La chasse, conquête révolutionnaire, est-elle devenue un nouveau privilège ?

Les critiques récurrentes qui se développent sur la toile contre la pratique de la chasse et les chasseurs illustrent une évolution sociétale qui devrait nous inquiéter. Car enfin, une pratique ancestrale, partagée par plus d’un million de Français, doit-elle être interdite parce qu’elle ne conviendrait plus avec la sensibilité actuelle majoritaire  ?

Des attaques incessantes

Deux événements récents ont donné l’occasion aux adversaires de la chasse de prospérer sur la toile.  

La pauvre Elisa Pilarski a été attaquée à mort par son propre chien, Curtis, un American Pit Bull Terrier (de son vrai nom « Dark Midnight », issu d’une portée de cinq chiots, fruit de l’union de « Black Bitch » et « Vin Diesel »…) importé illégalement avec des papiers d’origine trafiqués, dressé « au mordant »… Le compagnon de la victime décrit Curtis comme un gentil chien et réussira à collecter près de 6 000 € avec la cagnotte crée sur Internet. On ne sait pas ce que sont devenus ces 6 000 €. Mais un déchainement médiatique de tout ce que compte d’antichasseurs se développe illico contre les membres de la chasse à courre qui avait lieu dans la forêt. Honte à eux, qui entretiennent des meutes de chiens agressifs, pratiquent une chasse élitiste réservée à des happy few, destinée à faire souffrir les animaux sauvages. Brigitte Bardot, de bonne foi mais ignorante, s’y est mise également.

Au mois de décembre dernier, une chasse au Portugal a causé la mort de plusieurs centaines d’animaux, essentiellement des cervidés. Expliquer pourquoi 16 tireurs aient pu accumuler un tel tableau est probablement vain, alors que l’opération s’inscrivait dans une politique de régulation du gibier sauvage tout à fait légale.

L’idée c’est que les chasseurs, qui sont, on le sait, représentés par de puissants lobbies, auraient réussi ainsi à échapper au deuxième confinement (le premier a pourtant été instauré pendant la fermeture de la chasse). Autrement dit, le gouvernement aurait ainsi accordé un privilège aux chasseurs, présumés riches, influents et au surplus viandards.

Le développement de campagnes d’opinion à partir d’informations largement inexactes a réussi à modifier profondément la sensibilité de la population au phénomène de la chasse. Ainsi un des derniers sondages réalisé a montré pour la première fois qu’une majorité de Français seraient prêts à soutenir l’interdiction de la chasse.

Comment en est-on arrivé là ?

La chasse, un conquête révolutionnaire

Traditionnellement, la chasse était un privilège détenu par la noblesse détentrice de fiefs. Avec le temps, on avait concédé au peuple, alors très largement paysan, le droit de chasser le petit gibier, mais sans arme à feu. La Révolution abolissant les privilèges, la chasse devenait alors une conquête populaire. Des millions de Français s’adonnaient alors à cette passion. Dans toutes les chaumières, le fusil faisait encore  dans les années cinquante partie du décor de la pièce principale. C’était le produit phare de Manufrance. Tous les paysans chassaient, ainsi qu’une partie non négligeable des citadins. Les produits de la chasse étaient très prisés, les étals des marchands offraient le spectacle de faisans et autres têtes de sangliers accrochés en devanture. Cette ferveur a commencé à décliner après la seconde guerre mondiale, qui a coïncidé avec l’urbanisation et le dépeuplement massif des campagnes. Moins de paysans, devenus agriculteurs, et un monde urbain, en plein essor économique, qui se détache de ses racines rurales.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, les chasseurs ne représentent plus qu’à peine un million de pratiquants. De sorte que la chasse n’est plus considérée comme un droit naturel, reléguée à une activité de loisir, et pas comme les autres.

Un effet « Disney » délétère 

Nos enfants ont été biberonnés par Walt Disney ; Bambi est devenu emblématique des animaux sauvages, naturellement bons et charmants. La sensibilité animale, par ailleurs respectable, est devenue un totem. Non sans incohérence puisque si tuer un animal d’élevage destiné à l’alimentation humaine est admis, la chasse serait devenue une pratique odieuse. On peut abattre quotidiennement en France des millions d’animaux, mais il serait inadmissible de chasser. On peut donc envoyer froidement des animaux à l’abattoir pour les manger, (66 milliards de poulets sont tués par an dans le monde), porter des vêtements en cuir (chaussures, blousons, ceinture, sacs, etc.), mais il serait intolérable que des chasseurs tuent des animaux sauvages.

Une ignorance crasse

On prétend que la chasse constitue un danger pour la faune sauvage dans notre pays.

C’est d’abord ignorer que la modification substantielle de l’environnement par l’agriculture moderne est la première cause – et essentielle- de la raréfaction des animaux sauvages, pour l’essentiel les oiseaux tels que les perdrix, les bécassines et les grives. Inutile de parler des passereaux, décimés par la destruction des petits bois et des haies, au point qu’ils ne subsistent aujourd’hui que dans les jardins urbains. 

C’est également ignorer que la réglementation de la pratique cynégétique est très restrictive et encadre strictement les prélèvements. 

En revanche, les grands animaux, tels que sangliers cerfs et chevreuils, ne résistent que parce que leur milieu naturel est la forêt. Par chance, la France est le pays le plus boisé d’Europe. 

Un privilège ?

Le profil moyen du chasseur français est sociologiquement modeste. Il est très clairement populaire. Et les chasses à courre attirent de nombreux suiveurs qui se placent ici et là dans la forêt pour voir passer équipage, meute de chiens et cerf. 

Nos massifs forestiers accueillent aujourd’hui une très forte population de ce grand gibier, dont la population devient par endroits incontrôlable. Ce qui fait que les dégâts de gibier constituent maintenant un problème majeur. Des centaines de milliers d’hectares de céréales sont ravagés par les sangliers et les grands cervidés. Comme les plantations forestières par les chevreuils. Et ce sont les chasseurs qui sont contraints de payer l’indemnisation de ces dégâts s’ils ne maîtrisent pas l’accroissement de la population des grands animaux. Sans cette régulation par la chasse, la France serait envahie par la faune aujourd’hui bien plus nombreuse qu’à l’origine parce que notre pays présente une surface boisée considérable et compte 18 millions d’hectares cultivés, autrement dit une source inépuisable de nourriture.

L’État n’a donc pas le choix dans ce contexte. Incapable de régler lui-même le problème, il est contraint de demander aux chasseurs de réguler une population d’animaux sauvages pléthorique.

Mais n’a pas le courage de le dire, obligé qu’il est de composer avec les activistes de la protection de la nature, compétents ou pas…

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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