L’Église de France en crise

L’affaire des abus sexuels dans l’Église catholique de France illustre un des maux profonds qui l’affectent. Mais la seule affaire de pédocriminalité n’explique évidemment pas à elle seule le fait que l’Église de France (E.F) traverse depuis une cinquantaine d’années une crise profonde. Elle souffre en effet d’un vieillissement caractérisé et d’une déconnexion extrême avec la réalité sociale et culturelle de notre pays. Il faut chercher à comprendre les raisons de ces difficultés qui l’affectent substantiellement et qui ont causé un dépérissement apparemment inéluctable. 

Une E.F devenue absente de la société

On ne voit plus l’E.F. Les prêtres sont devenus invisibles, ; ils ne portent que rarement le clergyman. Le port de la soutane en public est même considérée comme une manifestation d’intégrisme religieux. Il faut dire que la France ne compte aujourd’hui qu’à peine plus de 14 000 prêtres, dont les deux tiers ont plus de 65 ans, tandis que le nombre annuel d’ordination dépasse juste 100.

Pourtant, dans le monde, l’Église catholique, si elle n’est pas globalement en développement, résiste puisque ce sont un peu plus de 400 000 prêtres qui officient encore. Mais seules l’Afrique et l’Océanie présentent une progression de l’Église catholique. La vieille Europe et l’Amérique du Nord subissent une baisse constante.

Difficile de trouver en France aujourd’hui des prêtres catholiques impliqués visiblement dans les débats sociétaux comme dans l’action sociale, si l’on exclut  son secteur caritatif tel le Secours Catholique. Il y a 40 000 lieux de culte, églises et chapelles, ce qui fait qu’environ 140 prêtres par département ne peuvent faire vivre que péniblement les 13 000 paroisses que compte notre pays. 

Quant aux pratiquants, ils sont  à 43% âgés de plus de 65 ans, la tranche de 18 à 35 ans ne représentant que 16%. Moins de pratiquants et de prêtres signe le dépérissement de l’E.F. 

Comment en est-on arrivé là ?

Une laïcité active et ancienne au plan politique

L’histoire de France révèle, depuis la Révolution, une politique laïque militante de l’État, si l’on excepte les périodes de restauration et d’empire. Il faut voir là les effets d’une monarchique, incapable de se réformer et associée à une Église catholique utilisée comme instrument de pouvoir, ce qui ne pouvait que conduire à l’émergence d’un très fort mouvement laïc au sein du clan républicain. L’anticléricalisme se manifestait auparavant chez les libres-penseurs tels que Rabelais ou Voltaire. Sous la Révolution, le massacre d’évêques et prêtres faisait partie du processus. La révolution de 1830 verra encore de nombreux massacres et pillages de lieux de culte.

L’installation définitive de la République devait donc passer par une sorte d’éradication de la mouvance catholique dans les institutions. Et c’est la Troisième République, fortement influencée par la franc-maçonnerie, qui accélérera la répression contre l’Église catholique ; expulsion des Jésuites de l’enseignement, interdiction du port de la soutane par de nombreux arrêtés municipaux, puis enfin les lois de séparation « des » Églises et de l’État de 1905 vont achever le travail. La séquestration puis la saisie des biens de l’Église, jusqu’au contenu des tabernacles qui sera inclus dans l’inventaire général, montre que le régime veut neutraliser le pouvoir catholique.

À n’en pas douter, cette offensive a très durablement réduit la présence catholique en France, alors que l’on ne peut pas dire qu’une majorité des Français le demandaient.

Les effets de Vatican II

De 1962 à 1965, sous les pontificats de Jean XIII et Paul VI, Vatican II réformera l’Église en profondeur, afin de la moderniser et de l’inscrire dans le monde actuel. La suppression de l’usage du latin dans la liturgie est le point le plus connu et qui affectera réellement la pratique religieuse. 

Les prêtres, mais surtout les évêques, ont multiplié depuis les abandons, les renonciations à tout ce qui caractérisait l’église catholique en matière de symboles. Ces abandons ont choqué les simples croyants, attachés aux chants, aux images, enfin à tout ce qui avait élevé leur âme d’enfant découvrant la Foi. Le pape François a encore donné récemment des instructions pour réprimer ceux qui promeuvent les messes en latin…

L’éternelle question du célibat des prêtres et de la place des femmes

L’Église reste imperturbable. La question du célibat est sinon un tabou, en tous cas non négociable selon le discours de la hiérarchie catholique.

Outre que pendant ses dix premiers siècles d’existence l’église chrétienne admettait parfaitement le mariage des prêtres, et qu’elle persiste dans des accommodements avec ses composantes dans les églises orientales (copte, melkite, maronite, chaldéenne), on voit bien que cette règle disciplinaire, qui n’est pas issue de la Bible et n’est pas un dogme, devient de plus en plus obsolète. Elle est certainement incomprise de notre population qui ne peut que faire un lien avec les affaires sexuelles dans l’église. 

Car enfin sélectionner soigneusement les futurs prêtres en s’assurant qu’ils acquiescent librement à un célibat équivalant à l’abstinence sexuelle, certainement contre nature, ne peut que favoriser l’arrivée de certains individus mal dans leur peau, vierges involontaires, autrement dit bons candidats aux déviances.

Il n’y a que l’église catholique pour se cramponner, contre toute logique, à cette question du célibat qui n’est pas, faut-il le rappeler, un vœu de chasteté. On peut le comprendre pour les moines et les sœurs, mais certainement pas pour les prêtres catholiques qui passent une bonne partie de leur temps à discourir sur le mariage, la famille, l’éducation des enfants, sans rien y connaitre. Et puis leur santé d’homme est évidemment atteinte par cette interdiction qui n’a plus de sens aujourd’hui. La Croix admet maintenant qu’une ouverture est nécessaire.

Alors que la demande de spiritualité reste forte dans nos sociétés modernes, l’Église doit absolument se moderniser, s’ouvrir au monde, aux femmes, et cesser de se gouverner à Rome au sein d’un système de pouvoir archaïque. Sans quoi les églises, peuplées aujourd’hui de vieux, se videront inéluctablement, tandis que l’Islam conquérant continuera imperturbablement sa progression.

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

2 réactions à “L’Église de France en crise”

  1. Les clercs ont surtout le grand tort de ne pas se faire entendre, par exemple en se couchant devant le pouvoir laïcard qui empêche de se rassembler pour la messe ou en croyant « dialoguer » avec l’Islam qui n’est qu’une secte malfaisante et totalitaire. Et le pape n’est pas le dernier, en ostracisant les fidèles traditionnalistes tout en exaltant l’accueil inconsidéré des « migrants » islamisés jusqu’à la moelle.

  2. Le célibat des prêtres est une insulte majeure faite aux femmes. Pour le Vatican, partager la vie d’une femme, c’est être indigne d’être prêtre.La femme serait donc un obstacle entre Dieu et le prêtre ?

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