Les joies de la géographie

Enfant, je passais des soirées entières à regarder des cartes. Nourri de Jules Verne et de Jack London, je m’imaginais arpentant des contrées inconnues et lointaines. Les cartes scolaires, aujourd’hui disparues des salles de classe, excitaient la curiosité des élèves y compris ceux qui baillaient aux corneilles. Maintenant, les écrans interactifs offrent aux curieux des voyages fabuleux dans le monde, et avant tout, notre Terre.

La géographie est une science dont l’objectif est de décrire le monde tel qu’il se présente à nous, et à la fois une réalité physique, biologique et humaine, que l’on peut toucher et ressentir. Pour tout un chacun, c’est donc une une réalité qui se déroule sous nos yeux, à la faveur de nos déplacements et de nos voyages, mais aussi un fabuleux moyen de connaissance.

La géographie est d’abord une science

Dans l’Antiquité, il s’agissait d’être à la fois philosophe et homme de terrain pour concevoir la géographie. Se poser la question de savoir quelle est la place de l’homme dans le monde devait nécessairement conduire à la définition de ce monde. Le simple examen du ciel ne pouvait qu’exciter la curiosité des hommes. C’est Ptolémée qui va réellement s’emparer de cette recherche et créer la géographie au sens actuel. Mais ses prédécesseurs avait déjà bien travaillé. Ainsi Ératosthène, auteur de la première carte connue du monde moderne, astronome et astrologue avait bien compris que la mesure de la taille de la terre passait par l’astronomie. Il avait pu conclure que la circonférence de notre monde pouvait être de 39 375 km (pour 40 007,864 km exactement). Ce qui signifie en clair que la rotondité de la terre était un élément acquis alors même que l’Église chrétienne persistera, même contre saint Thomas d’Aquin, jusqu’au XVIIe siècle à prétendre que notre terre ne pouvait pas être ronde et était le centre du monde. 

L’étymologie du mot géographie est géo, la terre, et graphein, écrire. Il s’agissait de dessiner le monde. La cartographie est donc née très tôt car elle était devenue indispensable non seulement à la connaissance pure, mais aussi au développement du commerce et surtout à la gestion politique des espaces. La géopolitique en est directement issue.

Une cartographie hésitante

Les géographes vont exploiter toutes les sources de connaissances rapportées par les voyageurs. Ils étudieront leurs récits de voyage, exploitant jusqu’aux carnets de bords de tous les vaisseaux accostant en Europe. Mais si les voyages terrestres avaient accumulé un certain nombre d’informations et d’indications sur les distances, il reste que les navigateurs apportaient un avantage considérable. Les distances terrestres étaient jusque là définies en fonction des observations visuelles et de la durée des voyages. Les hommes de la mer eux, utilisaient la science de la navigation astronomique. Dès lors que l’on pouvait fixer précisément l’emplacement d’un lieu par rapport à un autre, on pouvait sérieusement dessiner une carte. Les navigateurs achèveront l’essentiel la cartographie en y incluant les fleuves majeurs. 

Mais là où le bât blesse, c’est que la navigation ne fixe qu’incomplètement de la connaissance cartographique. Ainsi Christophe Colomb, à la recherche de la voie la plus directe vers les Indes Orientales, débarquant à Haïti en 1492, pouvait comprendre qu’il abordait une zone inconnue, mais ne pouvait imaginer qu’il s’agissait du continent Amérique. En effet jusque-là, on pensait que l’Asie dans sa partie Est se trouvait en face de l’Europe. Colomb avait logiquement choisi le parcours le plus court. Pour autant, l’analyse de sa découverte laissait inconnu l’énorme vide entre l’Amérique et l’Asie, l’océan pacifique.

Les grandes explorations maritimes vont enrichir d’une manière considérable la connaissance du monde. Et les progrès de la prospection géographique ne feront que confirmer les premières descriptions de la Terre par les précurseurs de la géographie.

De la géographie physique à la connaissance globale

Les géographes et les cartographes offriront aux nations conquérantes les moyens de leur expansion et de leur influence. Ainsi Alexandre le Grand sera toujours accompagné, lors de ses explorations conquérantes, par des géographes et des hommes de terrain, qui seront les premiers ethnologues. Décrire les paysages, les montagnes et collines, les populations et les climats va permettent d’adapter la conquête au terrain. La géographie associée à toutes sortes de sciences physiques et humaines deviendra alors un formidable mode de gestion des empires occidentaux. 

C’est encore la géographie qui va permettre l’expansion du commerce. La route terrestre des Indes est compromise par l’empire ottoman qui coupe les routes ? La voie maritime permettra tous les échanges, sans limite. Ce développement des voyages et des échanges donnera une opportunité exceptionnelle au Portugal, petit pays, qui pourra saura s’adjoindre les grands navigateurs et explorateurs, pour s’emparer des points d’accès essentiels aux sources de matières et d’échange. 

Toutes sortes de discipline sont mobilisées par la géographie. Géopolitique, géologie, aménagement des territoires, océanographie, climatologie, ethnologie, la liste est interminable.

La méconnaissance des réalités peut conduire à des erreurs stratégiques majeures. On sait par exemple que lors de la première guerre d’Iraq, les membres de la cellule dédiée à Washington ignoraient jusqu’à l’existence des sunnites et des chiites… Source d’erreurs dramatiques ; la décision de démanteler plus tard l’armée iraquienne, associée au parti Baas, colonne vertébrale du pays, a laissé libre cours à l’antagonisme entre les deux communautés et précipité l’implosion de la nation.

Le terrain, encore le terrain

Pour savoir, il faut expérimenter, donc bouger. La géographie n’a jamais pu se passer de l’expérience du terrain.

On est frappé par l’examen des cartes du monde jusqu’à l’avènement de la cartographie aérienne et satellitaire. L’Afrique semblait vide. L’exemple typique est donné par le fleuve Niger. On connaissait ce grand fleuve continental, mais on ignorait sa source, jusqu’à l’orientation de son cours. Découvert à Tombouctou, il a été confondu avec le fleuve Sénégal (alors que son cours est majoritairement d’ouest en est…), ou même le Congo. On est allé jusqu’à imaginer qu’il était tributaire d’un grand lac intérieur (le lac Tchad, les grands lacs à l’est ?), ou encore associé au Nil, dont le parcours n’était pas reconnu intégralement.

Il fallait donc chausser de bons brodequins pour comprendre l’énigme du Niger, au parcours improbable. Seuls les explorateurs pouvaient régler la question. Mungo Park (1771-1806), écossais, et le belge Adolphe Bruno (1849-1891) contribueront à la résolution de l’énigme. De même, la recherche de la ou des sources du Nil prendra des décennies, et n’est pas terminée !

L’ignorance géographique au sens large est encore communément partagée, y compris par ceux qui décident aujourd’hui. Le secret, c’est de rester quelque part un enfant, curieux et et de ne croire qu’a ses yeux.

On vous recommande

A propos de l'auteur Thierry Sautier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.