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Sainte-Sophie redevient une mosquée

Rédigé par notre équipe le 14 juillet 2020.

Le 10 juillet dernier, le conseil d’Etat, sous la proposition d’Erdogan, a validé la transformation de Sainte-Sophie en mosquée. Jusqu’alors, elle avait le statut d’un musée, et ceci depuis 1934, date à laquelle Mustafa Kemal avait transformé cette dernière afin d’apaiser les relations entre musulmans et chrétiens, mais aussi pour marquer l’entrée de la Turquie dans une ère laïque.

Ce retour de Sainte-Sophie dans le giron de l’islam n’est pas si surprenant que cela. Après tout, l’Anatolie a été conquise par les Turcs dès le XIe siècle, et Constantinople dès le XVe. Entre 1453 et 1934, soit durant 483 ans, Sainte-Sophie avait ainsi déjà été une mosquée.

Mais alors, pourquoi une telle émotion à travers l’Europe et le monde occidental ? Depuis l’effondrement de l’Empire Ottoman et la proclamation de la République de Turquie, en 1923, l’islam avait réussi à être domestiqué par les Européens. Ces derniers, après une lutte séculaire contre la colonisation turque (rappelons qu’un tiers de l’Europe avait été conquise par les Ottomans, qui y apportèrent leur lot de ravages, de massacres et de traites esclavagistes), avait réussi à briser le vieil ennemi de l’Europe et vaincre l’islam qui avait tant souhaité la conquérir. Le vieux rêve de Soliman, qui déclarait en son temps qu’il allait faire manger son cheval sur l’autel de Saint-Pierre, avait vécu.

L’Occident triomphant allait pouvoir faire sien le Moyen-Orient, après avoir conquis l’Afrique du Nord, toujours sur les positions ottomanes.

Mais la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée annonce la fin de cette époque. L’Occident n’est plus triomphant, et l’islam est redevenu une menace. Et par islam, nous n’entendons pas la pratique inoffensive de musulmans acquis aux valeurs occidentales, comme il en existaient tant entre les années 1920 et 1980. Ce que Sainte-Sophie annonce, c’est le retour officiel de l’islam politique dans le grand jeu de l’Histoire.

La situation est encore plus catastrophique que par le passé. Aujourd’hui, les Européens n’auront plus seulement à tenir tête à des puissances musulmanes extérieures à l’Europe (comme ont pu l’être l’Empire Ottoman ou le Khanat des Tatars de Crimée, ou encore Alger, qui envoyait ses corsaires piller les côtes européennes et réduire ses populations en esclavage). Ils devront, à présent, composer avec des foyers entiers de communautés musulmanes plus ou moins radicalisées, et plus ou moins orientées par l’influence de leurs pays d’origine.

A ce sujet, la réaction de l’Allemagne, face aux intrusions turques dans les eaux territoriales de la Grèce et de Chypre, est frappante : cette dernière conserve le silence le plus absolu. La raison en est simple : le pays contient une large diaspora turque en son sein, et Berlin sait pertinemment que toute escalade des tensions entre l’Allemagne et la Turquie pourrait entraîner des émeutes ethniques dans le pays.

A l’échelle européenne, cet exemple démontre que les Européens auront de moins en moins de marges de manœuvres pour tenir tête aux actions politiques offensives des pays musulmans qui les entourent, et ceci en rapport à la proportionnalité des communautés musulmanes qu’ils abriteront.

L’Histoire n’a que faire des naïfs. Le recul de l’islam politique, au XXe siècle, rendu possible par la victoire de l’Occident et le triomphe de ses valeurs, ira toujours davantage à rebours aussi longtemps que les Européens ne reconquerront pas leur fierté et leur rage d’exister. Parasités à la fois par une immigration massive et un gauchisme au nihilisme destructeur, la bataille sera rude pour ne pas laisser sombrer les Européens dans les oubliettes de l’Histoire.

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