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Mais à quoi jouent Veolia et Engie ?

Rédigé par Notre équipe le 05 octobre 2020.

Bruno Lemaire

« L’État ne cédera à aucun ultimatum. L’État ne cédera à aucune pression. L’État ne cédera à aucune précipitation. L’enjeu est trop important. Il y a 30 000 emplois chez Suez (…). Il y a un enjeu industriel » rappelait, rappelait Bruno le Maire à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Depuis plusieurs semaines déjà, le ministre hausse le ton, condamne publiquement le conflit ouvert entre les deux fleurons nationaux et réclame un temps de réflexion nécessaire concernant l’OPA de Veolia sur Suez. En vain ?

Un double bras de fer : alors que depuis plusieurs semaines, Veolia tente de séduire Engie pour que le groupe lui cède ses parts de Suez, Bercy tente de temporiser cette OPA orchestrée au pas de charge. Pour l’État et le gouvernement, l’objectif est clair : hors de question d’accepter une OPA hostile qui passerait mal auprès de l’opinion et des acteurs économiques. Et son poids dans l’actionnariat d’Engie pourrait donner à Bercy les moyens de ses ambitions. Il est en effet délicat pour le groupe énergétique de profiter de sa position historiquement privilégiée dans le giron de la puissance publique tout en faisant fi des recommandations de celui-ci pour l’intérêt général.

Une influence de l’État qui devrait aussi avoir prise sur Veolia, groupe dont une large part de son activité est issue d’une délégation de service public. On s’étonne donc qu’Antoine Frérot, à la tête de Veolia, rechigne à se rendre l’invitation du ministre qui demandait samedi dernier à ce que se rencontrent à Bercy autour de la table les deux principaux acteurs du dossier. On s’étonne également que le patron de Veolia soit incapable de trouver un terrain d’entente avec Philippe Varin et Bertrand Camus (Suez).

Resserrer l’étau au mépris de la logique industrielle et des intérêts de l’État

Car si Bruno Lemaire est finalement parvenu à réunir les deux parties mardi dernier dans les bureaux du cabinet d’avocats Clifford Chance, ce fut à l’occasion d’une rencontre « courte, tendue et infructueuse » d’après le Figaro. Bruno Lemaire cherche pourtant par tous les moyens à donner le tempo à cette négociation stratégique. « L’intervention du gouvernement dans le dossier est un point marqué par Suez, dont le premier objectif était de desserrer la mâchoire d’une opération apparemment déjà ficelée et la contrainte du calendrier » analysent Bertille Bayart et Emmanuel Egloff dans le Figaro. Mais l’État aurait-il perdu la main dans ce dossier ? Les directions d’Engie et surtout de Veolia font pour l’instant la sourde oreille aux demandes insistantes du gouvernement. Un mépris qui passe mal chez les hauts fonctionnaires de Bercy.

Depuis le 31 août et l’officialisation de l’OPA, le projet de fusion soulève de grandes inquiétudes. Selon Franck Reinhold Von Essen, secrétaire du comité d’entreprise européen du groupe Suez, les élus locaux sont attachés au duopole historique, et s’inquiètent des conséquences sociales et nationales du projet de rachat. « Si le numéro un, Veolia, mange le numéro deux, Suez, qui sera le prochain numéro deux ? Un groupe chinois, australien ? On voit bien que cette opération ne se fait pas dans le sens des salariés, elle ne se fait pas non plus au profit des collectivités, et donc in fine des Français ».

Ces inquiétudes grandissantes poussent l’État à jouer dans cette affaire le rôle d’arbitre, en capacité de refuser une opération ouvertement hostile entre deux fleurons français, qui s’effectue au mépris du principe de concurrence, et d’étudier des schémas alternatifs de rachat. Antoine Frérot avait remis le 30 août une offre valable jusqu’à ce mercredi 30 septembre minuit, et a obtenu qu’elle le soit encore jusqu’à ce soir.

« Le rôle de l’État est de veiller à ce qu’il n’y ait pas de guerre inutile dans le capitalisme français, mais la capacité à dégager de la valeur et des emplois pour nous tous », rappelait récemment Bruno Lemaire. Un vœux pieu, pour l’instant.

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