Campagne Zemmour : l’inquiétude grandit au sein de Reconquête

Les succès engrangés sur Twitter ces derniers temps font plaisir aux troupes, mais il ne trompent personne au sein de l’équipe politique qui entoure Eric Zemmour et qui n’y voit qu’un trompe l’œil pratique pour galvaniser les militants. En réalité, les signes politiques se succèdent ces dernières semaines qui donnent des cheveux blancs aux stratèges de la campagne.

Premièrement, le sentiment s’installe selon lequel le mouvement a atteint son plafond de verre électoral. Même si l’escalade a été rapide et triomphale (en quelques mois, l’ex-polémiste est apparu comme un candidat crédible, en partant de rien), même s’il a su imposer la thématique migratoire dans la pré-campagne, force est de constater que la courbe s’est arrêtée trop tôt.

Dans les réunions publiques, les militants le diagnostiquent d’ailleurs sans mal, bien qu’avec beaucoup de frustration : en dehors des cercles de convaincus, qui partagent et repartagent leur adhésion aux thèses de Reconquête, ils se heurtent chez les français lambda à un rejet ferme et froid. Voire agressif. Des années d’abrutissement médiatique ont fait leur effet, et la diabolisation de tout discours de vérité sur le sujet migratoire reste forte dans le pays. On perd des amis en disant qu’on va voter Zemmour, dans de nombreux cercles.

Il n’y aurait ainsi plus beaucoup de voix en plus à aller chercher. De quoi faire craindre à certains un scenario catastrophe : une campagne euphorisante, des troupes galvanisées, un candidat de grande qualité, mais un premier tour qui se finirait à 9 ou 10 %. Car malgré le mythe du « vote caché » qui échapperait aux enquêtes d’opinion, les sondeurs en off penchent plutôt pour une sur représentation de Reconquête liée à la surexposition médiatique zemmourienne de ces dernières semaines, dont les effets sont appelés à se dissiper avec la campagne « normale ».

La courbe ascendante d’Eric Zemmour s’est donc arrêtée un peu trop tôt pour avoir les effets politiques escomptés. Trois à quatre pourcents qui manquent aujourd’hui pour être en situation de régler la course à droite. Du coup, Reconquête n’a pas réussi à engranger de support de poids côté LR, et a du se tourner vers le RN.

Or, les transfuges qui ont franchi le Rubicon ne sont pas exempts de bagages. C’est en réalité toute la frange mégrétiste et les ex-frontistes radicaux (aux accointances parfois plus que douteuses, et aux CV inquiétants) qui a fait irruption, avec ses casseroles et ses méthodes. En interne, la mise sur le banc de Samuel Laffont par un Damien Rieu au style particulièrement clivant a laissé des traces. D’autant que ces méthodes d’extrême droite « old school » (multiplication des attaques ad hominem, intimidation lynchage numérique, raisonnements tordus…) heurtent les militants les plus classiques, soucieux justement de respectabilité.

Surtout, en attaquant le RN et sa Présidente, Eric Zemmour a blessé ceux qui ont partagé pendant des années, avec le FN puis le RN, l’opprobre publique, et estiment que ce parti mérite le respect de la part du camp patriote. Pour avoir tenu bon quand personne d’autres n’osait. Hurlant avec les loups contre Marine, Eric Zemmour donne à la fois le sentiment de ne pas respecter la « famille », mais aussi donne à voir une facette de son personnage que son camp connait trop bien et aimerait cacher encore un peu : le Zemmour méprisant, persifleur, bas. Qui ne craint pas de donner le coup de pied de l’âne avec un petit rictus mauvais. Un rictus que Sarah Knafo tente d’éliminer des photos de campagne du candidat.

Enfin, l’obsession tactique de « taper sur Pécresse » laisse plus d’un militant sceptique. Comme on peut l’entendre sur les fils Telegram ou les espaces Twitter de Reconquête, l’espoir qu’a fait se lever Eric Zemmour est bien celui de la victoire. Pas d’une candidature de témoignage qui cherche à faire du bruit au premier tour. Or, en brûlant ses vaisseaux avec la droite de gouvernement, Eric Zemmour se ferme pratiquement toute chance au second tour, dans l’hypothèse même ou il dépasserait à la fois Marine Le Pen et Valérie Pécresse. En présentant la droite comme infréquentable (puisque #IslamoDroitiste, il faut être cohérent), et le centre droit comme un ramassis de gauchistes avec lesquels on ne peut pas s’allier par principe, il réinvente le cordon sanitaire, mais le place du côté où se trouve son plus grand réservoir de soutiens potentiel. Bref, comme l’écrivait un militant, Zemmour sacrifie l’Union des Droites à une quête un peu intégriste de pureté de SA droite, et donc in fine de « monopole des droites ». Cela plait au noyau dur, mais cela ne fait pas une majorité.

La politique est affaire d’idées, en partie, mais d’arithmétique également. A moins de partager une perspective purement gramscienne de son action, Eric Zemmour doit savoir qu’il lui faudra réunir 50% des voix plus une, en avril. Les fondamentaux de sa campagne laissent pour le moment penser que c’est impossible. Une impasse politique donc.

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A propos de l'auteur Martine Dhistinger

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