La fin de la longue descente aux enfers de L.R ?

« Les Républicains » (L.R), parti héritier du mouvement gaulliste, n’en finit pas de s’auto-dissoudre et rien ne semblait pouvoir le sauver jusqu’à peu. Que s’est-il passé depuis la création du RPF par le Général De Gaulle,  jusqu’à L.R, de 2015, son dernier avatar, par Nicolas Sarkozy ? L’absence de leader charismatique et le vide idéologique caractérisent aujourd’hui le vieux parti gaulliste qui avait assuré pendant des décennies la représentation de la droite française. Mais on verra que cette lente évolution a touché également la gauche française, longtemps représentée par le Parti Socialiste. C’est à se demander si le processus mortifère, qui a atteint également les deux grands partis majoritaires, ne signe pas une caractéristique de la Ve République vieillissante.

Le mouvement gaulliste accueille la droite

Le Rassemblement du peuple français (RPF) avait été crée par De Gaulle afin de représenter une alternative à l’époque originale, capable de fédérer les forces en rupture avec le régime des partis, désigné comme responsable de l’instabilité et de la faiblesse de la IVe République. Tous pouvaient adhérer au mouvement, à l’exclusion des communistes et de ceux qui s’étaient compromis avec le Régime de Vichy. Le caractère autoritaire du Général et le positionnement du mouvement allaient naturellement faire glisser le RPF à droite.

L’installation de la Ve République en 1958, suivie en 1962 de la réforme constitutionnelle instituant l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, conduisait à la création de l’UNR-UDT. Le parti gaulliste était alors clairement positionné à droite. L’UD-Ve, suivie de l’UDR, du RPR et enfin de l’UMP avant sa transformation en L.R, ne seront que les différents avatars de ce grand mouvement.

Sur le plan idéologique, l’opposition au P.C.F faisait du parti gaulliste la structure la mieux à même d’accueillir les différentes composantes de la droite. L’arrivée plutôt inopinée, à raison du décès de Georges Pompidou en cours de mandat, de Valery Giscard d’Estaing ne modifiera pas fondamentalement les caractéristiques du parti gaulliste. Le Parti Républicain de VGE comptera un maximum de sept ministres au gouvernement, puis disparaitra progressivement sous l’ère Mitterrand.

Globalement, le contenu idéologique du parti gaulliste restera le même, sauf à délaisser les préventions du Général à l’égard des États-Unis.

Un inéluctable vieillissement

Le règne de Jacques Chirac, suivi de la présidence Sarkozy, ne pouvait que conduire à l’abandon progressif du corpus idéologique de la droite. Certes Sarkozy et son Karcher ont pu faire un temps illusion, mais au fond, les dernières évolutions de l’UMP et de LR se sont caractérisées par un appauvrissement idéologique. Parce que l’époque n’était plus aux idées politiques tranchées à gauche ou à droite, et que le parti gaulliste était devenu godillot. Comme tout parti majoritaire, il ne servait au fond qu’à soutenir, sans opposition interne, un gouvernement détenant tous les pouvoirs. Dès lors le parti n’a plus qu’une fonction, gérer son personnel politique et assurer la pérennité de son réseau dans « les territoires ». Dans ce contexte, le parti délaisse son contenu idéologique, pour se réduire au soutien d’une personne, le président.

Pire encore, le parti gaulliste va représenter cette curieuse droite qui n’ose plus dire son nom, sous l’influence de médias sensibles à l’idée soutenue à gauche, selon laquelle toute dérive droitière confinerait à l’adoption des « idées nauséabondes » du Front National. Cette lente auto-émasculation a fait du L.R d’aujourd’hui un parti qui a marginalisé tout les leaders de la droite dite décomplexée, au profit direct du Rassemblement National.

Également, il faut bien reconnaître qu’en France les moins de quarante ans, se désintéressent de la fracture droite/gauche et se fichent absolument de la vie du parti gaulliste comme de sa capacité à représenter des forces de progrès. 

L’état des forces

Il n’est pas injurieux de dire que Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez -un temps candidat-, Xavier Bertrand ou encore Michel Barnier ne sont a priori pas dotés du charisme susceptible  d’enthousiasmer les foules pour emmener la droite à la victoire en 2022. Il est en effet hautement improbable que l’un d’entre eux réussisse le coup magistral d’Emmanuel Macron en 2017, profitant de la démonétisation de François Fillon, liquidé en pleine campagne, et d’un adversaire idéal, Marine Le Pen.

