliquées dans le collège ou le lycée de leurs enfants.

Saint-Jean de Passy, particulièrement recherché et plébiscité par les catholiques parisiens, pouvait s’enorgueillir d’offrir de très bons résultats : aux dernières sessions du baccalauréat, 99% des élèves du lycée ont eu une mention, dont 66% de « Très Bien ».

Or, la zizanie déclenchée dans l’établissement met les parents d’élèves en fâcheuse posture. Ceux-ci doivent désormais choisir entre rester dans une école en pleine tourmente ou tenter désespérément de transférer leurs enfants dans un autre établissement à la rentrée… Mission quasi-impossible sur un marché scolaire privé parisien déjà saturé. Décidemment, c’est un printemps bien compliqué pour les catholiques parisiens.

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1 réaction à “Le difficile printemps des catholiques parisiens”

  1. Sur la page d’accueil du site de la direction diocésaine de l’enseignement catholique de Paris, figurait jusqu’à lundi 20 avril 2020 au matin une vignette avec la très belle citation de Mgr Aupetit « Prends soin de lui ! »
    « En ces temps troublés, il est bon de rappeler l’indispensable fraternité qui seule fonde une authentique nation. À la tentation du sauve-qui-peut et de la suspicion généralisée, les chrétiens doivent se rappeler qu’au cours des siècles ils ont eu à cœur d’accueillir la demande du bon samaritain : « Prends soin de lui » (Lc 10, 35). Dans les grandes pandémies du passé, ils ont été en première ligne pour être fidèles à cette demande du Christ, souvent au risque de leur vie… »
    Message de M gr Michel Aupetit, Archevêque de Paris

    Fort Curieusement ce beau message a disparu dans l’après-midi du lundi 20 ….on se demande pourquoi ?

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