La paradoxale liquéfaction de la droite française

Que se passe-t-il au sein de la droite française, dont les idées sont majoritaires dans l’électorat, alors même qu’elle se délite ? Car au fond, il n’y plus aujourd’hui de parti majeur à droite. C’est le paradoxe de la situation à l’approche du prochain scrutin présidentiel. Le Parti socialiste, qui a longtemps, en tout cas depuis 1981, dominé le pôle gauche a sombré. Jusqu’à ce jour, le parti Les Républicains, héritier du parti gaulliste dominant la droite depuis 1958, a inéluctablement perdu son influence, puisqu’il ne lui reste plus que son personnel politique dans les collectivités locales.

Les idées de gauche

Dans les suites de l’après guerre, les penseurs de gauche ont envahi les débats et imprimé leur influence dans toutes les sphères de la société, et spécialement dans le domaine politique. Un homme comme François Mitterrand l’avait bien compris. Il était un homme aux idées de droite, comme le prouvent les débuts de sa carrière politique et ses amitiés. Face à la domination gaulliste, il n’avait pas le choix pour accéder au pouvoir. C’est au Congrès d’Épinay, en juin 1971, que F. Mitterrand réussit à agréger, à l’exception du P.S.U de Michel Rocard, les forces socialistes non communistes en récupérant intelligemment le personnel politique de la S.F.I.O, bien implanté dans les provinces.

La neutralisation du Parti Communiste Français et sa dilution au cours de son premier septennat assuraient alors à François Mitterrand l’appui jamais démenti du Parti socialiste. Lequel parti socialiste ne se remettra jamais réellement de la disparition de son chef. Chef ayant conduit une politique libérale au plan économique. Un gros travail d’investissement des médias par les représentants des idées de gauche portera ses fruits. Aujourd’hui encore, les leaders d’opinion dans la majorité des médias, notamment au sein du service public audio-visuel, sont de gauche et aux manettes.

Mais la majorité des Français n’adhèrent plus à ce corpus intellectuel et idéologique qui lui explique inlassablement que l’immigration est une chance pour la France et que les idées de droite sont nauséabondes.

Une droite politique frileuse et coupable 

Ce n’est que très récemment que les politiques de droite ont commencé à admettre qu’il se situaient à droite ! Occupés qu’ils étaient à ne pas être associés au Front National, partisan affiché de la France profonde et nationale, ils perdaient de ce fait la possibilité de bénéficier de la montée des idées de droite. Cette montée était pourtant très visible avec l’ascension de Jean-Marie Le Pen. Mais celui-ci, outre ses saillies pour le coup nauséabondes (« Durafour crématoire » et autre « détails de l’Histoire »), réussit pourtant à maintenir le Front National à un niveau substantiel à longueurs d’élections. Le « système »,  constitué par cette droite molle et cette gauche encore bien implantée, empêchera efficacement le F.N d’emporter la décision grâce à un système électoral majoritaire à deux tours.

L’échec de Nicola Sarkozy, élu sur un programme de droite qu’il n’appliquera pas, et sa détestation par l’électorat offrira la victoire au pâle François Hollande, président aussi modeste qu’incapable. Il n’en fallait pas plus pour qu’Emmanuel Macron, moderne Rastignac, profite du flingage judiciaire de François Fillon pour réaliser une inespérée mayonnaise des électorats de gauche et de droite. Et réalise l’essai en obtenant une majorité à l’Assemblée Nationale, là encore avec un système électoral favorable.

Mais la droite française traditionnelle n’apprenait pas la leçon et restait ainsi ancrée dans sa jurisprudence anti-Rassemblement National, ce qui lui aliénait de plus fort l’électorat de droite. Cet électorat se ruera logiquement chez Éric Zemmour et consolidera le R.N. 

Et la droite Pécresse franchit la « ligne rouge »

Valérie Pécresse, lors de son grand meeting, a grossièrement chassé sur les terres de la droite nationale en employant le terme de « grand remplacement ». Très grosse ficelle qui n’abuse personne et ne consolidera pas son électorat. Son handicap est un manque de charisme avéré, une « mollesse » malgré pourtant des qualités de gestionnaire indiscutables, qui en feraient un président capable et respectable.

Au fond, la droite, déjà majoritaire dans l’opinion publique, l’est également dans l’électorat. Les sondages donnaient ces jours derniers E.M à 25%, M.L.P à 17%, E.Z et V.P à 15%. Si l’on admet que 50% de l’électorat d’E.M est de droite, cela fait 59,5% des intentions de vote.

Mais la centrifugeuse macronienne, comme l’a appelée Eugénie Bastié, a réussi le tour de force d’agglutiner dans une sorte de centre l’essentiel de l’électorat. Faut-il s’en féliciter, comme le font beaucoup qui pensent que l’affrontement droite/gauche est obsolète ?

C’est en réalité un phénomène néfaste, car toute grande démocratie se caractérise par l’existence de deux pôles, l’un conservateur, l’autre progressiste. Cette confrontation est pourtant salutaire dans le sens où elle assure une alternance pacifiée tout en conservant la capacité des deux grands partis à absorber ses extrêmes. Le Royaume-Uni et l’Allemagne, chacun à sa manière, comme du reste les U.S.A, sont dirigés alternativement par un de ces deux blocs qui arrivent peu ou prou à contenir leurs tendances extrêmes. 

Faute d’assurer cet équilibre, notre système politique sera toujours immature. À l’approche de notre présidentielle, rien ne permet de dire en effet quel choix de société se dessine pour notre pays. On a l’impression que c’est le hasard qui déterminera la confrontation finale au deuxième tour, tant le pronostic est difficile pour déterminer, qui de V.P, M.L.P ou E.Z gagnera le premier tour. Il est donc possible que le « en même temps » d’E. Macron réussisse, puisqu’il a au moins compris que son salut dépendait du marasme à droite.

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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