Comment un meurtrier peut être acquitté

Victor Mendes est poursuivi pour meurtre. Un meurtre qu’il a avoué, mais le jury de la Cour d’assises va pourtant l’acquitter.

Cet homme de 25 ans est mis en cause pour avoir poignardé un Algérien lors d’une rixe. On l’identifiera facilement, après la découverte, au milieu de la nuit, du corps de la victime dans une ruelle de cette ville de province. Les enquêteurs apprennent vite que dans la soirée, un “grand Noir” a eu des mots avec un “Arabe” dans un bar du centre-ville.

Quelques auditions plus tard, on suspecte ledit Victor, SDF qui opère en ville, et qui ne peut pas faire autre chose que de reconnaître que c’est bien lui qui a quitté le bar avec la future victime. Ses explications sont alambiquées, mais si l’on remarque bien des blessures par arme blanche sur ses mains, l’arme du crime reste introuvable. Un inspecteur plutôt futé revient sur les lieux et par chance aperçoit un couteau derrière la grille d’un tarpon de cave dans la ruelle.

En garde-à-vue, Victor avoue que c’est bien son couteau. Ces éléments conduisent derechef Victor en détention provisoire, malgré ses protestations d’innocence. Et c’est là qu’il se confie.

D’abord il n’est pas le réfugié de Guinée-Bissau qu’il prétend être. Il est en effet incapable d’aligner un mot de portugais. On apprendra plus tard qu’il est de nationalité sénégalaise, de Zinguinchor, située non loin de la Guinée-Bissau et que certains membres de la rébellion guinéenne utilisent comme base arrière.

Son jeune avocat, commis d’office, adore l’Afrique et a eu l’occasion de voyager dans la région. Avocat et client sympathisent en évoquant le brousse de Casamance. Une amicale relation s’instaure entre les deux. L’aumônier de la prison le prend également en sympathie.

L’ami d’un scorpion

Un événement apparemment anodin, mais révélateur de la vraie nature de Victor, va changer les choses. Lors d’une fouille, les gardiens découvrent dans les affaires de Victor, une boite d’allumettes qui contient un petit scorpion, vivant… puis s’en débarrassent. Cet épisode va provoquer chez Victor une profonde dépression, documentée par le psychiatre chargé de l’examiner, comme dans toute procédure criminelle. Le scorpion était l’ami, le confident de Victor qui le gardait dans ses cheveux crépus. Sauf quand il devait aller à la douche, moment précisément choisi par les gardiens pour opérer la fouille de sa cellule.

Lorsque Victor comparaît devant la Cour d’assises, indiscutablement coupable, c’est cet aspect de sa personnalité qui va faire basculer une affaire qui devait se conclure par une décision de culpabilité.

Victor explique qu’après une soirée arrosée, il a eu avec son compagnon de beuverie une discussion qui a mal tourner, sur fond d’hostilité inter-communautaire. Oui, il a bien sorti son couteau. Oui, il a bien porté des coups de couteau pour se défendre. Mais son adversaire lui a pris le couteau et a voulu alors le tuer. Il a fait comme il pouvait pour se défendre. D’ailleurs il portait, lors de son interpellation, des blessures aux mains, typiques des gestes de défense. Son adversaire était-il plus ivre que lui ? Victor parvient à récupérer son couteau qui provoquera une unique blessure, mortelle, en plein coeur.

C’est alors que Victor jette le couteau dans le trapon de la cave et s’enfuit.

Un seul argument de la défense va porter ; l’avocat ne conteste pas les faits. C’est en réalité un malheureux concours de circonstances, et une bagarre banale entre deux hommes éméchés qui s’est soldée par une mort qui n’était pas voulue.

Victor est acquitté.

Il y a parfois des tours de magie dans la justice des hommes. L’ami d’un scorpion devait certainement être un innocent.

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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