Un mort à 800 milliards de dollars !

Dans la seule guerre d’Afghanistan, de 2001 à 2017, les États-Unis ont englouti à ce jour plus de 840 milliards de dollars. Joe Biden vient d’annoncer le départ des troupes U.S d’ici le 11 septembre, date du vingtième anniversaire des attaques terroristes contre les Twin Towers. Si l’élimination d’Oussama ben Laden, et évidemment pas son procès, était pour les États-Unis un résultat à obtenir, il reste que ce conflit se solde par un échec total. L’Afghanistan est, en dehors de Kaboul, soumis à la loi d’ethnies, de baronnies et autres groupes armés. Il reste le premier producteur mondial d’opium (plus de 90%), et donc d’héroïne. L’activité est en pleine expansion depuis des décennies, comme si elle était le corollaire de la dégradation de l’ordre public.

Cet échec intégral s’explique aisément. Les USA n’ont pas abandonné la politique de la canonnière depuis le développement de leur stratégie en Europe et au Japon lors de la deuxième guerre mondiale où l’idée consistait à privilégier la saturation des forces de l’ennemi par le bombardement pour économiser l’emploi des troupes au sol.

L’Échec afghan

Les récentes déclarations de Joe Biden à ce propos illustrent en réalité cet échec :

« Je pense que notre présence en Afghanistan doit être centrée sur la raison pour laquelle nous y sommes allés en premier lieu : s’assurer que l’Afghanistan ne serve pas de base pour attaquer à nouveau notre pays. C’est ce que nous avons fait. Nous avons rempli cet objectif » … « Nous tiendrons les talibans responsables de leur engagement à ne permettre à aucun terroriste de menacer les Etats-Unis ou leurs alliés depuis le sol afghan » … « Les Alliés ont décidé que nous commencerons le retrait des forces de la mission “Resolute Support” d’ici le 1er mai. Ce retrait sera ordonné, coordonné et délibéré. Nous prévoyons que le retrait de toutes les forces américaines et de celles de la mission sera terminé en quelques mois ».

Or le seul résultat tangible de très la coûteuse intervention américaine, décidée comme d’habitude en dehors du cadre onusien, c’est la mort d’Oussama ben Laden. Pour le reste, les États-Unis ont purement et simplement dû avaler leur chapeau. L’intervention initiale visait à soumettre les Talibans à cause de leur refus de livrer les responsables d’Al Qaida, la fermeture de ses camps d’entraînement et des inspections américaines. Les USA ont organisé une coalition militaire, via l’OTAN, la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) ou International Security Assistance Force (ISAF), dans laquelle une multitude de pays ont participé en fournissant des troupes. Et la conclusion de l’affaire est réalisée par un accord passé le 29 février 2020 à Doha avec les Talibans dont l’élimination était pourtant l’objectif de cette longue et couteuse guerre. La capitale Kaboul est proche de la chute, de sorte que le président légal, l’universitaire Ashraf Ghani, qui a succédé à Hamid Karzai, n’a même pas été associé à l’accord, retranché qu’il est dans sa capitale. Il n’est plus qu’une marionnette. 

Les conflits par procuration

Les États-Unis, quand ils n’interviennent pas directement dans un conflit, font la guerre à l’aide d’alliés auxquels ils fournissent largement armes, conseillers et moyens technologiques. Cela a été le cas au Vietnam, le régime du sud ayant, avant et après l’intervention directe de l’armée américaine, assuré l’essentiel de la résistance  aux activités du Viêt Minh puis de l’invasion par la République démocratique du Nord-Vietnam. Israel, sans l’assistance majeure américaine, n’aurait pas les moyens d’assurer sa défense, comme ses invasions au Liban et occupations des territoires. Au Yemen, l’Arabie Saoudite bénéficie d’un armement considérable –auquel la France contribue également– qui lui permet de mener une guerre extrêmement brutale contre la rébellion des Houti. Le très fort déséquilibre des forces n’empêche pas pour autant des attaques sur le territoire saoudien.

Quand les États-Unis interviennent directement dans un conflit, ils ne savent pas tenir compte de la situation locale, aveuglés par leur vision impériale du monde. On sait ainsi que les USA ignoraient tout de l’antagonisme chiite et sunnite en Iraq, comme du rôle majeur de l’armée. L’armée iraqienne fut dissoute purement et simplement, ensuite de quoi la destruction de la colonne vertébrale du pays ne pouvait conduire qu’à son effondrement. La France a commis le même erreur lors de l’intervention en Libye, Mouhammar Kadhafi n’ayant pu asseoir son pouvoir qu’en se servant d’un subtil équilibre entre les différentes influences potentats, en Cyrénaïque, Tripolitaine et Fezzan.

Comprendre le terrain

Lorsqu’un pays agit à l’extérieur des ses frontières en dehors d’un cadre coopératif, il doit d’abord comprendre la situation politique, économique et sociale, sans quoi il gaspillera ses moyens quand il ne compromettra pas ses objectifs.

Les armées allemandes, lors de l’invasion de l’Union Soviétique en juin 1941, en éluderont totalement l’aspect politique au profit de l’unique stratégie militaire. On sais en effet que les premières populations russes ont accueilli les troupes allemandes avec une sorte de soulagement, puisqu’elles pensaient que le joug de la répression communiste allait prendre fin. Mais les instructions d’Hitler étaient claires ; les slaves, considérés comme des sous-hommes, devaient être soumis le plus sévèrement possible. Moyennant quoi le pouvoir soviétique a pu compter sur un réflexe patriotique et par conséquent d’un soutien sans faille de sa population. 

En Indochine, sans l’aide financière et militaire de la Chine au Việt Minh, on peut penser que l’évolution eut été différente. Mais l’exacerbation de la confrontation USA versus l’URSS a provoqué un véritable accès de fixation dans la région, de sorte que les efforts de la France pour trouver une solution politique conduisant naturellement à l’inéluctable indépendance se sont révélés vains. Pourtant, au plan militaire, la France gérait la situation avec intelligence, en utilisant à la fois des troupes légères et bien implantées dans les territoires, et l’appui de nombreuses populations ethniquement minoritaire, telles que les Muong. 

Les Américains n’ont rien appris, eux qui pourtant dans leurs universités militaires citent en exemple la manière dont la France avait développé avec succès, au Vietnam, mais aussi lors de la bataille d’Alger, des méthodes extrêmement efficaces pour lutter non pas contre une population, mais les seuls éléments armés, en intégrant les réalités du terrain.

Décidément, on ne retient que rarement les leçons de l’Histoire. 

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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