Zemmour, immigration et Evangiles : quelle articulation ?

Chaque chrétien a le devoir de s’interroger sur la conformité de ses engagements politiques avec sa foi, dans une recherche évidente de cohérence. Or, une lecture superficielle des textes évangéliques et de la Tradition a amené à se répandre une vision erronée de ce que doit être la position de l’Eglise sur la question migratoire.

Dans sa contribution au remarquable numéro de Front Populaire consacré à la question, il y a quelques mois, la philosophe Chantal Delsol avait déjà en partie répondu à cette question, renvoyant notamment la position du Pape à une vision politique estimable en soi, mais insusceptible de devoir engager les croyants du point de vue de la foi chrétienne. Si nous devons obéissance au Pape en matière de doctrine de la foi et de dogme, ce n’est pas le cas en matière de préférences politiques, toujours informées par les conditions d’émergence (l’Amérique latine pour le Saint-Père).

Ce même numéro de Front Populaire avait le grand mérite de poser à nouveau frais la question de l’immigration, en réintégrant la population d’accueil dans l’équation morale. Comme s’il fallait, en somme, ce détour par la gauche populiste pour faire admettre que les aspirations d’un français pauvres valaient bien celles d’un algérien ou d’un sénégalais. Cela aura été lé mérite d’un Michel Onfray, avec d’autres, d’avoir ouvert cette porte quelques mois avant le début de la campagne d’Eric Zemmour.

Autrement dit, il est légitime de se soucier de son prochain, et pas seulement selon un gradient de pauvreté. Sans quoi, je pourrais refuser mon secours à un Sénégalais en lui indiquant que j’ai identifié un sri lankais bien moins fortuné que lui. Et alors que l’on sait que le milliard d’humains les plus pauvres ne fournit pas les contingents des migrants, loin de là.

Bref, c’est en réintégrant les populations autochtones fragiles dans le raisonnement que l’on parvient à sortir du face à face mortifère entre les belles âmes et les damnés de la terre. La France n’est pas un yacht spacieux qui se doit de recevoir un pauvre naufragé, mais une barque fragile et déjà pleine, entourée de personnes qui, par leur nombre, ne manqueraient pas de la faire chavirer, emportant avec elle les femmes et les enfants aux fonds des abysses.

La vertu de prudence est une vertu cardinale (et non pas théologales, comme on l’écrit parfois par erreur), au même titre que la justice. A l’heure où la société française menace de sombrer corps et biens, il conviendrait de s’en souvenir. Les catholiques peuvent donc suivre Eric Zemmour sur ce chemin sans renier leur foi ni le message christique.

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A propos de l'auteur Luc de Montheil

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