L’affaire Daval, une médiatisation qui a occulté la recherche de la vérité

La famille d’Alexia Daval aura demandé en vain à l’auteur du crime d’expliquer son geste. Outre que le criminel n’avait au fond que peu de moyens pour donner des explications, la surmédiatisation de l’affaire a empêché toute recherche efficace des motivations du criminel.

Un peu d’uchronie ?

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 26 au 27 octobre 2017, et le corps d’Alexia était retrouvé le 30.

Une marche blanche réunissant près de 10 000 personnes était organisée le 5 novembre. La machine médiatique se déclenchait et occupait les écrans, à l’aide d’un mari et de parents éplorés.

Imaginons un instant que les médias nationaux ne se soient pas emparés de l’affaire.

On sait aujourd’hui que les enquêteurs ont eu dès l’origine de forts soupçons sur la personne de Jonathan Daval. Car les indices ne manquaient pas ; le GPS de la voiture du mari trahissait sa présence sur les lieux où le corps de la victime a été retrouvé. Les pneus de sa voiture y avaient laissé des traces. Le capuchon d’un aérosol présent au domicile du couple est retrouvé près du corps. Les motivations passionnelles du crime pouvaient être aisément envisagées grâce à l’exploitation des téléphones du couple qui révélait des SMS acerbes, notamment de l’épouse reprochant à Jonathan son impuissance. Selon l’avocat du mari, l’épouse lui aurait écrit  : « T’es impuissant, tu bandes pas, t’es une merde ».

Mais le tour des choses ayant été pris, c’est à dire la médiatisation, liée au fait que Jonathan avait fait le choix de nier son geste horrible, tous les ingrédients d’un cirque médiatique odieux étaient réunis. Alors que si l’affaire n’avait pas été médiatisée, on peut raisonnablement penser que Jonathan Daval n’aurait pas maintenu sa version mensongère plus de quelques jours.

La justice a besoin de calme

Le procureur de la république de Besançon avait rappelé, très courageusement, après l’interpellation et les aveux -partiels- du mari, qu’il fallait respecter la présomption d’innocence et laisser les enquêteurs travailler en paix.

C’est en effet quand la pression médiatique a commencé à baisser d’intensité que les enquêteurs, dont les soupçons étaient devenus absolument accablants, ont pu interpeller Jonathan Daval le 29 janvier 2018 et le faire craquer en garde à vue. Le poids de la mise en scène publique des jérémiades du mari, depuis près de quatre mois, était encore trop lourd pour espérer qu’il puisse faire des aveux complets et sereinement expliquer sa vie de couple et la montée en puissance de ses frustrations.

Le mal était fait, et il faudra attendre sa comparution devant la Cour d’assises pour enfin entendre des aveux complets, sinon des explications satisfaisantes.

Alors que laffaire Daval est finalement un cas de crime passionnel comme tant d’autres.

Crime passionnel ou féminicide ?

Il faut reconnaître à la famille de la victime et ses avocats le mérite de n’avoir pas développé la thèse du féminicide,  ce qui a évité au procès d’être pollué inutilement. Le crime est certainement passionnel. Le droit Suisse, contrairement au notre, reconnait explicitement le crime passionnel dans son article 113 du Code pénal : « Si le délinquant a tué alors quil était en proie à une émotion violente que les circonstances rendaient excusable, ou quil était au moment de lacte dans un état de profond désarroi, il sera puni dune peine privative de liberté dun à dix ans ». 

En revanche le féminicide suppose des violences répétées et l’exercice d’une terreur permanente sur la victime par un compagnon aussi violent que rustre. Or Jonathan Daval était décrit comme un homme gentil, pas méchant, timide même. Il n’aurait eu que cet unique accès de violence à l’égard de sa femme.

Il fallait alors déployer d’intenses efforts d’attention sur la personnalité de l’accusé. 

Comment comprendre ?

Les habitués des prétoires savent qu’il faut faire preuve d’une grande délicatesse à l’égard des auteurs de crime passionnel pour les accompagner dans l’aveu complet, qui suppose une capacité de mise en confiance. Inutile d’aller en force surtout si l’on détient déjà des preuves suffisantes. Celui dont les ressorts passionnels ont présidé au crime ne peut que rarement les reconstituer. La passion obère la raison et secondairement le libre-arbitre. Il faut donc essayer de replacer l’auteur du crime dans les tréfonds de son âme. La seule manière est de l’amener à se raconter. Dans ce processus, la personne mise en cause va évoquer, quelquefois de manière confuse, erratique, tout ce qui a pu le faire souffrir, et surtout le frustrer. Mais il donnera inévitablement  les clefs.

Car la frustration est le plus souvent ce qui cause le crime passionnel. Celui qui recourt à la violence dans ce contexte particulier exprime souffrance et incapacité à en maîtriser les causes. La violence devient du point de vue de l’auteur du crime passionnel le seul moyen d’expression de la douleur non maîtrisée, et obère ainsi toute réflexion sensée.

Car au fond, Jonathan Daval n’avait strictement aucun intérêt à tuer son épouse.  Il n’avait pas les moyens d’ourdir un crime parfait à ses yeux, et de toute évidence, il était furieux au moment des faits. Le pauvre maquillage du crime en disparition signe même l’impréparation de son geste. D’aucuns ont affirmé au cours du procès que le mari n’avait qu’à divorcer pour se dépendre d’une situation conjugale qui le faisait tant souffrir selon lui. La question, à côté de la plaque, renferme cependant la spécificité de la personnalité du criminel.

Le procès ne pouvait pas donner les réponses attendues

Il est essentiel d’intégrer la personnalité particulière de Jonathan Daval, manifestement très immature. On peut aisément tenter de reconstituer la personnalité de cet homme, qui s’est répandu en déclarations publiques, et dont le parcours montre qu’il était en situation de dépendance dans son couple. Un homme modeste, peu brillant, qui se marie avec une femme au contraire rayonnante, socialisée et à l’aise en public. Le mari sera adopté par sa belle famille dans laquelle il va trouver les repères qu’il n’avait probablement pas connus dans son propre environnement familial. Et sans nul doute, la forte personnalité de son épouse lui a permis de préserver son monde immature, donc enfantin. 

Et l’enfant a voulu se révolter. Sans autre moyen que la violence. La manière dont il a traité le corps de sa femme, en le cachant maladroitement et surtout en le suppliciant post-mortem, par le feu, signe son immaturité. Il a voulu faire disparaitre son forfait en éliminant toute trace de sa femme. Les enfants ne font pas autre chose lorsqu’ils font des bêtises. Sauf que Jonathan Daval était adulte et marié…

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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