Russie, Ukraine et États-Unis, un conflit recherché

Que se passe-t-il dans cette région de l’est de l’Ukraine ? S’il y a indiscutablement une légitimité de la population du Donbass à vouloir conserver son âme russe, rien ne devrait  justifier une crise militaire diplomatique et internationale de ce niveau. Une réelle démocratie ukrainienne aurait permis à la minorité russe de vivre ses particularismes tranquillement, et c’est la raison pour laquelle la diplomatie russe et Vladimir Poutine, affirmaient encore il y a peu que le Donbass n’avait pas vocation à devenir une partie de la Russie. Le projet de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a été activement soutenu par les États-Unis. Ceux-ci ont les moyens politiques de résoudre la crise en imposant à l’Ukraine le respect de sa minorité russe. Vladimir Poutine n’aurait eu alors plus de motifs sérieux pour entretenir une tension militaire dans le cadre de laquelle il sera resté le maître du jeu.

La minorité russe en Ukraine

L’Histoire explique aisément la présence d’une forte minorité russophone et russophile dans l’est de l’Ukraine. De même les Ukrainiens de Russie représentent la plus grande diaspora ukrainienne. Mais la fragilité de la nation ukrainienne, produit de conflits ancestraux entre les pays européens septentrionaux et la Russie, reste une réalité. S’il existait une ancienne république socialiste soviétique qui avait des liens intimes avec le pouvoir central de Moscou, c’est bien l’Ukraine. Cependant le souvenir des massacres résultant de la répression de Lénine et de Staline reste vif au sein de la population. Et la Russie de son côté n’a pas oublié que les population ukrainiennes avaient accueilli les allemands de la Wehrmacht comme des libérateurs, avant d’être atrocement réprimées, et que des ukrainiens s’enrôlèrent pour l’Allemagne, notamment dans la division SS Galicie… 

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les population russophone du Donbass traitent les soldats ukrainiens de fascistes. La répression ukrainienne contre tout ce qui était russe dans le Donbass a définitivement convaincu les russophones qu’ils sont russes. La seule aide logistique apportée par Moscou aux séparatistes a suffit à empêcher Kiev de reprendre la contrôle de la région malgré d’importants moyens militaires. 

C’est dire que l’appui des U.S.A à l’Ukraine, leurs promesses inconsidérées de  l’adhésion à l’OTAN comme celles l’Union Européenne s’agissant de son intégration à l’Europe ont ruiné l’efficacité des accords de Minsk. La minorité russe d’Ukraine ne fait donc de facto plus partie du pays légal.

Le jeu des États-Unis et de leurs alliés européens

Depuis 2014, les U.S.A et l’Europe ont conçu leur politique vis-à-vis de l’Ukraine comme le moyen de neutraliser la puissance Russe. Cette politique a convaincu Kiev qu’il était possible de s’appuyer sur ce soutien pour refuser toutes les mesures positives des accords de Minsk, c’est-à-dire organiser une décentralisation des pouvoirs, par la mise en application d’une loi ukrainienne (loi sur le statut particulier), accordant de manière temporaire l’autonomie locale dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk, et procéder à des élections anticipées dans ces oblasts. Un tel processus aurait donné le sentiment aux populations de cette région qu’elles étaient respectées par Kiev et certainement contribué à désamorcer la crise. Tout dépendait donc de la bonne volonté de Kiev. 

Mais l’Ukraine a d’entrée contesté, avec l’appui de l’OSCE, les élections qui se sont déroulées fin 2014 et en 2018, refusé l’amnistie qui avait été convenue, et décidé de maintenir une présence militaire sur la ligne de front, tous comportements qui ne pouvaient que ruiner tout espoir de désescalade militaire. Les bombardement ukrainiens sur les zones urbaines rebelles n’auront jamais cessé. Sans cette politique, il est évident que les « rebelles du Donbass » n’auraient plus eu de motifs de maintenir une ligne de front, d’autant qu’ils n’avaient évidemment pas l’intention d’avancer sur le territoire ukrainien. 

Le clan occidental, qui avait pourtant tous les moyens de ramener Kiev à la raison, a décidé, alors que le conflit sur le terrain était figé dans les suites des accords de Minsk, de faire monter la pression diplomatique et militaire. Or ces derniers mois, les États-Unis et leur alliés n’ont cessé d’annoncer l’imminence d’une invasion armée russe, au point même que le président Ukrainien a dénoncé les déclarations notamment de Joe Biden sur le sujet.  Il est donc clair que ceux qui avaient les clefs pour résoudre la situation ont décidé de punir et humilier la Russie.

Le jeu de Vladimir Poutine

Il est vrai que si la Russie n’avait pas condamné la proclamation des Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk, elle ne les avaient pas reconnues. Personne ne peut dire si l’Ukraine, aidée par les occidentaux, va reprendre le contrôle militaire de la région à la faveur d’une action armée. Elle n’en a pas les moyens, et on voit mal les militaires américains et européens présents sur le sol ukrainien participer à un tel conflit. 

Vladimir Poutine a depuis le début été le maître du jeu face à des alliés largement désunis. Les prises de position imprudentes de Joe Biden, alternant des déclarations incohérentes sur l’imminence de l’invasion russe et annonçant le repliement de son ambassade de Kiev à Lviv, puis enfin en Pologne ont convaincu Poutine que les alliés n’interviendraient jamais. Lors des crises en Crimée et dans le Caucase, les occidentaux ont lâché en pleine campagne Kiev et Tbilissi. La Géorgie fait partie de ces pays, comme l’Ukraine avec la Crimée, auxquels ont avait fait des promesses intenables.

Poutine a indiscutablement créé la surprise en reconnaissant les deux républiques du Donbass alors même que des rencontres avec les dirigeants occidentaux étaient en cours. Outre que ses interlocuteurs n’avaient pas de projet commun, il a pu sans déciller continuer à négocier sur la question de sa prise de contrôle militaire sur le Donbass alors que de toute évidence, il avait arrêté l’idée de reconnaître les deux républiques. Il a dû certainement considérer avec une certaine condescendance les gesticulations de dirigeants européens tels qu’Emmanuel Macron, lequel pensait peut-être marquer un point en se présentant comme celui qui aura empêché la guerre.

On peut raisonnablement penser que Poutine fait le pari de l’enlisement, car au fond, il sait que comme l’on ne reviendra jamais sur l’annexion de la Crimée, il en sera de même pour le Donbass. Les républiques du Donbass, soutenues par la majorité de leurs populations, auront toujours le soutien de la Russie. Russie qui a montré jusqu’ici qu’elle pouvait résister aux sanctions internationales grâce à ses énormes ressources naturelles et le soutien de la Chine. Décidément, les démocraties occidentales ne semblent plus capables de faire la loi dans le nouvel ordre international.

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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