Le débat entre les leaders actuels du mouvement gaulliste à propos de l’organisation d’une primaire à droite a affaibli L.R. Xavier Bertrand a payé cher ses revirements, de l’annonce du maintien de sa candidature contre le candidat qui serait désigné, contrairement à ses précédentes prises de position, à son ralliement final. Tout ce temps perdu pourrait coûter très cher à la droite française. Enfin Christian Estrosi envoie un dernier missile en déclarant que si Emmanuel Macron est candidat, il le soutiendra via son ralliement au mouvement d’Édouard Philippe.

Cette situation est un des effets de la constitution vieillissante de la Ve République. Le mode d’élection à l’assemblée nationale, majoritaire à deux tours, empêche absolument l’émergence de partis modernes. Le couplage de ces élections, dans les suites immédiates de l’élection présidentielle, assure à tout coup l’instauration d’un parti godillot.

Il ne faut pourtant pas s’imaginer que la droite a perdu son électorat. Une analyse minutieuse des sondages d’opinion montrent très clairement que la majorité de français partagent des idées fortes, selon lesquelles l’immigration doit être fermement contrôlée, l’État doit maintenant se concentrer sur ses missions régaliennes, et notre nation doit défendre ses spécificités contre une Union européenne envahissante et un libre marché qui a proprement ruiné le pays, notamment au plan industriel.

Un délitement national

À force de ne pas répondre aux aspirations de la population, notre régime politique est devenu hors-sol. Les mouvements d’idées sont maintenant promus par des partis à la marge des cercles de pouvoir. Le Rassemblement National et la France Insoumise concentrent à eux seuls, quoi qu’on en pense, des idées nouvelles qui, insuffisamment représentées, deviennent marginalisées à cause de l’ostracisme du « système ». 

Dans une démocratie moderne, l’essentiel du débat politique se développe au sein de deux partis dominants, l’un conservateur, l’autre progressiste. Dans ces régimes modernes les extrêmes sont absorbées, maitrisées par les grands partis qui y trouvent  les voix nécessaires à l’obtention d’une majorité électorale.

Enfin le cas du Parti Socialiste est finalement le même que celui de L.R. Le P.S a pu certes être réactivé par François Hollande, bénéficiant alors de la détestation de Nicolas Sarkozy. Le parti socialiste avait encore pu, avec les années Mitterrand, constituer un véritable instrument de pouvoir politique, mais comme le parti gaulliste, il a abandonné tout corpus idéologique.

Et comme le redoutait Alexis de Tocqueville, les démocraties vieillissantes, comme l’est la France aujourd’hui, perdent leurs idéaux et se perpétuent sous le joug d’une classe dirigeante indigente au plan des idées, ne pensant plus qu’à leur survie d’élection en élection. À ce régime, elles risquent bien d’être avalées par un raz de marée populiste, incapables d’assurer un vrai bipartisme.

La surprise de la primaire à droite

On peut s’apercevoir que l’arrivée surprise en tête, dans un mouchoir de poche, d’Éric Ciotti  et de Valérie Pécresse, contre le soutien de Michel Barnier par la tête du mouvement, rebat indiscutablement les cartes. Les militants ont clairement opté pour la droite, en donnant au premier tour la victoire à Éric Ciotti, « petit candidat » qui n’a pas une carrure présidentielle. Mais cette arrivée en tête montre bien que les militants L.R, et partant son électorat, sont franchement à droite.

La victoire finale de Valérie Pécresse, une femme expérimentée qui a pu s’imposer à la tête de l’Île de France, ouvre cette fois-ci des perceptives raisonnables de victoire contre Emmanuel Macron. Ce dernier s’était imposé par défaut en 2017, et sa garantie de victoire en 2022 contre Marine Le Pen devrait s’effondrer. 

La question maintenant est de savoir si la candidate L.R pourra passer au premier tour des présidentielles devant MLP. La tâche sera difficile dès lors qu’il lui faudra dominer l’offre à droite, déjà largement remplie par MLP et Zemmour. 

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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