Remigration et prétendue haine de l’Autre : un regard éthique sur le zemmourisme

Alors que de nombreux électeurs catholiques se pose la question de la compatibilité d’un vote Zemmour avec les enseignements de l’Eglise, le débat mérite d’être posé simplement. Sur la question migratoire, il est clair que la doctrine de l’Eglise n’emporte pas forcément une validation de la submersion migratoire, contrairement à ce que beaucoup pensent. Plus globalement, il convient de s’interroger sur la notion de « préférence » civilisationnelle qui est au coeur de la campagne de Reconquête.

La force d’Eric Zemmour a été de redonner ses lettres de noblesse à la vision politique (civilisationnelle même) de la question de l’immigration. On rougit d’avoir encore à expliquer que le concept de citoyenneté, par définition, implique ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas. Il est exclusif par nature. Plus globalement, Carl Schmitt nous avait rappelé que ce qui fonde le politique, c’est le duo (le duel) ami/ennemi.

Il faut se réjouir qu’un thème aussi essentiel soit à nouveau traité comme un vrai sujet politique. Mais pour de nombreux français, il reste teinté d’une dimension « morale » ou « éthique » qui rend la question migratoire sensible. Ne serait-ce que pour un enjeu électoral (ou rhétorique), il me semble contre productif de renoncer à ce plan.

Nous avons déjà montré ailleurs que la question ne devait pas, en réalité, se poser du point de vue chrétien et évangélique. Mais même en extrapolant aux athées et agnostiques, quelle peut-être la valeur morale d’une volonté de distinguer entre ceux qui ont le droit à l’aisance matérielle, et ceux auxquels on le refuse ?

En réalité, il faut se rappeler le remarquable ouvrage de Claude Lévy-Strauss, Race et Histoire. On se souvient que dans Race et Culture, écrit après la guerre (et sur commande de l’Unesco), Lévy-Strauss avait livré ce qui avait été reçu comme un plaidoyer relativiste pour l’ouverture te le refus du racisme. Quelques années plus tard, il désavoua ce texte, en expliquant qu’en réalité, pour l’anthropologue qu’il était, il était naturel d’avoir des références pour une manière de vivre, des mœurs des coutumes. Se prenant en exemple, il expliquait avoir une attirance pour la culture japonaise et se tourner plus volontiers vers des gens qui en étaient issus, que vers des africains par exemple.

Ce père de la tolérance détaillait sa position en expliquant qu’il est légitime d’avoir de telles préférences, et de vouloir que subsiste ces différences qui nous chères. Il plaçait, bien entendu, hors du champ de légitimité tout comportement s’apparentant à de la violence ou de l’ostracisme. A cette réserve près, une préférence, l’envie de privilégier telle ou telle culture (et la sienne en premier, bien entendu) lui semblait non seulement acceptable, mais universel et souhaitable.

Autrement dit, il est éthiquement positif de vouloir préserver sa culture, et moralement inattaquable de ressentir un fossé entre celle-ci et celle de nouveaux venus.

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A propos de l'auteur Luc de Montheil

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