« J’ai milité pour Zemmour, mais le charme est rompu et je quitte Reconquête »

Zemmour avait tout pour me plaire. Il défend avec brio des idées auxquelles je crois, et qui ont été passées sous silence par les politiques pendant des années. Il parle haut et bien de la France que je chéris, et que dix ans de hollando-macronisme ont abaissée, abimée, divisée, heurtée. Affaiblie et fragilisée, au fond. Je goûte plus Bernanos que Maurras, plus Péguy et Bloy que Barrès, mais ce sont là des divergences mineures, de sensibilité plus que de conviction. Et chez Reconquête je n’ai vu que des militants sincères dont je partage toujours l’envie de redresser le pays. Ils restent mes amis.

Mes premières difficultés ont été liées à la situation personnelle d’Eric Zemmour. Je crois que le pays ne se relèvera pas sans remettre la famille en son cœur, sur ses pieds. Une famille que le mariage homosexuel a déstructurée, que les récentes lois sur le changement de nom ont fragilisée, et que les taux de divorces et de familles éclatées mettent à mal. Or, notre candidat a jugé opportun de révéler une idylle immature avec une femme beaucoup plus jeune que lui, à laquelle il aurait fait un enfant (perdu depuis, selon la presse, ce qui est évidemment tragique) rencontrée alors qu’elle avait 13 ans chez un ami qui était son père, alors que lui, Zemmour, a plus de 60 ans, et est surtout toujours marié.

Adultère ou bigame, car nous n’en savons pas beaucoup plus, mais le résultat est le même, avec des valeurs bafouées.

Certains de mes amis, embarrassés eux aussi, m’ont fait remarquer que c’était là sa « vie privée », mais je ne crois pas possible de distinguer les deux. La carrure d’un homme se mesure à ses décisions, ses choix de vie. Et de plus, c’est lui qui a fait des déclarations publiques à ce sujet.

Ma seconde difficulté a eu trait au sujet du handicap. Je pense que la France devra former à nouveau des ingénieurs pour pouvoir rayonner et innover, je crois à une école de l’excellence et de la sélection. Mais pas au détriment de valeurs d’inclusion des plus fragiles. Adapter les structures, bien sûr. Mais donner le sentiment que le sujet de l’accueil des handicapés à l’école était en quelque sorte subordonné à la recherche de la performance scolaire, fut-elle au service de la France, m’a heurté profondément.

Ma troisième déception a concerné bien sûr l’Ukraine. Pas tellement le fait de s’être trompé sur son analyse géopolitique (même si j’aurais apprécié un mea culpa net plutôt qu’une rhétorique consistant à ne pas reconnaitre ses erreurs), mais sur ses relations troubles avec Poutine. Gaulliste, je considère qu’un dirigeant ne peut pas être en position d’admiration ou de fascination à ce point, au point de donner le sentiment d’être sinon assujetti, du moins sous influence d’une puissance étrangère. Sur ce même dossier, le manque d’humanité par rapport aux réfugiés ukrainiens a également été une déception. Il s’agit de femmes et d’enfants, sans hommes (donc qui ont vocation à rejoindre leur pays à la fin de la guerre) que l’humanité commande d’accueillir dignement.

Ce dernier point a confirmé une impression grandissante d’un homme dur, sans beaucoup d’empathie, plus à l’aise dans la manipulation d’idées abstraites que dans l’humain. C’est pour moi rédhibitoire.

Enfin, le débat face à Pécresse a fini de me convaincre, dans la mesure où même sur les sujets sur lesquels je suis d’accord avec lui, il manifeste des incohérences troublantes. Je pense aux visas qui seraient retirés alors qu’il promet l’immigration zéro, je pense aussi à sa position sur l’Islam et les mosquées, pas très audible.

Le sort de la France est ce qui m’importe. Je suis convaincu que cinq années de plus sous Macron nous conduirait à la ruine, mais aussi à de graves troubles civils. Il faut l’éviter à tout prix. Je ne souscris pas à la facilité du tous pareil, du relativisme politique. Je fais évidemment plus confiance à des Ciotti, Wauquiez, Retailleau, Baroin, Bellamy qu’à Macron, Schiappa et Véran. Comme la droite de gouvernement est la seule capable de gagner au second tour (car le rejet de MLP dans l’électorat est quasiment aussi fort que celui de Zemmour), et comme je ne me vois pas miser l’avenir de la France sur le pari d’une improbable « recomposition » future, je fais donc le choix d’un vote intelligent, d’un vote stratégique, d’un vote du moindre mal pour mon pays. Je voterai donc Pécresse, sans entrain, mais avec la certitude que c’est le moins mauvais choix. En conscience.

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A propos de l'auteur Luc de Montheil

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